Un mé­mo­rial des Oblats, pour­quoi?

Le Franco - - PETITES ANNONCES -

Il y a une culture de l’Ouest ca­na­dien, et en par­ti­cu­lier une culture fran­co­phone de l’Ouest ca­na­dien, dont tous les Al­ber­tains se doivent d’être très fiers. On ne sou­li­gne­ra ja­mais as­sez le rôle ex­tra­or­di­naire que les Oblats ont joué dans l’éta­blis­se­ment de l’Ouest ca­na­dien et de ce qu’est de­ve­nu le Cam­pus Saint-Jean. Quand on pense un peu à l’en­semble des per­son­na­li­tés qui en sont is­sues, les André Dé­chène, Jo­seph Mo­reau, Louis Desro­chers, Mgr Bau­doux; les pères La­certe ou Va­lé­rien Gau­det, Soeurs Dus­seault ou Lé­tour­neau (cha­cune su­pé­rieure gé­né­rale de sa com­mu­nau­té re­li­gieuse), les Ro­ger Mo­tut ou Ray­mond Le­mieux (ce der­nier plu­sieurs fois can­di­dat pour un prix No­bel), pour n’en nom­mer que quelques-uns, on ne peut qu’être re­con­nais­sant aux fon­da­teurs de cette com­mu­nau­té. Les com­mu­nau­tés fé­mi­nines, ain­si que nos mères et grand­mères, y ont été pour beau­coup, mais il faut ab­so­lu­ment re­con­naitre le lea­der­ship constant que les Oblats, frères, pères et évêques, ont joué et ce­la dès le dé­but. Ce sont eux qui ont pris le lea­der­ship de fon­der les pa­roisses, les écoles, les hôpitaux et autres ins­ti­tu­tions com­mu­nau­taires, per­met­tant aux fran­co­phones de s’éta­blir dans l’Ouest et d’y pros­pé­rer. Aus­si, il faut se rap­pe­ler qu’ils ont dû vaincre de grands obs­tacles. Au tout dé­but de la co­lo­ni­sa­tion, dès les an­nées 1840, l’évêque de Saint-Boniface, Mgr Provencher, sa­vait que seule une com­mu­nau­té re­li­gieuse d’hommes pour­rait ré­pondre aux condi­tions si dif­fi­ciles de l’Ouest et du Grand Nord ca­na­dien. Il avait en tête les dis­tances ex­tra­or­di­naires et le cli­mat dif­fi­cile, que nous connais­sons bien. Il a cher­ché en France, mais au­cune com­mu­nau­té ne vou­lait s’y aven­tu­rer. Mgr Ma­ze­nod, ayant fon­dé les Oblats en 1816, a fi­ni par ac­cep­ter, ayant dé­jà envoyé des Oblats au Bas-Ca­na­da en 1842. Deux Oblats, dont le père Ta­ché, sont donc ar­ri­vés à Saint-Boniface en 1845, mais dans des condi­tions au­tre­ment plus dif­fi­ciles qu’au Qué­bec. Aus­si, après cinq ans, Ma­ze­nod avait dé­ci­dé de les re­ti­rer. Par un pur adon et à son grand mal­heur, Mgr Provencher avait consa­cré Ta­ché évêque. Ce­la a ame­né les Oblats à res­ter et éven­tuel­le­ment en­tre­prendre, avec les com­mu­nau­tés fé­mi­nines, le dé­fi d’évan­gé­li­ser les Au­toch­tones et d’as­su­rer la co­lo­ni­sa­tion mal­gré l’hos­ti­li­té sou­vent fa­rouche des Bri­tan­niques pro­tes­tants. Pion­niers ex­tra­or­di­naires, les Oblats ont aus­si été très sou­cieux d’édu­ca­tion et ce­la dès le dé­but de la com­mu­nau­té. Les étu­diants et étu­diantes de Saint-Jean ont hé­ri­té de cette tra­di­tion de culture gé­né­rale clas­sique, ap­por­tée par les Oblats ori­gi­naires du Qué­bec, no­tam­ment les pères Na­deau, For­tier, et Beau­champ. Ce­pen­dant, il y avait éga­le­ment l’ou­ver­ture d’es­prit, ca­rac­té­ris­tique des Oblats nés dans l’Ouest, et qui ame­na, par exemple, le père Gau­det à être un pion­nier de l’oe­cu­mé­nisme dans les an­nées qua­rante et cin­quante, bien avant le Concile Va­ti­can II. Aux archives SaintJean, les do­cu­ments de l’an­cien col­lège oblat sont d’ailleurs d’une per­ti­nence éton­nante pour l’édu­ca­tion d’au­jourd’hui, car il s’agis­sait d’un ma­riage unique de la tra­di­tion clas­sique de l’Eu­rope et des cours d’édu­ca­tion pro­gres­sive que les pères de­vaient suivre à l’Uni­ver­si­té de l’Al­ber­ta pour ob­te­nir leur cer­ti­fi­cat d’en­sei­gnant dans la pro­vince. Pour s’as­su­rer que cet hé­ri­tage puisse de­meu­rer ac­ces­sible aux fu­tures gé­né­ra­tions de Saint-Jean, il a été pro­po­sé de pla­cer, de­vant la grotte de Lourdes au Cam­pus Saint-Jean, une sta­tue en bronze du frère An­toine Ko­walc­zyk, un frère Oblat d’une hu­mi­li­té et mo­des­tie re­con­nues comme hé­roïques par l’Église ca­tho­lique et qui a consa­cré les 36 der­nières an­nées de sa vie à l’ins­ti­tu­tion. Cer­tains m’ont in­di­qué que sa mo­des­tie re­pré­sente mal la di­men­sion épique de l’oeuvre des Oblats dans l’Ouest et à SaintJean. Évi­dem­ment, au­cun mo­nu­ment ne peut re­pré­sen­ter adé­qua­te­ment les 150 ans de tra­vail ar­du et sou­vent ma­gni­fique des Oblats dans ce ter­ri­toire im­mense, ni même leurs 68 ans de ser­vice à Saint-Jean. Tou­te­fois, la mo­des­tie et l’hu­mi­li­té, ins­pi­rées au­tant par la gran­deur de la tâche que les Oblats ont vou­lu as­su­mer que par les va­leurs chré­tiennes, re­pré­sentent bien une di­men­sion clé de leur cha­risme par­ti­cu­lier. Les an­ciens élèves des Oblats se sou­viennent tous de ces êtres épa­nouis et heu­reux de ser­vir qu’étaient sou­vent les Oblats édu­ca­teurs. Il est im­por­tant que cet idéal de ser­vice puisse conti­nuer à ins­pi­rer la com­mu­nau­té de Saint-Jean et les fu­tures gé­né­ra­tions et c’est à cet ob­jec­tif que la sta­tue du frère An­toine dé­sire ré­pondre. Par Frank McMa­hon, di­rec­teur de l’Ins­ti­tut pour le pa­tri­moine de la fran­co­pho­nie de

l’Ouest ca­na­dien, Cam­pus Saint-Jean

Le Col­lège Saint-Jean en 1957

Ta­ché est l’un des pre­miers Oblats à être ve­nu dans l’Ouest ca­na­dien.

Le père La­certe a étu­dié au Ju­nio­rat Saint-Jean.

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