Le frère An­toine

Le Franco - - PETITES ANNONCES -

sés sont bouche bée en voyant la ca­ra­vane rou­ler comme sur un ter­rain dur. Sa ré­pu­ta­tion lé­gen­daire com­men­çait en même temps que sa vie de mis­sion­naire. Res­pon­sable du mou­lin à scie, il est vic­time d’un grave ac­ci­dent : son bras est broyé par une cour­roie en mou­ve­ment. On doit le conduire à Ed­mon­ton, un voyage de quatre jours, quatre jours de dou­leurs atroces sur un sen­tier ca­ho­teux. Il doit se ré­si­gner à l’am­pu­ta­tion de son bras droit, sans anes­thé­sie, où la seule conso­la­tion est sa croix oblate. Par­fai­te­ment re­mis de son opé­ra­tion, il se re­met au tra­vail en se don­nant en­core plus corps et âme. Une autre mis­sion sol­li­ci­tait les ta­lents du frère An­toine. Le père Al­bert La­combe éta­blis­sait en 1897 une cin­quan­taine de fa­milles cries sur des terres à Saint-Paul-des-Mé­tis. Du­rant dix ans, le frère se­ra culti­va­teur, in­gé­nieur, mé­ca­ni­cien, jar­di­nier et gar­dien de pour­ceaux. Le soir, son mé­tier de for­ge­ron le ser­vait très bien : il y éta­blit une forge pour ré­pa­rer les roues et les es­sieux cas­sés des char­rettes mé­tisses. Son tra­vail au­près des porcs le fait en­trer dans la lé­gende. Après un été de sé­che­resse, les porcs étaient af­fa­més. Le frère An­toine va voir son su­pé­rieur pour ré­soudre ce pro­blème pres­sant. Le su­pé­rieur lui de­mande de me­ner les porcs à un champ de na­vets, mais avant d’ar­ri­ver à ce champ, ils doivent pas­ser par un champ d’avoine. C’était une ma­noeuvre qua­si ir­réa­li­sable qui met­tait à l’épreuve l’obéis­sance du bon frère, car les porcs se jet­te­raient sur­ement dans le champ d’avoine. Le fait est que les co­chons suivent do­ci­le­ment le frère jus­qu’au champ de na­vets, ne tou­chant au­cu­ne­ment au champ d’avoine. En­core une fois les spec­ta­teurs - le su­pé­rieur, les frères, les re­li­gieuses et les Mé­tis, n’en croient pas leurs yeux. Le Ju­nio­rat Saint-Jean dé­mé­na­geait à Ed­mon­ton en 1910, en vue de pro­mou­voir les vo­ca­tions sa­cer­do­tales oblates. On avait gran­de­ment be­soin de lui. Le frère An­toine y pas­sa les 36 pro­chaines an­nées de sa vie. Homme à tout faire, il se charge de l’en­tre­tien : chauf­fage, buan­de­rie, net­toyage des par­quets. En plus, il prend soin du po­ta­ger, de la basse-cour et de l’étable. En dé­pit de toutes ces tâches ma­nuelles qui l’ac­ca­parent, et en dé­pit de ses nom­breuses heures à la cha­pelle à prier in­ten­sé­ment, il exerce une très grande in­fluence au­près des étu­diants, telle une pré­sence ma­ter­nelle. « Par son at­ti­rante dou­ceur, sa fi­dé­li­té de toutes les mi­nutes, son dé­voue­ment in­las­sable, Frère An­toine rayon­nait sur son en­tou­rage. Une prière, quelques conseils dis­crets, une marque de sym­pa­thie, par­fois même un re­proche en­ve­lop­pé de dou­ceur : il exer­çait son apos­to­lat tout le long du jour, comme il égre­nait ses Ave» (…) Les jeunes l’aiment … C’est le dé­fi­lé conti­nuel des pe­tites re­quêtes. « Frère An­toine, vou­lez-vous ré­pa­rer ma montre? » … « Vou­lez-vous me for­ger une clef…? » « Sou­der mes lu­nettes ?» Et tou­jours, Frère An­toine ac­quiesce de bon coeur. Ser­vir, se don­ner, il ne recherche rien d’autre » P.E. Bre­ton For­ge­ron de Dieu (p. 125). C’est pour cette rai­son que le frère An­toine Ko­walc­zyk est un mer­veilleux exemple des Oblats de Ma­rie-Im­ma­cu­lée qui, comme lui, par leur es­prit de ser­vice à la me­sure de leurs ta­lents et de leurs ef­forts, ont tel­le­ment ser­vi la com­mu­nau­té fran­co­phone d’Ed­mon­ton et de toute la pro­vince. Ils ont for­mé des jeunes qui sont de­ve­nus plus tard des pi­liers de la com­mu­nau­té et des ci­toyens fiers de leurs ori­gines et ca­pables d’af­fron­ter les dé­fis de la vie. Cette ins­ti­tu­tion qu’ils nous ont lais­sée, de­ve­nue la Fa­cul­té Saint-Jean puis le Cam­pus Saint-Jean, est tou­jours vi­vante. Nous le de­vons à ces hommes dé­voués qu’étaient les Oblats et que le frère An­toine re­pré­sente si bien.

Par Do­lo­rès Ca­drin

An­toine Ko­walc­zyk.

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