Du boeuf qui in­quiète

Le Franco - - ÉDITORIAL -

Or, le mau­vais rêve de 2003 est en train de de­ve­nir un cau­che­mar en 2012. En ef­fet, pour le boeuf ca­na­dien, la dé­cou­verte d’E. co­li se veut un re­cul en­core plus grand que ce­lui en­re­gis­tré à l’époque. Car si le cas de ma­la­die de la vache folle pou­vait être ci­blé à un ter­ri­toire don­né, qui avait me­né à la mise en qua­ran­taine de 15 fermes et en­trai­né l’abat­tage de près de 3000 bo­vins, la crise que vit pré­sen­te­ment XL Foods touche une ques­tion en­core plus fon­da­men­tale : celle de la sa­lu­bri­té ali­men­taire dans une usine de transformation qui se trouve dans une pro­vince où le nombre de bo­vins abat­tus an­nuel­le­ment re­pré­sente 67 % de tout le mar­ché ca­na­dien. À ce jour, on dé­nombre éga­le­ment 11 cas d’in­toxi­ca­tion à la bac­té­rie E. co­li liés à l’en­tre­prise de Brooks, soit sept en Al­ber­ta, deux au Qué­bec et un à Terre-Neuve et en Co­lom­bie-Bri­tan­nique. Pas sur­pre­nant que l’Agence ca­na­dienne d’ins­pec­tion des ali­ments (ACIA), dont plu­sieurs ac­cusent d’avoir agi trop len­te­ment dans ce dos­sier, alors que la pré­sence de bac­té­ries E.co­li dans des pro­duits de viande de XL Foods avait été dé­cou­verte le 4 sep­tembre der­nier, joue la carte de pru­dence avant d’au­to­ri­ser l’en­tre­prise à re­com­men­cer ses opé­ra­tions. Le boeuf ca­na­dien fait gran­de­ment par­ler de lui de­puis plus de trois se­maines main­te­nant. La si­tua­tion à l’usine XL Foods de Brooks, qui est fer­mée de­puis la fin sep­tembre en rai­son de la dé­cou­verte d’éclo­sion de bac­té­ries E. co­li, fait mal à l’in­dus­trie ca­na­dienne. Pour plu­sieurs éle­veurs, com­mer­çants et même po­li­ti­ciens, qui voient en cette si­tua­tion un frein à la re­lance de l’éco­no­mie ca­na­dienne, plus le temps passe et plus le cau­che­mar de 2003 re­fait sur­face. On se sou­vien­dra qu’à l’époque, la dé­cou­verte dans la ré­gion de Peace Ri­ver d’un cas d’en­cé­pha­lo­pa­thie spon­gi­forme bo­vine, mieux connu sous le terme de « ma­la­die de la vache folle », avait me­né plu­sieurs pays, dont les États-Unis, à fer­mer leurs fron­tières aux im­por­ta­tions de boeuf ca­na­dien. Même si ces fron­tières avaient été par­tiel­le­ment rou­vertes quelques mois plus tard, il au­ra fal­lu plus de deux ans pour que les ex­por­ta­tions de bo­vins vi­vants chez nos voi­sins du Sud re­prennent. Ces 24 mois avaient eu des sé­quelles im­por­tantes par­tout au pays, mais sur­tout ici en Al­ber­ta alors que près de 40 % de tout le chep­tel de boeuf ca­na­dien s’y re­trouve. L’in­dus­trie s’était pé­ni­ble­ment re­le­vée et tous avaient ou­blié ce mau­vais rêve d’il y a neuf ans. Les chiffres ne mentent pas alors que quelque 1500 pro­duits ont été rap­pe­lés à ce jour, et ce, par­tout au Ca­na­da, dans une qua­ran­taine d’états amé­ri­cains et dans une ving­taine de pays, ce qui re­pré­sente, dans l’his­toire du pays, le plus im­por­tant rap­pel ali­men­taire. Si les consom­ma­teurs ca­na­diens sont en quelque sorte per­dants de cette si­tua­tion, les plus grands per­dants sont cer­tai­ne­ment les em­ployés de l’usine XL Foods, dont un nombre re­la­ti­ve­ment élevé de fran­co­phones, qui se re­trouvent sans gagne-pain du jour au len­de­main puisque l’usine a fer­mé les yeux sur l’ap­pli­ca­tion de règles de base afin que lui per­mettre de rou­ler à plein ré­gime. Ce­la vient dé­mon­trer qu’on ne gagne ja­mais à vou­loir cou­per les coins ronds. S’as­su­rer que les ins­tal­la­tions sont sur­es, sé­cu­ri­taires et conformes aux normes de sa­lu­bri­té est pri­mor­dial, mais en­ca­drer et per­mettre aux em­ployés de bien faire leur tra­vail dans un mi­lieu où trop sou­vent « quan­ti­té » passe avant « qua­li­té » est en­core plus es­sen­tiel.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.