Ap­prendre à se par­ler

Près de 160 cher­cheurs uni­ver­si­taires, pro­fes­seurs et in­ter­ve­nants com­mu­nau­taires se sont ras­sem­blés au Cam­pus Saint-jean, du 11 au 13 oc­tobre der­nier, pour se pen­cher sur la ques­tion de l’in­clu­sion des im­mi­grants dans les so­cié­tés d’ac­cueil.

Le Franco - - COLLOQUE INTERNATIONAL DU GRITI - Ly­sane Sé­né­cal Mas­tro­pao­lo

« Une nou­velle sy­ner­gie est née de ce col­loque. Les gens ont ame­né le mes­sage qu’il faut bou­ger et adop­té une vi­sion d’avenir », af­firme le co­di­rec­teur du Groupe de recherche sur l’in­ter/trans­cul­tu­ra­li­té et l’im­mi­gra­tion (GRITI), Paul Du­bé. Ce pre­mier col­loque in­ter­na­tio­nal avait pour thème : Trans­ferts des sa­voirs; sa­voirs des pra­tiques. Pro­duc­tion et mo­bi­li­sa­tion des sa­voirs pour une com­mu­nau­té in­clu­sive. Les co­di­rec­teurs dé­si­raient rap­pro- cher le mi­lieu uni­ver­si­taire et com­mu­nau­taire, c’est-à-dire, les gens qui oeuvrent au­près des im­mi­grants. Pour le co­di­rec­teur, Pau­lin Mu­la­tris, les échanges ont bel et bien eu lieu, et ce, d’égal à égal. Si bien qu’il était presque im­pos­sible de dire à quel groupe, uni­ver­si­taire ou com­mu­nau­taire, ap­par­te­naient les in­ter­ve­nants ve­nus pré­sen­ter les nom­breuses confé­rences qui ont eu lieu lors du col­loque. « Si vous étiez dans la salle, vous ne pou­viez pas sen­tir de fron­tières entre la théo­rie et la pra­tique. Même moi, j’ai dû vé­ri­fier dans le programme pour sa­voir de quel mi­lieu ve­nait l’in­ter­ve­nant », ad­met M. Mu­la­tris. Sans se tar­guer d’avoir trou­vé les ré­ponses à toutes les ques­tions com­plexes que sou­lève le pro­ces­sus d’im­mi­gra­tion, ce der­nier af­firme qu’il s’agit d’un bon point de dé­part. « Il y avait un réel es­pace de dis­cus­sion qui a été créé et il en est res­sor­ti des idées nou­velles et en­ri­chis­santes », as­sure la docteure en psy­cho­lo­gie in­ter- cultu­relle à l’Uni­ver­si­té de Sherbrooke, Mi­chèle Vatz Laa­rous­si. Le GRITI a d’ailleurs l’in­ten­tion de main­te­nir le dia­logue en­ta­mé lors du col­loque par l’en­tre­mise de sa pro­gram­ma­tion. « Nous vou­lons pu­blier les actes du col­loque, mais nous al­lons aus­si in­vi­ter les gens de la com­mu­nau­té qui veulent par­ti­ci­per à nos fu­turs ate­liers et sé­mi­naires », as­sure M. Du­bé.

Mo­ment cri­tique

Les co­di­rec­teurs du GRITI es­pèrent dé­ve­lop­per un mo­dèle d’in­té­gra­tion. Ces der­niers sont ca­té­go­riques, l’ar­ri­vée mas­sive des im­mi­grants ces der­nières an­nées force la com­mu­nau­té à se trans­for­mer. « La fran­co­pho­nie doit se po­ser des ques­tions fon­da­men­tales et re­voir ses fa­çons de tra­vailler. Il faut al­ler voir le vé­cu des gens. Il ne s’agit pas de for­cer les gens sous un parapluie. Ils crée­ront eux-mêmes ce parapluie » donne Pau­lin Mu­la­tris comme image.

Pers­pec­tive in­ter­na­tio­nale

Puisque le phé­no­mène abor­dé du­rant le col­loque dé­borde des fron­tières, les cher­cheurs dé­si­raient mul­ti­plier les points de vue et ont invité des gens des quatre coins du monde. Le Doc­teur en so­cio­lo­gie de l’uni­ver­si­té Sciences-Po, à Paris, Philippe Pierre, ha­bi­tué des col­loques in­ter­na­tio­naux, s’est dit sur­pris du mé­lange de dis­ci­plines que l’on re­trou­vait à ce­lui-ci, mais sur­tout de la ré­son­nance que les idées abor­dées ont eue dans la pra­tique com­mu­nau­taire. « J’ai aus­si été frap­pé par le res­pect mu­tuel des échanges et de l’écoute que cha­cun a por­tée aux autres », té­moigne M. Pierre. Une di­men­sion hu­maine qui a d’ailleurs été sou­le­vée par plu­sieurs par­ti­ci­pants, mal­gré la confron­ta­tion des idées. Le GRITI se ré­jouit du réseau in­ter­na­tio­nal qu’un tel évè­ne­ment a dé­ve­lop­pé. « Nous sommes main­te­nant in­vi­tés ailleurs dans le monde et nous al­lons ré­in­vi­ter les confé­ren­ciers dans d’autres cir­cons­tances pour élar­gir la ques­tion », pro­jette Paul Du­bé.

Tra­di­tion en de­ve­nir

Les co­di­rec­teurs parlent d’ailleurs d’un suc­cès. « Ce­la a dé­pas­sé nos at­tentes, avoue Paul Du­bé. Le GRITI est main­te­nant as­so­cié au dia­logue, mais pas n’im­porte le­quel, un dia­logue struc­tu­ré qui per­met une re­mise en ques­tion. » Le GRITI se lance de nou­veaux dé­fis, no­tam­ment en gref­fant la ques­tion au­toch­tone aux pro­chains dé­bats. « Reste à voir comment nous pou­vons ap­por­ter le dé­bat ailleurs géo­gra­phi­que­ment », conclut Pau­lin Mu­la­tris.

Paul Du­bé

Pau­lin Mu­la­tris

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