350 par­ti­cules par millions

Il s’agit du nombre que l’au­teur et ac­ti­viste en ma­tière de chan­ge­ments cli­ma­tiques, Bill McKib­ben, est ve­nu pré­sen­ter lors de sa confé­rence in­ti­tu­lée « Chan­ging Hearts, as well as mind : Art in the en­vi­ron­men­tal mou­ve­ment », pré­sen­tée le 24 oc­tobre dern

Le Franco - - BONNYVILLE -

Le pro­jet 350 est le nom du mou­ve­ment mon­dial de sen­si­bi­li­sa­tion de na­ture ar­tis­tique fon­dé par Bill McKib­ben et une équipe de sept étu­diants. « Avec un pe­tit vi­déo sur You­tube, nous avons de­man­dé aux gens de se joindre à nous le temps d’une jour­née et de po­ser une ac­tion. Nous ne sa­vions pas vrai­ment à quoi nous at­tendre », avoue le confé­ren­cier en s’adres­sant à l’au­di­toire de près d’une cen­taine de per­sonnes. Le 24 oc­tobre 2009, 5200 ma­ni­fes­ta­tions ar­tis­tiques et pa­ci­fiques se sont te­nues en si­mul­ta­née dans 189 pays. Toutes dans le but d’éveiller les gens aux im­pacts cau­sés par le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique. Cer­taines de si grandes en­ver­gures que des images sa­tel­lites étaient né­ces­saires afin d’en ap­pré­cier la te­neur. Une jour­née qui a été qua­li­fiée par le réseau de té­lé­vi­sion CNN comme la jour­née de l’ac­tion po­li­tique la plus ré­pan­due dans l’his­toire de la pla­nète. « Je suis ici pour ou­vrir un dia­logue avec vous et vous convaincre que le com­pro­mis que je cherche à éta­blir ne se si­tue pas entre l’en­vi­ron­ne­ment et l’in­dus­trie pé­tro­chi­mique, mais entre le genre hu­main et les lois de la phy­sique », lance M. McKib­ben.

Art scien­ti­fique et la po­li­tique

Ce der­nier ex­plique que le seuil de 350 par­ti­cules de di­oxyde de car­bone (CO ) par millions (ppm) dans l’at­mo­sphère re­pré­sente le taux maxi­mal pour un en­vi­ron­ne­ment viable pour l’hu­ma­ni­té. « Pour la plu­part des en­droits dans le monde, comme l’Al­ber­ta, ce nombre est à 395 ppm et jus­qu’à main­te­nant, il n’y a pas grand-chose qui a été fait pour re­mé­dier à ce pro­blème », laisse-t-il en­tendre. De­vant cet en­jeu d’en­ver­gure in­ter­na­tio­nale, M. McKib­ben constate l’échec d’ins­ti­tu­tions comme l’ONU, ou en­core du sys­tème dé­mo­cra­tique tel qu’on le connait, de­vant l’in­fluence des in­dus­tries pé­tro­chi­miques, res­pon­sables en grande par­tie de l’aug­men­ta­tion de CO dans l’at­mo­sphère. « Nous avions be­soin d’un mou­ve­ment in­ter­na­tio­nal pour faire pres­sion sur les gou­ver­ne­ments afin que ceux-ci ré­agissent. Ce ne sont pas les moyens, ni la tech­no­lo­gie qui manquent à notre époque. Mais les choses ne chan­geaient pas », dé­nonce l’au­teur. Afin de sur­mon­ter la bar­rière des langues qui sur­vient dans n’im­porte quelle ini­tia­tive au ni­veau mon­dial, Bill McKib­ben s’est tour­né vers l’art, pour faire pas­ser son mes­sage. Pour l’ac­ti­viste, une par­tie de la so­lu­tion ré­side dans ce type de mou­ve­ment.

Sables bi­tu­mi­neux

Il est d’ailleurs à l’ori­gine du mou­ve­ment de pro­tes­ta­tion aux États-Unis qui a en­trai­né la sus­pen­sion du pro­jet de cons­truc­tion de l’oléo­duc Keys­tone XL. Ce der­nier au­rait trans­por­té du pé­trole des sables bi­tu­mi­neux de l’Al­ber­ta jus­qu’au Golfe du Mexique, aux États-Unis, pour y être raf­fi­né. « Ça en au­rait été fait du cli­mat et de l’en­vi­ron­ne­ment si on avait bru­lé tous ces com­bus­tibles », dé­plore Bill McKib­ben. La co­di­rec­trice d’études en pé­tro cultures de l’Uni­ver­si­té de l’Al­ber­ta, Shee­na Wil­son, voit dans cette confé­rence l’op­por­tu­ni­té de se pen­cher sur les rôles et res­pon­sa­bi­li­tés de cha­cun, dans ce qu’elle nomme comme l’en­jeu le plus im­por­tant de cette gé­né­ra­tion. « Au Ca­na­da, le dis­cours en­vi­ron­ne­men­ta­liste et les cri­tiques à ce su­jet sont sou­vent per­çus comme un af­front per­son­nel et une me­nace au sys­tème ca­pi­ta­liste », a-t-elle pré­sen­té en dé­but de confé­rence. Mal­gré une vic­toire qui peut sem­bler écra­sante, Bill McKib­ben se fait réa­liste. « Ce n’est pas en stop­pant un pro­jet d’oléo­duc à la fois que nous al­lons freiner le ré­chauf­fe­ment pla­né­taire. Il y en a trop! », sou­ligne l’ac­ti­viste. Il est éga­le­ment d’avis que les chan­ge­ments de com­por­te­ments des in­di­vi­dus, à eux seuls, ne suf­fi­ront pas à en­rayer le pro­blème non plus. Ce der­nier cherche plu­tôt à di­mi­nuer le pou­voir des en­tre­prises de com­bus­tibles fos­siles. Un lob­by en­core trop puis­sant au­près des gou­ver­ne­ments oc­ci­den­taux, sur­tout en Amé­rique du Nord. « Les gens de l’Al­ber­ta ont une grande res­pon­sa­bi­li­té dans ce pro­ces­sus », laisse-t-il en­tendre. M. McKib­ben reste tou­te­fois op­ti­miste. Se­lon lui, des chan- ge­ments no­tables se font dé­jà sen­tir. « Au­jourd’hui, nous avons le choix d’ache­ter des voi­tures hy­brides qui consomment moins d’es­sence. Il y a deux ou trois ans, ce n’était pas aus­si com­mun. Si nous in­sis­tons sur ces op­tions, les choses vont chan­ger d’ici les 10 pro­chaines an­nées », conclut-il, confiant. No­tons que cette confé­rence était la deuxième de la sé­rie de confé­rences Louis-Desro­chers, de l’Ins­ti­tut d’études ca­na­diennes.

- Ly­sane Sé­né­cal Mas­tro­pao­lo

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