De­puis les an­nées soixante à nos jours

Le Franco - - AVANT QUE J'OUBLIE -

Du­rant les an­nées soixante, le mou­ve­ment co­opé­ra­tif chez les Fran­co-Al­ber­tains est en plein es­sor. En 1963, il y a 19 Caisses po­pu­laires fran­çaises qui comptent 5740 membres, un to­tal de 1 548 822,01 $ de prêts en vi­gueur, 736 656,64 $ en comp­tant et pla­ce­ments, un ac­tif de 2 243 204,40 $ et plus de 10 millions $ de prêts de­puis les dé­buts1. La Sur­vi­vance, comme or­gane de l’ACFA, pu­blie ré­gu­liè­re­ment des ar­ticles sur la co­opé­ra­tion, et le « dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique des nôtres en Al­ber­ta » est un de ses su­jets d’étude, par­ti­cu­liè­re­ment sur l’éta­blis­se­ment des caisses po­pu­laires dans les centres « fran­çais et bi­lingues2 ». Le dis­cours de M. Rin­guette éla­bore sur les avan­tages du mou­ve­ment co­opé­ra­tif et est pu­blié deux se­maines plus tard dans les pages de La Sur­vi­vance. Plus de 2000 per­sonnes se rendent pour l’oc­ca­sion pour vi­si­ter le ma­ga­sin, où ils sont ac­cueillis par les hô­tesses du Wo­men’s Guild, or­ga­ni­sé de­puis seule­ment un mois (et qui de­vien­dra les « Dames auxi­liaires de la co­opé­ra­tive de Saint-Isi­dore » 4), et qui servent aus­si le ca­fé et les beignes. À Fal­her, le 26 mars 1963, on cé­lèbre le 25e an­ni­ver­saire de l’ou­ver­ture du ma­ga­sin co­opé­ra­tif suite à la ré­no­va­tion des lo­caux: un nou­veau dé­par­te­ment de viande, l’agran­dis­se­ment de deux autres dé­par­te­ments et l’ajout d’un res­tau­rant. Deux in­vi­tés pour l’oc­ca­sion sont Fred Lack­hart, char­gé de re­la­tions ex­té­rieures des co­opé­ra­tives, et Gilles Rin­guette, gé­rant de la Caisse po­pu­laire de Prud’homme en Sas­kat­che­wan et re­pré­sen­tant des co­opé­ra­tives de cette pro­vince, ce der­nier ve­nu à la suite de l’in­vi­ta­tion du Cercle ré­gio­nal de l’ACFA de Fal­her3. Trois em­ployés se sont vu re­mettre d’une bague en ca­deau d’ap­pré­cia­tion pour leur ser­vice fi­dèle de plus d’une quin­zaine d’an­nées, dont Paul Si­cotte, gé­rant de la co­opé­ra­tive de­puis ses débuts, Laurent Si­cotte et Blanche De­mers. Le se­cré­taire gé­né­ral et pu­bli­ciste de l’ACFA, Léo­nard Four­nier, est pré­sent et parle aus­si du Ser­vice de Li­brai­rie et du Ser­vice de pla­ce­ment (de co­lons) de l’ACFA. Au cours de l’été 1963, à Ed­mon­ton, la jour­née d’étude or­ga­ni­sée par l’ACFA a lieu au Col­lège Saint-Jean, sur le thème de « L’in­dé­pen­dance éco­no­mique par la Caisse po­pu­laire et le mou­ve­ment co­opé­ra­tif » 5. Le pré­sident de l’ACFA, Me Louis Desro­chers, re­çoit Jean-Paul Lan­glois, l’agent de liai­son de l’As­su­rance-vie Des­jar­dins à tra­vers le Ca­na­da et pro­mo­teur des Caisses en ce qui concerne la vie éco­no­mique des fran­co­phones. Aus­si pré­sent est Léo Al­lain, field­man du Cre­dit Union League, qui rap­pelle le bi­lan du mou­ve­ment co­opé­ra­tif en Al­ber­ta : 307 Caisses et Cre­dit Unions, 95 000 membres et 176 millions de dol­lars de prêts de­puis les débuts dans cette pro­vince. Les 24 per­sonnes pré­sentes à la ren­contre sont sur­tout les di­rec­teurs des caisses fran­çaises ou bi­lingues. À la sug­ges­tion de Paul Si­cotte de la Co­opé­ra­tive de Fal­her et du Père Jean Pa­toine, un co­mi­té de cinq est créé pour pro­mou­voir et étu­dier le mou­ve­ment co­opé­ra­tif, et pour voir comment les Caisses peuvent mieux ser­vir leur clien­tèle; les membres du co­mi­té sont Mau­rice Bou­chard de Gi­roux­ville, Fer­nan­do Gi­rard de SaintI­si­dore, Georges Jo­ly de Saint-Paul, Re­né Blais d’Ed­mon­ton et Léo­nard Blan­chette de Vi­my. En collaboration avec le Cre­dit Union League de l’Al­ber­ta, on étu­die la ques­tion et consulte les caisses po­pu­laires, ce qui mène à la fondation de la Fé­dé­ra­tion des Caisses po­pu­laires bi­lingues de l’Al­ber­ta à une réunion l’an­née sui­vante, où sont pré­sents des re­pré­sen­tants des Caisses de SaintPaul, Bon­ny­ville, Saint-Joa­chim, Sainte-Fa­mille de Cal­ga­ry, Le­gal, La­fond, Beaumont et Guy, en plus de la Caisse d’éta­blis­se­ment de Saint-Paul6. Le pré­sident de la So­cié­té de Prêts aux Étu­diants, un dos­sier de l’ACFA, était aus­si très in­té­res­sé à col­la­bo­rer avec la Fé­dé­ra­tion des Caisses. En 1964, aux réunions des di­rec­teurs des caisses pa­rois­siales fran­çaises, toutes fon­dées par des fran­co­phones ca­tho­liques et gé­rées par des fran­co­phones, les caisses po­pu­laires sont dites être « bi­lingues ». Sans doute, à ce point, elles des­servent une clien­tèle de plus en plus an­glo­phone, et que les Fran­co-Al­ber­tains sont de­ve­nus, avec le temps, plus bi­lingues. Mais un autre fac­teur entre en jeu, en 1963 et 1964, en ce qui concerne ce terme, c’est alors qu’a lieu la Com­mis­sion royale d’en­quête sur le bi­lin­guisme et le bi­cul­tu­ra­lisme, ce qui crée des dis­cus­sions pas­sa­ble­ment hou­leuses à ce su­jet en Al­ber­ta. Quoi qu’il en soit de la Fé­dé­ra­tion des Caisses po­pu­laires bi­lingues, le pas est fait pour la créa­tion du Con­seil al­ber­tain de la Co­opé­ra­tion (CAC), un or­ga­nisme édu­ca­tif et col­la­bo­ra­tif, qui voit le jour au mois d’aout 1966 et du­quel deux des membres du con­seil siègent aus­si sur ce­lui du Cre­dit Union League of Al­ber­ta. Preuve du res­pect de cet ac­cueil dans l’or­ga­nisme an­glo­phone al­ber­tain, leur bul­le­tin est alors ré­di­gé en fran­çais en plus de leur édi­tion an­glaise et, l’an­née sui­vante, une en­tente est conclue concer­nant la par­ti­ci­pa­tion fi­nan­cière entre les deux or­ga­ni­sa­tions7. Le CAC est di­ri­gé par Fer­nan­do Gi­rard, grand apôtre du mou­ve­ment co­opé­ra­tif8. En 1967, la même source pré­cise que le CAC s’af­fi­lie au Con­seil ca­na­dien de la Co­opé­ra­tion (CCC) et qu’un de ses membres est nom­mé au co­mi­té exé­cu­tif, et que le CAC contri­bue à un mé­moire conjoint du CCC et la Coop Union of Ca­na­da, qui est pré­sen­té au gou­ver­ne­ment ca­na­dien et aux par­tis po­li­tiques du pays. En fin d’an­née, le CCC re­con­nait la grande contri­bu­tion au mou­ve­ment co­opé­ra­tif de Paul Si­cotte de Fal­her en lui ac­cor­dant la mé­daille de la Co­opé­ra­tion ca­na­dienne pour ses 21 ans de ser­vice dé­voué9. En 1968, le mou­ve­ment co­opé­ra­tif fran­co­phone en Al­ber­ta pour­suit son che­min. Le CAC et CARDA rompent avec la tra­di­tion de pré­sen­ter un rap­port à la réunion an­nuelle de l’ACFA et pré­sentent ce­lui du Co­mi­té d’orien­ta­tion so­ciale et éco­no­mique de l’ACFA, un co­mi­té créé en 1966. Le rap­port consiste d’un grand nombre de pro­grammes, très vi­sion­naires, mais qui, d’après Jean-Mau­rice Oli­vier, ré­dac­teur du Fran­co- Al­ber­tain, exigent un en­ga­ge­ment im­por­tant de la part des Fran­co-Al­ber­tains, pos­si­ble­ment in­at­tei­gnable10. Mais la mo­der­ni­té est à l’heure, et on com­prend que les Caisses doivent em­boi­ter le pas et se conso­li­der afin de pou­voir of­frir les ser­vices ty­piques des banques (sys­tème de chèques, ser­vice de comptes cou­rants et d’épargne, et à Ed­mon­ton et Cal­ga­ry, des ser­vices de pla­ce­ment, de cour­tage en im­meubles, etc.). Pour CARDA aus­si, dans les ré­gions ru­rales de Saint-Paul et Ri­vière-la-Paix, on vise la mo­der­ni­sa­tion et la di­ver­si­fi­ca­tion en voyant la pos­si­bi­li­té d’or­ga­ni­ser des in­dus­tries comme la déshy­dra­ta­tion de la tourbe et du foin pour le mar­ché, la pas­teu­ri­sa­tion du miel, la transformation de la cire d’abeille, l’ex­trac­tion de l’huile de col­za et de lin, en as­su­rant « à notre groupe eth­nique ru­ral le contrôle de l’éco­no­mie agri­cole dans leur mi­lieu de vie », tout en conti­nuant d’ap­puyer son grand pro­jet d’amé­na­ge­ment ru­ral en of­frant des ser­vices im­mo­bi­liers, de vé­ri­fi­ca­tion d’im­pôt, de comp­ta­bi­li­té, ser­vices d’épargne, de pla­ce­ments et de prêts11. La Caisse po­pu­laire de Saint-Paul qui cé­lèbre son tren­tième an­ni­ver­saire en 1969, amé­nage dans un nou­veau lo­cal où tra­vaillent sept em­ployés; le rou­le­ment an­nuel est de 10 millions par an­née, avec un ac­tif de 2 millions et de­mi. Que de chan­ge­ments de­puis les débuts de cette Caisse, lorsque le bu­reau était au pres­by­tère, te­nu par le Père O. Four­nier, et ou­vert le di­manche après la messe et le mar­di après-mi­di, avec une li­mite d’em­prunt de 100 $ par membre12. Et les chan­ge­ments se pour­suivent, par­fois étei­gnant le tra­vail des fran­co­phones, comme à Cal­ga­ry, en 1971, lorsque la Caisse Sain­teFa­mille est amal­ga­mée à la Cal­cath Cre­dit Union. Par contre, l’an­née sui­vante, à Ed­mon­ton, les caisses des pa­roisses Saint-Tho­mas et Saint-Joa­chim se fu­sionnent, pour de­ve­nir Caisse Fran­cal­ta, Ma­thias Tel­lier étant son pre­mier pré­sident13. En 1972, CARDA ouvre aus­si un bu­reau à Ed­mon­ton, ce qui mène à la fu­sion de ses trois bu­reaux en 1977, pour de­ve­nir CARDA ltée; on avait en­tre­pris de la di­ver­si­fi­ca­tion avec, entre autres, l’éta­blis­se­ment de trois suc­cur­sales de Har­vey’s Business Ma­chines à Saint-Paul, Bon­ny­ville et à Grand Centre. En 1981, après plu­sieurs dé­mé­na­ge­ments à Ed­mon­ton, le CAC, s’ins­talle aus­si dans les bu­reaux de CARDA, l’or­ga­nisme co­opé­ra­tif a alors comme membres la Caisse Fran­cal­ta, Saint-Vi­tal de Beaumont, St-Louis à Bon­ny­ville, les Caisses de Saint-Paul et celle de Gi­roux­ville, les co­opé­ra­tives de Saint-Isi­dore, de Gi­roux­ville, de Pla­mon­don et les Com­pa­gnons de St-Isi­dore CARDA Ltée14. C’est en 1981, du­rant une pé­riode où les taux d’in­té­rêt sont très éle­vés que CARDA Ltée éprouve des pertes consi­dé­rables dans ses in­ves­tis­se­ments, le pré­sident sor­tant, Jean-Claude La­joie, parle « d’un dé­fi­cit im­por­tant et d’une si­tua­tion éco­no­mique in­con­trô­lable »; Har­vey’s

Fer­nan­do Gi­rard

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