As­pi­rant et an­cien chef à Ed­mon­ton!

Le Centre d’ac­cueil et d’éta­blis­se­ment (CAÉ) du Nord de l’Al­ber­ta a te­nu son Carrefour in­ter­cul­tu­rel à La Ci­té fran­co­phone, le 24 no­vembre der­nier, de­vant près de 45 per­sonnes, dont la ma­jo­ri­té pro­ve­nant de la com­mu­nau­té im­mi­grante.

Le Franco - - LA UNE - Ly­sane Sé­né­cal Mas­tro­pao­lo

C’était en quelque sorte la se­maine li­bé­rale fé­dé­rale à Ed­mon­ton, alors que l’as­pi­rant-chef Justin Tru­deau était de pas­sage pour ren­con­trer des mi­li­tants li­bé­raux d’Ed­mon­ton, le 20 no­vembre. Il en a pro­fi­té pour ren­con­trer la com­mu­nau­té fran­co-al­ber­taine (voir ar­ticle en page 7). Par ailleurs, l’an­cien chef li­bé­ral Sté­phane Dion était lui aus­si de pas­sage à Ed­mon­ton où il a no­tam­ment pris la pa­role lors du Carrefour in­ter­cul­tu­rel

Afin d’illus­trer le thème, Édu­quer aux va­leurs en fa­mille au­jourd’hui dans un mi­lieu mar­qué par la di­ver­si­té, le CAÉ avait in­vi­té deux Ca­na­diens de nais­sance et deux d’ori­gine im­mi­grante pour té­moi­gner de leur vé­cu en tant que pa­nel­listes. Le pro­fes­seur Bo­ni­face Ba­hi, du Cam­pus Saint-Jean, as­su­rait le rôle du mo­dé­ra­teur. Ce der­nier a dé­bu­té en ex­pli­quant briè­ve­ment quelques concepts clés qui sous-tendent la dis­cus­sion. « La fa­mille est un contexte pri­vé, tan­dis que la di­ver­si­té ap­por­tée par l’im­mi­gra­tion fait par­tie du do­maine pu­blic. Et nous, comment de­ve­nons-nous ac­teurs et vi­vons­nous ces va­leurs plu­rielles et sur­tout, comment les trans­mettre », a-t-il mis en contexte. Nancy Moke, ar­ri­vée du Con­go à l’âge de 9 ans, a abor­dé les dé­fis d’une jeune im­mi­grante dans la re­cherche de son iden­ti­té. De son cô­té, Simon Pierre Si­gué, ori­gi­naire du Cameroun, a im­mi­gré au Ca­na­da à l’âge adulte. Ce der­nier a plu­tôt par­ta­gé les dé­fis qu’il ren­con­trait dans la fa­çon d’éle­ver ses en­fants pour être en har­mo­nie avec sa culture et sa com­mu­nau­té d’ac­cueil. Par la suite, Na­ta­sha Du­gas, élève de 12e an­née à l’École pu­blique Ga­brielle-Roy d’Ed­mon­ton et ori­gi­naire du Nou­veau-Bruns­wick, est ve­nue dé­mon­trer que les Ca­na­diens mi­grants vi­vaient plus ou moins les mêmes dé­fis d’in­té­gra­tion, tout en abor­dant l’im­por­tance d’al­ler vers l’autre pour ap­prendre à le connaitre, peu im­porte son ori­gine. Pour ter­mi­ner, Cé­cile et Pierre Ber­ge­ron sont ve­nus par­ler de l’évo­lu­tion de la com­mu­nau­té fran­co-al­ber­taine de­puis quelques gé­né­ra­tions et des dé­fis qu’ils ren­contrent en tant que pa­rents qui choi­sissent de vivre et éle­ver leurs en­fants en fran­çais en Al­ber­ta. Ces dis­cours ont bri­sé la glace et plu­sieurs par­ti­ci­pants dans la salle se sont mis à dis­cu­ter de leurs dé­fis et dif­fi­cul­tés à vivre plei­ne­ment leur culture et in­té­grer celle de leur com­mu­nau­té d’ac­cueil, sur­tout avec les en­fants, qui s’as­si­milent plus ra­pi­de­ment que les pa­rents. « Les va­leurs se trans­mettent plus fa­ci­le­ment si elles s’in­sèrent dans des com­por­te­ments quo­ti­diens et n’entrent pas en conflit avec la so­cié­té à l’ex­té­rieur de la cel­lule fa­mi­liale. Mais, il faut être prêt pour les conflits qui peuvent sur­ve­nir », a af­fir­mé le pa­nel­liste, Simon Pierre Si­gué à l’au­di­toire.

Dis­cus­sion per­ti­nente

Mo­ha­met Sall se sent di­rec­te­ment concer­né par ces ques­tions. Ar­ri­vé au Ca­na­da, plus pré­ci­sé­ment à Montréal il y a 18 ans main­te­nant, il tra­vaille au­jourd’hui dans le do­maine de la pe­tite en­fance et oeuvre sur le pro­jet d’ou­vrir un centre dans la ré­gion d’Ed­mon­ton, de­puis son ar­ri­vée dans l’Ouest, il y a un mois et de­mi. Il ai­me­rait tou­te­fois un dé­bat plus terre à terre. « Ce­la reste un dé­bat d’in­tel­lec­tuels qui ont un lan­gage spé­ci­fique », met-il de l’avant. Ce der­nier croit que le dé­bat ga­gne­rait à mettre da­van­tage l’ac­cent sur le vé­cu des gens et les dif­fi­cul­tés qu’ils ont à gé­rer du­rant leur in­té­gra­tion. L’an­cien chef du Par­ti li­bé­ral du Ca­na­da Sté­phane Dion était éga­le­ment pré­sent au dé­bat. Ce der­nier sou­lève la faible pro­por­tion des Fran­co-Al­ber­tains au sein de la com­mu­nau­té et y voit un po­ten­tiel énorme pour dé­battre des ques­tions d’im­mi­gra­tion et d’in­té­gra­tion. « Nous par­lons beau­coup de dif­fé­rences, mais je vois beau­coup de res­sem­blances. Un peu tout le monde est im­mi­grant en Al­ber­ta », met-il de l’avant. Une pré­sence qui ho­nore le di­rec­teur gé­né­ral du CAÉ, Georges Ba­haya. « Nous avons eu l’hon­neur d’avoir quel­qu’un qui dé­fend les langues of­fi­cielles du pays et notre or­ga­nisme est fon­dé sur les prin­cipes du bi­lin­guisme », sou­ligne le di­rec­teur. Comme plu­sieurs autres per­sonnes pré­sentes, il avoue ce­pen­dant qu’il au­rait sou­hai­té voir une plus grande par­ti­ci­pa­tion de la com­mu­nau­té d’ac­cueil puisque, se­lon lui, la di­ver­si­té se vit lors de ren­contres comme celles-ci. « Mal­gré les grands dis­cours que l’on peut faire sur le su­jet de l’im­mi­gra­tion et l’in­té­gra­tion, ce­la reste un dé­fi », lan­cet-il, tout en se ré­jouis­sant de la pré­sence de la fa­mille Ber­ge­ron qui a pu of­frir une pers­pec­tive fran­co-al­ber­taine. Fi­na­le­ment, le pro­fes­seur Bo­ni­face Ba­hi a réus­si à ré­su­mer et of­frir une syn­thèse des idées mises de l’avant du­rant la dis­cus­sion. « Il faut être soi­même avant d’en­trer dans une dy­na­mique de col­la­bo­ra­tion et de conver­sa­tion avec l’autre », conclut le cher­cheur.

L’an­cien chef li­bé­ral Sté­phane Dion est ac­com­pa­gné sur la pho­to par De­nis Tardif, di­rec­teur du Se­cré­ta­riat fran­co phone, Georges Ba­haya du CAÉ et de Bo­ni­face Ba­hi, mo­dé­ra­teur de la soi­rée.

Pho­tos : Ly­sane Sé­né­cal Mas­tro­pao­lo

L’ar­tiste BKY, ori­gi­naire du Bu­run­di, a of­fert une pres­ta­tion mu­si­cale.

Nancy Moke et Simon Pierre Si­gué ont pré­sen­té leur té­moi­gnage pen dant la soi­rée.

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