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Le Franco - - LA UNE -

...une ren­contre avec Reed Gau­thier.

Au fil des ans, Reed Gau­thier a été en­sei­gnant, agent com­mu­nau­taire, mu­si­cien et en­tre­pre­neur. Par le biais de ces dif­fé­rents rôles, il est de­ve­nu un des prin­ci­paux fils con­duc­teurs du dé­ve­lop­pe­ment de la com­mu­nau­té de Pla­mon­don. Reed Gau­thier est né à Pla­mon­don le 2 sep­tembre 1945. Son père Adol­phis, au­jourd’hui âgé de 91 ans, est éga­le­ment ori­gi­naire de ce vil­lage de 400 âmes si­tué au nord-est d’Ed­mon­ton( Adol­phis Gau­thier se plait en­core à par­cou­rir la ferme qu’il a ex­ploi­tée pen­dant plu­sieurs dé­cen­nies avant que son fils An­dré ne la prenne à charge. Thé­rèse, la mère de Reed, est dé­cé­dée l’an der­nier. Reed Gau­thier est l’ai­né de huit en­fants : « Papa au­rait bien vou­lu que je sois fer­mier moi aus­si. » Mais ce n’est pas la mis­sion qu’il a choi­sie. Éven­tuel­le­ment de­ve­nu en­tre­pre­neur, il se des­ti­nait tout d’abord à l’en­sei­gne­ment.

L’en­sei­gne­ment : une pre­mière vo­ca­tion

Reed ob­tient un cer­ti­fi­cat d’en­sei­gne­ment à l’Université de l’Al­ber­ta en 1972 et fait ses études de bac­ca­lau­réat deux ans plus tard. Sa car­rière – par­ta­gée entre l’en­sei­gne­ment du fran­çais langue se­conde et le pro­gramme d’im­mer­sion – se ter­mine en 1993 après de brefs sé­jours à Lac La Biche et à Wan­de­ring Ri­ver, où il se­ra conseiller sco­laire. Toute cette époque se passe avec la lutte pour l’édu­ca­tion en fran­çais comme toile de fond. Il se sou­vient très bien d’un ap­pel té­lé­pho­nique qui al­lait tout chan­ger : « Guy La­combe( m’a té­lé­pho­né en 1978 ou 1979, au mo­ment où on n’avait que le fran­çais langue se­conde à l’école, et il vou­lait nous par­ler d’un pro­gramme ap­pe­lé “im­mer­sion” qui connais­sait beau­coup de suc­cès au Qué­bec avec les an­glo­phones » se rap­pelle M. Gau­thier, qui ajoute que par la suite, Guy La­combe, Frank McMa­hon et Paul De­nis sont ve­nus faire la pro­mo­tion du concept au­près des pa­rents. « Jus­qu’à ce mo­ment-là, cer­tains se plai­gnaient que leurs en­fants désap­pre­naient le fran­çais avec le pro­gramme de langue se­conde et qu’ils re­ve­naient à la mai­son avec plus d’er­reurs de fran­çais qu’autre chose. Puis même l’im­mer­sion… ce n’était pas un pro­gramme pour des fran­co­phones » offre-t-il, ajou­tant que c’était sur­tout les an­glo­phones qui pro­fi­taient de ce genre d’ins­truc­tion.

L’im­por­tance du bi­lin­guisme

Reed Gau­thier de­vient très ani­mé lors­qu’il se re­mé­more l’époque de la lutte achar­née pour l’ob­ten­tion de l’édu­ca­tion en fran­çais. Même avec le re­cul, il com­prend mal la ré­sis­tance de la ma­jo­ri­té en­vers l’ins­tau­ra­tion des pro­grammes de langue fran­çaise sans ou­blier la réac­tion de cer­tains fran­co­phones. « Lors­qu’on a ins­tal­lé l’école dans le centre com­mu­nau­taire (avant l’inau­gu­ra­tion de l’École Beauséjour en 1992), il s’était ra­mas­sé 2200 si­gna­tures contre le pro­jet » se rap­pelle M. Gau­thier.

Il parle aus­si des dis­putes entre voi­sins et les chi­canes de fa­mille chez les fran­co­phones. « (Cer­tains rai­son­naient que) de toute ma­nière, à quoi ça ser­vi­rait le fran­çais dans une ré­gion comme Pla­mon­don où il n’y avait pas d’op­por­tu­ni­tés d’em­plois dans notre langue » dit Reed. Mais pour lui, c’est là qu’était le nerf de la guerre. Même s’il concède que ce que le pre­mier mi­nistre Tru­deau ap­pe­lait un “Ca­na­da bi­lingue d’Est en Ouest” est uto­pique, il se ral­lie tou­te­fois à l’es­prit de cette vi­sion. « Moi, j’veux un pays où il est pos­sible, où qu’on soit, de se faire com­prendre dans sa propre langue » mar­tèle Reed Gau­thier.

Fa­mille

Reed Gau­thier épouse Gé­ral­dine Pla­mon­don en 1965. Le couple au­ra deux filles, Ka­ren et Tra­cy. Ka­ren Le­voir en­seigne à l’école Beauséjour de­puis son inau­gu­ra­tion en 1992. Elle est res­pon­sable du pro­gramme de mu­sique. Tra­cy Lord est une comp­table de for­ma­tion qui est ad­mi­nis­tra­trice pour le vil­lage de Pla­mon­don. Même s’ils ne sont plus un couple de­puis plu­sieurs an­nées, Reed et Gé­ral­dine se ral­lient au­tour de leur fa­mille en par­ti­cu­lier leurs pe­tits-en­fants, Maxim, Shan­tae et Hélix. Les en­fants et les pe­tits-en­fants de Reed parlent fran­çais. Reed Gau­thier s’est re­ma­rié en 2006 avec Ch­ris­tiane Kirch­berg, ori­gi­naire de Ha­novre en Allemagne : « Ch­ris­tiane est très im­pli­quée dans la com­mu­nau­té » af­firme Reed qui fait re­mar­quer qu’en plus de l’al­le­mand, son épouse parle l’an­glais, l’es­pa­gnol, l’ita­lien et, bien sûr, le fran­çais. Pen­dant quelques an­nées, elle a été co­or­don­na­trice de l’École de mu­sique Pla­mon­don, une en­tre­prise pri­vée mise sur pied par Reed.

Mu­sique

La mu­sique est une his­toire de fa­mille chez les Gau­thier. Le vil­lage de Pla­mon­don est re­con­nu pour sa forte concen­tra­tion de mu­si­ciens. Son am­bas­sa­drice la plus connue est cer­tai­ne­ment Crys­tal Pla­mon­don. Le père de Reed jouait de la gui­tare. Adol­phis fai­sait par­tie d’un trio en com­pa­gnie du vio­lo­niste Abel Pla­mon­don et du gui­ta­riste Ha­rold Bé­lan­ger. Lui-même jouait de la gui­tare. Plu­sieurs an­nées plus tard, Reed de­vient membre des “In­va­ders”, un groupe ins­tru­men­tal dans la tra­di­tion du groupe bri­tan­nique “The Sha­dows”. « On four­nis­sait la mu­sique pour les danses jus­qu’à 100 milles au­tour » se rap­pelle Reed. Un peu plus tard, il forme un groupe en com­pa­gnie de son épouse Gé­ral­dine, son ami Phi­lip Mé­nard et Su­zette, l’épouse de ce der­nier. Dans les an­nées 1980, la fa­mille Gau­thier fon­dait l’en­semble “Plus Deux’” avec Ka­ren aux cla­viers, Tra­cy à la bat­te­rie, Gé­ral­dine à la gui­tare avec Reed à la gui­tare et au chant.

Le pou­voir de la com­mu­nau­té

Reed a été pré­sident de l’ACFA ré­gio­nale de Pla­mon­don/Lac La Biche à quelques re­prises. Il a aus­si sié­gé sur le conseil d’ad­mi­nis­tra­tion pro­vin­cial de l’ACFA. Il n’a que des louanges pour celles et ceux qui ont tra­vaillé avec lui dans les tran­chées à la fran­ci­sa­tion de Pla­mon­don. « J’hé­site à les nom­mer, il y en a trop… Je sais que je vais en ou­blier », lance-t-il, hé­si­tant. Il parle tout d’abord des agents de dé­ve­lop­pe­ment à l’ACFA ré­gio­nale: « Je pense à Ray­monde Mé­nard et à Li­na La­bon­té qui étaient là à nous sou­te­nir dès le dé­but; à Jé­ré­mie Pla­mon­don, le pre­mier pré­sident du co­mi­té pour l’édu­ca­tion fran­co­phone, aus­si, Phi­lip et Su­zette Mé­nard. » Il parle de l’in­fluence po­li­tique exer­cée par les frères Pi­quette : Léo, dé­pu­té néo-dé­mo­crate d’Atha­bas­ca-Lac-la-Biche entre 1986 et 1989, a ef­fec­tué une sor­tie his­to­rique à la Lé­gis­la­ture en 1987 lors­qu’il a po­sé une ques­tion en fran­çais à la mi­nistre Nancy Bet­kows­ki au su­jet des droits des Fran­co-Al­ber­tains à l’édu­ca­tion en fran­çais. An­dré, pour sa part, a joué un rôle stra­té­gique en tant que pré­sident de la com­mis­sion sco­laire de Lac La Biche lors de l’ob­ten­tion de l’école fran­çaise à Pla­mon­don alors que Paul était as­sis­tant-sur­in­ten­dant à la com­mis­sion sco­laire. Reed Gau­thier re­con­nait aus­si la grande com­pli­ci­té des com­mu­nau­tés de Saint-Paul et de Bon­ny­ville dont plu­sieurs membres se dé­pla­çaient jus­qu’à Pla­mon­don pour par­ti­ci­per à des évè­ne­ments so­ciaux et ap­puyer mo­ra­le­ment les gens du vil­lage à cette époque. De­puis la fin de sa car­rière en en­sei­gne­ment, Reed est dans le do­maine du dé­ve­lop­pe­ment immobilier. Il a tou­te­fois une autre idée en tête pour oc­cu­per ses an­nées sages : « Je veux mettre sur pied un fonds de dotation afin que le dé­ve­lop­pe­ment de Pla­mon­don se pour- suive lorsque je ne se­rai plus là. Je cherche à in­té­res­ser des par­te­naires puis d’en faire un pro­jet très im­por­tant » an­nonce M. Gau­thier. Le 13 oc­tobre der­nier, à l’oc­ca­sion du ga­la an­nuel de re­con­nais­sance te­nu dans le cadre de Rond Point, Reed Gau­thier re­ce­vait la Mé­daille du Ju­bi­lé de dia­mant de la Reine Eli­za- beth II pour ser­vices ren­dus à la com­mu­nau­té.

1Au re­cen­se­ment de la po­pu­la­tion de 2006, la po­pu­la­tion s’éle­vait à 335 per­sonnes, dont une ma­jo­ri­té de fran­co­phones. Le vil­lage a été fon­dé par Jo­seph Pla­mon­don en 1905 (Wi­ki­pé­dia).

2M. Guy La­combe était res­pon­sable du dé­ve­lop­pe­ment com­mu­nau­taire à l’ACFA pro­vin­ciale.

Pho­tos : courtoisie

Reed Gau­thier, ci- des­sus en com­pa­gnie de deux de ses trois pe­tits en­fants, soit Shan­tae Le­voir ( fille de Ka­ren) et Maxim Lord ( fils de Tra­cy), est un fier dé­fen­seur de la langue fran­çaise.

par Ro­nald Trem­blay

Reed Gau­thier lors­qu’il étu­diait au Col­lège Saint- Jean.

Le 13 oc­tobre der­nier, Reed Gau­thier a ac­cep­té, des mains de la sé­na­trice Claudette Tardif, la Mé­daille du Ju­bi­lé de dia­mant de la Reine Eli­za­beth II pour ser­vices ren­dus à la com­mu­nau­té.

La mu­sique est une his­toire de fa­mille chez les Gau­thier.

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