Éloi De Grâce (Ed­mon­ton)

Le Franco - - L’ÉVEIL - - Yan­nick Frey­chet

Il m’est dif­fi­cile de croire qu’Éloi De Grâce ait pu vivre ailleurs qu’en Al­ber­ta. Quand je lis ses pas­sion­nants ré­cits, qui re­tracent si fi­dè­le­ment la vie des pre­miers co­lons fran­co­phones de la pro­vince, je ju­re­rais qu’il les a cô­toyés. Pour­tant, Éloi me l’as­sure : il n’est éta­bli à Ed­mon­ton «que» de­puis une quin­zaine d’an­nées. Alors comment, en si peu d’an­nées, Éloi a-t-il pu se rendre aus­si in­dis­pen­sable pour la mé­moire de notre com­mu­nau­té ? Sans doute, comme son ca­rac­tère et son mé­tier d’ar­chi­viste lui dictent : de fa­çon mé­ti­cu­leuse, pa­tiente et dis­crète. Mais aus­si et avant tout, me semble-t-il, par le fait que son mé­tier et sa pas­sion s’en­tre­mêlent in­ti­me­ment : un jour Éloi m’a ra­con­té comment il garde, à son do­mi­cile, clas­sé par thèmes, tous les ar­ticles qui l’in­té­ressent et qui, mis bout à bout, per­met­tront de re­cons­ti­tuer des puzzles com­plexes. Cette connais­sance très pré­cise de l’his­toire fran­co-al­ber­taine n’a pas seule­ment fa­ci­li­té l’in­té­gra­tion d’Éloi dans sa com­mu­nau­té d’ac­cueil, mais lui a aus­si per­mis de mieux ap­pré­hen­der les dé­fis qu’elle ren­contre. Ain­si, tan­dis que nous cé­lé­brons les ré­sul­tats du der­nier re­cen­se­ment, qui a sou­li­gné un ac­crois­se­ment du nombre d’Al­ber­tains ayant le fran­çais pour langue ma­ter­nelle de 18 % en l’es­pace de six ans, Éloi rap­pelle que « 15 ans en ar­rière, on pen­sait que notre com­mu­nau­té fran­co­phone ne sur­vi­vrait pas long­temps! ». Tout en se fé­li­ci­tant de ce dy­na­misme nou­veau et in­at­ten­du, Éloi re­lève que le suc­cès fu­tur de notre com­mu­nau­té pas­se­ra par des ré­ponses adap­tées à des be­soins de plus en plus va­riés. Plus pré­ci­sé­ment, concer­nant la com­mu­nau­té âgée fran­co-al­ber­taine, puisque c’est à elle que nous nous in­té­res­sons, il fau­dra prendre en compte, non seule­ment, sa plu­ra­li­té cultu­relle, mais aus­si gé­né­ra­tion­nelle. « La com­mu­nau­té des aî­nés change ! Une nou­velle gé­né­ra­tion, dif­fé­rente des pré­cé­dentes, ar­rive à l’âge de la re­traite. Ces per­sonnes au­ront plus de moyens, elles vou­dront conti­nuer à res­ter ac­tives, à voya­ger, à par­ti­ci­per à la vie cultu­relle et so­ciale de la com­mu­nau­té. » Éloi pense donc que les or­ga­nismes tra­vaillant avec cette clien­tèle de­vraient dé­jà son­ger à se ré­in­ven­ter : « Pour les ba­by-boo­mers, ce­la ne fe­rait pas de dif­fé­rence si les clubs d’âge d’or, tels qu’ils se pré­sentent au­jourd’hui, n’exis­taient pas! » Il a donc vu d’un bon oeil le col­loque « S’im­pli­quer pour mieux vivre », qui vi­sait à sen­si­bi­li­ser les par­ties pre­nantes aux dé­fis associés à cette nou­velle réa­li­té. « J’ai par­ti­cu­liè­re­ment ap­pré­cié les confé­rences thé­ma­tiques, ain­si que les té­moi­gnages de bé­né­voles en­ga­gés. Ce sont des exemples comme ça, très concrets, qui vont nous pous­ser à nous im­pli­quer. » Et jus­te­ment, comment Éloi pré­voit-il de s’im­pli­quer après ce col­loque? Comme il l’a tou­jours fait : en conser­vant pré­cieu­se­ment une bonne in­for­ma­tion, jus­qu’au jour où elle pour­ra lui être utile. « L’idée de co­opé­ra­tive de lo­ge­ment, où une di­zaine de couples par­ta­ge­raient des ser­vices, me semble par­ti­cu­liè­re­ment in­té­res­sante. Tout le monde es­père pou­voir vieillir confor­ta­ble­ment dans un en­vi­ron­ne­ment fa­mi­lier. Je vais par­ler de cette idée au­tour de moi, tout en res­tant à l’écoute de pro­jets sem­blables. » Éloi au­rait beau­coup à ap­prendre à ceux de ma gé­né­ra­tion : l’ac­tion n’est pas tout, pour être ef­fi­cace, elle doit être pré­cé­dée d’une dose de ré­flexion!

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