2012 : une an­née pi­vot

Le Franco - - CHRONIQUE POLITIQUE - Fré­dé­ric Boi­ly

De­puis quelques an­nées, la scène po­li­tique al­ber­taine est en pleine trans­for­ma­tion. Bien sûr, les conser­va­teurs sont tou­jours au pou­voir, mais l’élec­tion pro­vin­ciale d’avril 2012 a si­gni­fié un chan­ge­ment ma­jeur dans la confi­gu­ra­tion po­li­tique de la pro­vince. Qu’on y songe : une femme pre­mière mi­nistre, près de six mois avant le Qué­bec, et un nou­veau par­ti d’op­po­si­tion, tou­jours avec une femme à sa tête. En fait, on a pu me­su­rer tous les ef­fets de cette élec­tion pi­vot lors de la der­nière ses­sion lé­gis­la­tive. En ef­fet, pas une ses­sion n’avait été aus­si mou­ve­men­tée, et ce, de­puis une ving­taine d’an­nées. Cer­tains sem­blaient ra­vis, alors que d’autres éprou­vaient une bonne dose de désar­roi de voir des dé­bats aus­si mus­clés. C’est que plu­sieurs ques­tions en ma­tière d’éthique (comme les dons de la fa­mille Katz au Par­ti conser­va­teur) ont mis dans l’em­bar­ras le gou­ver­ne­ment. C’est sur­tout l’affaire du « to­bac­co-gate », comme on l’ap­pelle main­te­nant, qui a don­né lieu à des échanges par­ti­cu­liè­re­ment vifs où la pre­mière mi­nistre est sor­tie de ses gonds sous les ques­tions in­sis­tantes de Da­nielle Smith et de son lieu­te­nant Rob An­der­son. Ac­cu­sée d’avoir fait une er­reur en choi­sis­sant la firme d’avo­cats pour qui son ex-ma­ri tra­vaille pour pour­suivre les com­pa­gnies de ta­bac, Mme Red­ford s’est mal­adroi­te­ment dé­fen­due, per­met­tant ain­si au doute de s’ins­tal­ler. Pour­quoi main­te­nir qu’elle n’avait rien à voir dans la dé­ci­sion s’il n’y avait rien de ré­pré­hen­sible? Le gou­ver­ne­ment a donc pas­sé une bonne par­tie de la ses­sion à se dé­fendre contre les at­taques ré­pé­tées de l’op­po­si­tion. Certes, le ton était par­fois vi­ru­lent, pas très loin des at­taques per­son­nelles. Mais c’est peut-être la ran­çon à payer pour avoir une op­po­si­tion digne de ce nom. Et mieux vaut des dé­bats trop mus­clés que pas de dé­bats comme ce­la a été le cas en On­ta­rio et en Co­lom­bieB­ri­tan­nique où les As­sem­blées lé­gis­la­tives ne se sont pas réunies. Néan­moins, Da­nielle Smith de­vra faire preuve de re­te­nue, car il s’en fau­drait de peu pour que les élec­teurs trouvent que son par­ti n’a rien d’autre à of­frir que des at­taques peu construc­tives. Chose cer­taine, la seule pré­sence du Wil­drose à l’As­sem­blée lé­gis­la­tive a obli­gé le gou­ver­ne­ment conser­va­teur comme ra­re­ment au­pa­ra­vant à rendre des comptes et à s’ex­pli­quer pour ses dé­ci­sions. Voi­là qui est énorme pour la vi­ta­li­té dé­mo­cra­tique de la pro­vince puisque dans le pas­sé, mal­gré les ef­forts des li­bé­raux et des néo-dé­mo­crates de Brian Ma­son, les conser­va­teurs fai­saient peu de cas de cette op­po­si­tion poids plume. Mais Da­nielle Smith a mon­tré ce qu’une op­po­si­tion poids lourd pou­vait faire : à la tête de ses 17 dé­pu­tés et de ses 35 % d’ap­puis, elle a réus­si à dé­ve­lop­per une ligne d’at­taque contre les conser­va­teurs, celle qu’il s’agit d’un par­ti à l’éthique élas­tique. Voi­là qui pour­rait por­ter fruit lors de la fu­ture élec­tion. Du cô­té des conser­va­teurs, le mes­sage de re­nou­veau tarde à se ma­ni­fes­ter, les re­la­tions avec la presse sem­blant même re­ve­nir à un ni­veau préS­tel­mach lorsque le gou­ver­ne­ment se mé­fiait des jour­na­listes. En outre, le gou­ver­ne­ment conser­va­teur risque de se voir rat­tra­per par les réa­li­tés éco­no­miques. Si l’Al­ber­ta re­pré­sente tou­jours un ilot de pros­pé­ri­té au Ca­na­da, il n’em­pêche que l’éco­no­mie pour­rait tout de même ra­len­tir. Dé­jà, cet au­tomne, une contro­verse a écla­té à pro­pos de l’am­pleur du dé­fi­cit et de la pos­si­bi­li­té que le gou­ver­ne­ment em­prunte pour fi­nan­cer cer­tains pro­jets. De plus, les ques­tions concer­nant les pi­pe­lines, dé­ter­mi­nantes, sont tou­jours pen­dantes : le dos­sier du Keys­tone XL n’est pas ré­glé, le pro­jet du Nor­thern Ga­te­way a du plomb dans l’aile et les pos­si­bi­li­tés de voir du pé­trole al­ber­tain ap­pro­vi­sion­ner les raf­fi­ne­ries de l’Est du pays sont en­core loin d’être concré­ti­sées, le gou­ver­ne­ment de Pau­line Ma­rois ayant in­di­qué que rien ne se fe­ra avant le mois de juin. L’ave­nir éco­no­mique de la pro­vince n’est peut-être pas si rose et l’an­née 2013 pour­rait être hou­leuse pour le gou­ver­ne­ment.

Ali­son Red­ford

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.