Por­trait du ser­gent-dé­tec­tive Co­chlin

« Au dé­but, quand tu de­viens po­li­cier, tu veux que tout le monde le sache, tel­le­ment t’en es fier. Mais tu t’aper­çois que les gens te traitent dif­fé­rem­ment lorsque tu fais ce mé­tier-là et ça de­vient dif­fi­cile d’être ac­cep­té pour toi-même. Après quelque te

Le Franco - - LA UNE - par Ro­nald Trem­blay

santes nor­males », pré­vient Marc Co­chlin. Marc Co­chlin est né à Ed­mon­ton le 17 mai 1972. Il est le deuxième de quatre gar­çons. À ce jour, il de­meure proche de ses frères Da­niel (élec­tri­cien à Mo­rin­ville), Ch­ris (avo­cat à Montréal) et Ryan (mé­ca­ni­cien à Spruce Grove). Son père, Ed­ward Co­chlin, un mé­ca­ni­cien de mé­tier, était de des­cen­dance ir­lan­daise; il est dé­cé­dé en 2001. Sa mère, née Béa­trice Mo­rin, ori­gi­naire de McLen­nan, a été aide-en­sei­gnante dans plu­sieurs écoles d’im­mer­sion et fran­co­phones d’Ed­mon­ton. La fa­mille Co­chlin n’était pas riche, mais on ne man­quait de rien. Marc parle d’une mai­son où il y avait beau­coup d’amour. « Mon père était un homme plu­tôt doux. C’est ma mère qui main­te­nait la dis­ci­pline et qui s’as­su­rait qu’on parle fran­çais », af­firme Marc avec une af­fec­tion évi­dente. Mal­gré son ho­raire chan­geant, il s’as­sure de rendre vi­site à sa mère ré­gu­liè­re­ment. Marc Co­chlin es­time que la fa­mille est un an­crage es­sen­tiel pour le po­li­cier qui vit par­fois des si­tua­tions où les émo­tions sont mises à rude épreuve. Marc en­tre­tient des rap­ports pri­vi­lé­giés avec ses confrères de tra­vail, mais il se garde bien de se re­plier uni­que­ment sur cette zone de confort : « Il est fa­cile de s’adres­ser à d’autres po­li­ciers pour du sou­tien. Ils savent mieux que les autres ce qu’on passe au tra­vers. Le dan­ger, c’est de fi­nir par trou­ver mêmes les choses bou­le­ver- Ses an­nées de pa­trouille lui ont per­mis de vivre des ex­pé­riences per­son­nelles en­ri­chis­santes et aus­si, à l’oc­ca­sion, dan­ge­reuses. Au moins une fois, sa vie au­ra été en réel dan­ger alors qu’un dé­te­nu dans son au­to­pa­trouille est de­ve­nu violent : « Il m’étouf­fait par-der­rière avec ses me­nottes alors que je condui­sais et il es­sayait de s’em­pa­rer de mon ré­vol­ver. J’ai sen­ti tout de suite que c’était lui ou moi. Je suis par­ve­nu à ar­rê­ter la voi­ture et d’en sor­tir. Puis là, c’est de­ve­nu un com­bat corps à corps », se re­mé­more Marc Co­chlin qui est par­ve­nu à mai­tri­ser son pri­son­nier après une ba­taille du­re­ment ga­gnée.

Le soc­cer

On est bien loin du pro­to­type hol­ly­woo­dien du po­li­cier qui sur­plombe tous ceux qui l’en­tourent. À cinq pieds six pouces (1,70 m), Marc Co­chlin se re­plie plu­tôt sur un condi­tion­ne­ment phy­sique sou­te­nu qui re­monte à ses an­nées d’école. De­meu­rer en forme n’est pas une op­tion pour un po­li­cier. « Dans le mi­lieu, on dit “Stay fit, stay alive” », dé­clare Marc. En 1990, il était ca­pi­taine de l’équipe de soc­cer de l’école Mau­rice-La­val­lée lors­qu’elle a rem­por­té le cham­pion­nat de la ville. Marc était de la toute pre­mière classe de fi­nis­sants de Mau­rice-La­val­lée en juin de cette même an­née. Après l’école se­con­daire, Marc Co­chlin est loin d’être fixé sur son ave­nir. Pen­dant deux ans, il se­ra bou­cher dans une épi­ce­rie, un tra­vail à temps par­tiel qui lui per­met de s’adon­ner à son sport pré­fé­ré : « J’ai joué au soc­cer à l’Université et dans la ligue ma­jeure pro­vin­ciale (MSL) », se rap­pelle Marc. Il fe­ra aus­si par­tie d’une dé­lé­ga­tion ca­na­dienne qui af­fron­te­ra des clubs-écoles pro­fes­sion­nels lors d’une tour­née en Espagne et au Por­tu­gal. Au­jourd’hui, il est bu­teur (“stri­cker”) pour les “Blues”, une équipe de soc­cer in­té­rieur for­mée de po­li­ciers en pre­mière di­vi­sion du Ed­mon­ton Dis­trict Soc­cer As­so­cia­tion (EDSA).

Es­couade spéciale

L’EPS consi­dère les can­di­dats à par­tir de l’âge de 18 ans. On doit pos­sé­der un cer­ti­fi­cat d’études se­con­daires. Mais la com­pé­ti­tion est fé­roce et on ac­cepte en bout de ligne celles et ceux qui ont le plus à of­frir en terme d’études et d’ex­pé­rience. L’en­trai­ne­ment dure cinq mois et a lieu au­tant en classe que sur le ter­rain. L’étude des lois de la pro­vince et des ar­rê­tés mu­ni­ci­paux s’ajoute aux tech­niques d’enquête et d’en­tre­vue, à l’au­to-dé­fense et au ma­nie­ment des armes. En 1997, Marc Co­chlin fait par­tie d’un groupe de 26 can­di­dats sé­lec­tion­nés à par­tir de 4000 can­di­da­tures. Il a 25 ans, mais pa­rait beau­coup plus jeune. « L’ex­pé­rience de vie est une consi­dé­ra­tion importante lors­qu’on veut être po­li­cier. Si un can­di­dat n’est jamais sor­ti de son mi­lieu, on lui sug­gère de rap­pli­quer plus tard, même s’il ré­pond aux cri­tères de base », dit Marc dont le ba­gage com­prend des sé­jours chez les ca­dets de l’ar­mée et dans la mi­lice. Il a aus­si 10 sauts en pa­ra­chute à son pal­ma­rès ef­fec­tués lors d’un sé­jour chez les blin­dés du 22e Ré­gi­ment – les ’Van Doos’ - à Val­car­tier au Qué­bec. Marc Co­chlin in­siste beau­coup sur l’im­por­tance du main­tien de la paix, une di­men­sion cen­trale de son tra­vail. C’est là que le pou­voir dis­cré­tion­naire du po­li­cier est stra­té­gique et que son ex­pé­rience de vie entre en ligne de compte. « Nos dé­ci­sions peuvent avoir une por­tée énorme sur une fa­mille », re­con­nait le vé­té­ran po­li­cier. « Sor­tir un père de fa­mille de la mai­son en me­nottes, ce n’est pas fa­cile et par­fois, ce n’est pas né­ces­saire », fait-il re­mar­quer. Il ajoute que le temps des Fêtes est une pé­riode très dif­fi­cile pour cer­tains. Les drames fa­mi­liaux prennent de l’am­pleur : « Il y en a pour qui Noël n’existe pas vrai­ment. La pau­vre­té, la vio­lence, c’est tout ce que cer­tains connaissent. Et ça fait mal au coeur. Lors­qu’on in­ter­vient, il faut avoir de l’em­pa­thie », ex­plique ce­lui qui a pas­sé les cinq pre­mières an­nées de sa car­rière comme pa­trouilleur dans un quar­tier du cen­tre­ville. En 16 ans, le ser­gent Co­chlin n’a jamais eu à dé­char­ger son arme, ce dont il se dit sou­la­gé : « Ce n’est pas quelque chose que tu veux avoir sur la conscience… sauf si c’est pour sau­ver la vie de quel­qu’un. » Après neuf ans de pa­trouille, on ap­proche Marc pour faire par­tie d’une es­couade clan­des­tine. Pen­dant un an et de­mi, il gagne la confiance de cri­mi­nels en­dur­cis dans le but d’ob­te­nir de l’in­for­ma­tion ou mieux en­core, des aveux. Un cas en par­ti­cu­lier, l’a obli­gé à feindre l’ami­tié avec un sus­pect d’ho­mi­cide. Il s’agit évi­dem­ment d’un as­pect très aven­tu­ré du tra­vail de po­li­cier. « C’est dan­ge­reux, mais ex­ci­tant aus­si. On te donne une autre iden­ti­té et un autre do­mi­cile. Tu de­viens quel­qu’un d’autre. Mais il faut être dis­ci­pli­né et suivre les di­rec­tives de ton “hand­ler” », confie Marc Co­chlin, fai­sant ré­fé­rence à l’of­fi­cier su­pé­rieur char­gé du contrôle des agents. « J’étais cé­li­ba­taire à l’époque. Ces mis­sions sont moins dif­fi­ciles quand tu n’as pas de femme ou d’en­fants », ajou­tet-il. Au­jourd’hui, le ser­gent-dé­tec­tive Marc Co­chlin su­per­vise à son tour ce genre d’opération.

« Le mo­ment pré­sent »

Le ser­gent Co­chlin a été pro­mu au rang de dé­tec­tive en 2007. Le plus jeune de sa classe, il est as­si­gné au dé­par­te­ment des en­quêtes cri­mi­nelles (CIS). Il a du même coup tro­qué l’uni­forme fa­mi­lier pour une te­nue ci­vile. D’autre part, le fait de par­ler fran­çais lui a va­lu des op­por­tu­ni­tés in­té­res­santes. « Lors des Jeux olym­piques d’hiver de 2010 à Van­cou­ver, nous étions 22 000 po­li­ciers de par­tout au pays pour as­su­rer la sé­cu­ri­té. Parce que je parle fran­çais, on m’a mis en charge des po­li­ciers de Montréal et de la Su­re­té du Qué­bec. » Marc Co­chlin se dit com­blé par un tra­vail qui lui per­met de “vivre le mo­ment pré­sent”. De­puis 2009, il en­seigne à son tour aux can­di­dats dé­tec­tives. Pour le reste, sa com­pagne Car­leigh et lui par­viennent à conser­ver un équilibre entre le tra­vail et le quo­ti­dien. Ils par­tagent une pas­sion pour le condi­tion­ne­ment phy­sique. Et aus­si l’amour du mé­tier puisque Car­leigh est éga­le­ment po­li­cière.

En 1990, Marc Co­chlin est ca­pi­taine de l’équipe de soc­cer de l’école Mau­rice- La­val­lée qui rem­porte le cham­pion­nat de la ville.

De­puis 16 ans, Marc Co­chlin est po­li­cier à Ed­mon­ton.

Quelque temps avant sa pro­mo­tion au poste de dé­tec­tive : dé­jà fin li­mier dans l’âme

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