Mot du di­rec­teur gé­né­ral

LA SA­GA DES NÉ­GO­CIA­TIONS…

Le Franco - - NOUVEAUX TRAJETS ALBERTAINS - Hen­ri Le­mire, di­rec­teur gé­né­ral

Voi­là en gros le ré­sul­tat de quatre mois d’ef­forts entre les trois par­ties in­té­res­sées à conclure une deuxième en­tente sa­la­riale pro­vin­ciale pour les en­sei­gnants de la pro­vince. En 2007, pour la pre­mière fois dans l’his­toire de l’édu­ca­tion pu­blique en Al­ber­ta, le gou­ver­ne­ment de l’Al­ber­ta, le Al­ber­ta School Board As­so­cia­tion (ASBA) et l’Al­ber­ta

Tea­chers’ As­so­cia­tion (ATA) avaient conclu une en­tente de cinq ans qui in­tro­dui­sait une for­mule d’aug­men­ta­tion sa­la­riale an­nuelle ( Al­ber­ta Week­ly Ear­nings In­dex) et qui as­su­rait la paix so­ciale entre les trois par­ties. Les né­go­cia­tions tri­par­tites sont mortes! Les né­go­cia­tions lo­cales sont res­sus­ci­tées! L’en­tente fut lar­ge­ment ap­pré­ciée et po­si­tive : les en­sei­gnants ont pro­fi­té d’aug­men­ta­tions sa­la­riales de 26 % de­puis 2006; le gou­ver­ne­ment n’a pas eu à se pré­oc­cu­per de l’ATA pen­dant la cam­pagne à la chef­fe­rie du Par­ti conser­va­teur et lors des der­nières élec­tions pro­vin­ciales; les conseils scolaires n’ont pas eu à in­ves­tir des heures à né­go­cier lo­ca­le­ment; les pa­rents ne furent guère per­tur­bés par des me­naces de grèves ou d’ar­rêt de tra­vail. Cette en­tente a pris fin le 31 aout 2012. Le nou­veau mi­nistre de l’Édu­ca­tion, Jeff John­son, a lais­sé en­tendre qu’il était prêt à al­ler loin pour en conclure une nou­velle. Ce qu’il n’avait pas an­ti­ci­pé, tou­te­fois, c’est qu’entre le mois d’aout et le mois de dé­cembre, le prix de l’huile bais­se­rait de telle sorte que les pré­vi­sions bud­gé­taires pro­vin­ciales pas­se­raient du noir au rouge. Aux prises avec un bud­get qui pour­rait se ter­mi­ner avec un dé­fi­cit d’au moins 3 mil­liards $ à la fin avril 2013, le gou­ver­ne­ment cherche à ré­duire ses couts dans tous ses mi­nis­tères, prin­ci­pa­le­ment dans les deux plus grands, la san­té et l’édu­ca­tion. Donc, il est de­ve­nu évident que les né­go­cia­tions qui s’an­non­çaient très pro­met­teuses l’été der­nier s’avè­re­raient beau­coup plus dif­fi­ciles pour le gou­ver­ne­ment dans ce contexte éco­no­mique mon­dial in­cer­tain. Pour sa part, l’ATA réa­li­sait que son cheval de ba­taille ne pou­vait pas être les sa­laires vu qu’ils sont les plus éle­vés en Amé­rique du Nord. L’ATA a donc cer­né ses de­mandes sur les condi­tions de tra­vail : taille et com­plexi­té de la salle de classe, charge de tra­vail et temps d’ins­truc­tion, temps pas­sé à ac­com­plir des tâches non édu­ca­tives, etc. La dou­zaine de né­go­cia­teurs re­pré­sen­tant les trois par­ties au coeur des né­go­cia­tions – le gou­ver­ne­ment, l’ATA et l’Al­ber­ta School Boards As­so­cia­tion – se sont ren­con­trés maintes fois pour échan­ger leur po­si­tion. Et un peu comme les né­go­cia­tions in­ter­mi­nables de la Ligue na­tio­nale de hockey, quoi­qu’ils sem­blaient sou­vent près d’ar­ri­ver à une en­tente, d’autres élé­ments s’ajou­taient pour com­plexi­fier et pro­lon­ger les pour­par­lers. Fi­na­le­ment à la fin no­vembre, l’ATA a cor­res­pon­du di­rec­te­ment avec la pre­mière mi­nistre Ali­son Red­ford, ou­tre­pas­sant le mi­nistre John­son, ce qui en soi ne pré­sa­geait pas une con­clu­sion heu­reuse. Au lieu d’une lettre ex­pli­ci­tant ses de­mandes et do­léances, l’ATA a sou­mis une en­tente « prête à si­gner », les termes prin­ci­paux étant un terme de quatre ans avec des aug­men­ta­tions sa­la­riales an­nuelles de 0-0-1-3 %, de re­voir la charge de tra­vail, de ré­duire les heures de tra­vail as­si­gnées, et d’ob­te­nir des ga­ran­ties – peu ex­pli­cites – sur les condi­tions de tra­vail des en­sei­gnants. Quelques jours plus tard, le mi­nistre John­son (pas la pre­mière mi­nistre) a ré­pon­du dans une très longue lettre énon­çant ses ex­pli­ca­tions et condi­tions pour une en­tente re­nou­ve­lée. En gros, le mi­nistre of­frait 10,5 mil­lions $ pour em­bau­cher des aides-élèves pour fa­ci­li­ter l’in­clu­sion, une étude com­pré­hen­sive sur la charge de tra­vail et la mise sur pied d’un co­mi­té pro­vin­cial sur le dé­ve­lop­pe­ment pro­fes­sion­nel. Il concluait en de­man­dant à l’ATA de re­ve­nir à la table des né­go­cia­tions. Le 12 dé­cembre, l’ATA re­fu­sait argüant es­sen­tiel­le­ment que le mi­nistre avait re­fu­sé de s’en­ga­ger à ré­duire les heures de tra­vail et les heures as­si­gnées, d’ac­cor­der un plus grand rôle à l’ATA dans les études et co­mi­tés pro­po­sés par la Pro­vince, de ga­ran­tir que le mi­nistre ne chan­ge­rait pas les condi­tions de tra­vail pen­dant les quatre ans de l’en­tente. Bref, l’ATA in­for­mait le mi­nistre que vu l’échec des né­go­cia­tions pro­vin­ciales, elle avi­sait ses 42 000 membres que les né­go­cia­tions lo­cales re­pren­draient sous peu. C’est ain­si que nous nous re­trou­vons, exac­te­ment comme au­pa­ra­vant où des re­pré­sen­tants syn­di­caux nom­més par les en­sei­gnants né­go­cie­ront di­rec­te­ment avec des conseillers scolaires et des cadres. Par exemple au Centre-Nord, trois en­sei­gnants et trois élus sont man­da­tés par leur corps res­pec­tif de né­go­cier une en­tente de prin­cipe. Par la suite, l’en­tente conve­nue lo­ca­le­ment doit re­ce­voir l’aval de l’ATA pro­vin­ciale et du Conseil sco­laire afin d’être ra­ti­fiée et exé­cu­tée. C’est donc dire que dans les pro­chaines se­maines, les 62 conseils scolaires de l’Al­ber­ta re­pren­dront les né­go­cia­tions sa­la­riales et de condi­tions de tra­vail comme ils le fai­saient ja­dis. En soit, il n’y a rien de mau­vais dans des né­go­cia­tions lo­cales, car le ré­sul­tat tient compte des par­ti­cu­la­ri­tés lo­cales. Par exemple, dans un conseil comme le nôtre, il faut prendre en consi­dé­ra­tion les grandes dis­tances, les écoles ur­baines et ru­rales, des écoles plus grandes et très pe­tites, un per­son­nel jeune et dont la moi­tié pro­vient de l’ex­té­rieur de l’Al­ber­ta, tous des fac­teurs im­por­tants à pe­ser afin de mieux ac­com­mo­der le per­son­nel en­sei­gnant tout en équi­li­brant l’offre et la de­mande et leurs im­pli­ca­tions bud­gé­taires à court et long terme. Ce qui est moins in­té­res­sant, sur­tout pour les sept ou huit per­sonnes di­rec­te­ment im­pli­quées à la table des né­go­cia­tions, est le temps consi­dé­rable qu’ils de­vront mettre pour conclure une en­tente conve­nable. Avant de pas­ser à la ra­ti­fi­ca­tion d’une nou­velle conven­tion col­lec­tive, le Conseil de­vra me­su­rer l’impact des pertes/gains sur le bud­get dé­jà pro­je­té dé­fi­ci­taire de quelque 750 000 $ en 2012-2013, sans par­ler des consé­quences fi­nan­cières au cours des deux à quatre an­nées à ve­nir. En ma­tière de né­go­cia­tions sa­la­riales, un peu comme pour la ma­la­die, il est plus fa­cile de gué­rir une fois qu’on connait bien la cause. L’in­cer­ti­tude des der­niers mois main­te­nant der­rière nous, il se­ra dé­sor­mais plus fa­cile d’en­tre­prendre les né­go­cia­tions sa­chant que les termes ont été clai­re­ment énon­cés lors des né­go­cia­tions tri­par­tites. Il ne reste qu’à sou­hai­ter « cou­rage et bon suc­cès » aux re­pré­sen­tants du Conseil sco­laire et aux re­pré­sen­tants l’ATA. Ce tra­vail re­pré­sente une des res­pon­sa­bi­li­tés les plus si­gni­fiantes, quoique gé­né­ra­le­ment dif­fi­ciles, par­fois en­ri­chis­santes, que peut vivre un in­di­vi­du pour le bien­fait de sa col­lec­ti­vi­té.

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