La ré­pres­sion fi­nan­cière

Le Franco - - ÉDITORIAL - par Da­vid Ca­ron

En 2012, le terme à la mode a été sans au­cun doute l’aus­té­ri­té budgétaire. Un peu par­tout sur la pla­nète, les dif­fé­rents gou­ver­ne­ments ont mis en place des me­sures vi­sant à ré­duire le dé­fi­cit fis­cal et ain­si li­mi­ter l’aug­men­ta­tion de l’en­det­te­ment des gou­ver­ne­ments. Avec la me­nace du « pré­ci­pice fis­cal » aux États-Unis, la faillite de banques en Espagne et la crise en Grèce qui semble in­ter­mi­nable, il nous faut ad­mettre que même si l’in­ten­tion était bonne, le ré­sul­tat est que cette aus­té­ri­té lais­se­ra un gout amer à plu­sieurs lors­qu’ils re­pen­se­ront à l’an­née qui vient de se ter­mi­ner. L’an­née 2013 nous an­nonce-telle quelque chose de mieux? Pas né­ces­sai­re­ment, si­non que l’ap­proche pour faire face au dé­fi­cit fis­cal se­ra dif­fé­rente. Même si les dif­fé­rents gou­ver­ne­ments fe­ront l’éloge d’un dé­fi­cit ré­duit, voir li­mi­té, la réa­li­té est que l’on par­le­ra da­van­tage de la ba­lance opé­ra­tion­nelle du gou­ver­ne­ment. La ba­lance budgétaire que l’on pré­sente avec le bud­get re­pré­sente la vraie si­tua­tion fi­nan­cière du gou­ver­ne­ment : si le bud­get est en dé­fi­cit, la dette aug­mente. Cette ba­lance budgétaire com­prend tou­te­fois deux types de dé­penses : les dé­penses opé­ra­tion­nelles (pour les dif­fé­rents pro­grammes) et le ser­vice de la dette (l’in­té­rêt payé sur la dette ac­cu­mu­lée). La ba­lance opé­ra­tion­nelle ne consi­dère donc pas les paie­ments d’in­té­rêts du gou­ver­ne­ment. Comme le montre le gra­phique, le ra­tio d’en­det­te­ment des ad­mi­nis­tra­tions pu­bliques au Ca­na­da a di­mi­nué de fa­çon importante de 1996 à 2007, pas­sant de 133 % à 89 %. Les forts sur­plus bud­gé­taires des dif­fé­rents pa­liers de gou­ver­ne­ment ont per­mis de ré­duire la dette to­tale ac­cu­mu­lée au cours des dé­cen­nies pré­cé­dentes. Les ef­forts de re­lance éco­no­mique de 2008 et 2009 ont fait re­pas­ser le ra­tio dette/PIB à 107 %, mais il est de­meu­ré à ce ni­veau en 2010 et 2011 mal­gré le fort dé­fi­cit pu­blic ob­ser­vé au cours de ces deux an­nées. Comment ex­pli­quer ce phé­no­mène? Par la ré­pres­sion fi­nan­cière. Les taux d’in­té­rêt main­te­nus à un taux très faible ont fait di­mi­nuer le ser­vice de la dette. En même temps, l’in­fla­tion est de­meu­rée au même ni­veau. Ain­si, les gou­ver­ne­ments bé­né­fi­cient d’un taux d’in­té­rêt né­ga­tif. Cette si­tua­tion, peu fré­quente, est ob­ser- vée lorsque le taux d’in­fla­tion est plus éle­vé que le taux d’in­té­rêt. Dans le cas pré­sent, le PIB (crois­sance éco­no­mique plus in­fla­tion) aug­mente aus­si ra­pi­de­ment que la dette (dé­fi­cit plus in­té­rêts). Dans les condi­tions éco­no­miques ac­tuelles, il suf­fit donc de ré­duire le dé­fi­cit (sans l’éli­mi­ner) de fa­çon à ce que la crois­sance du PIB soit la plus ra­pide. L’an­nonce de la Ré­serve fé­dé­rale aux États-Unis de main­te­nir le taux d’in­té­rêt faible jus­qu’en 2015 vise pré­ci­sé­ment cet ef­fet. Les dif­fi­cul­tés de la Grèce et de l’Espagne re­posent éga­le­ment sur la dif­fi­cul­té de main­te­nir faible leur cout d’em­prunt. Si les gou­ver­ne­ments peuvent ré­duire leur ra­tio d’en­det­te­ment sans éli­mi­ner le dé­fi­cit, il faut que quel­qu’un perde au change. Les per­dants sont les épar­gnants : ceux qui prêtent au gou­ver­ne­ment et qui voient la va­leur réelle de leur épargne di­mi­nuer. L’épargne to­tale de ces in­di­vi­dus aug­mente, mais ce que cette épargne per­met d’ache­ter di­mi­nue. Les épar­gnants fi­ni­ront par ré­agir face à cette perte de va­leur de leur épargne, en re­fu­sant de prê­ter par exemple. Le ré­sul­tat se­ra une hausse du cout de l’en­det­te­ment et une hausse du ser­vice de la dette pu­blique, une hausse du dé­fi­cit et le be­soin d’aug­men­ter les me­sures d’aus­té­ri­té éco­no­mique. Tout ce­la, lorsque les gou­ver­ne­ments ne pour­ront plus uti­li­ser cette ré­pres­sion fi­nan­cière.

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