Su­zanne Lamy-Thi­bau­deau de­meure une femme des grandes oc­ca­sions

Le Franco - - NOUVEAUX_TRAJETS_ALBERTAINS - par Ro­nald Trem­blay

« Je suis fran­co­phone comme c’est pas pos­sible », dit Su­zanne Lamy-Thi­bau­deau avec la spon­ta­néi­té qu’on lui re­con­nait. On ne s’en­nuie jamais à ses cô­tés. La gé­né­ro­si­té de ses pro­pos vient avant tout d’un dé­sir de précision. Si elle vous donne un ren­sei­gne­ment ou une opi­nion, vous au­rez l’heure juste et ce se­ra ré­flé­chi.

Son com­pa­gnon de vie, JeanGuy, était de la même fibre, ce qui les a unis à tous les ni­veaux pen­dant plus de 40 ans. Jean- Guy Thi­bau­deau, lui-même un pi­lier de la fran­co­pho­nie al­ber­taine, est dé­cé­dé d’un can­cer en oc­tobre 2007.

Le 4 jan­vier der­nier mar­quait le 35e an­ni­ver­saire de l’ar­ri­vée de la fa­mille Thi­bau­deau en Al­ber­ta. La fa­mille se re­trouve tout d’abord à Fort McMurray. « Jean-Guy a eu un em­ploi à Syn­crude Ca­na­da en tant que res­pon­sable du dé­par­te­ment d’in­for­ma­tique », ex­plique Su­zanne. « Jus­qu’à ce mo­ment-là, on de­meu­rait à Tra­cy, au Qué­bec. Une des choses qui nous a tout de suite éblouis de Fort McMurray, ce sont les au­rores bo­réales », se rap­pelle-t-elle.

Dès leur ar­ri­vée en Al­ber­ta, les Thi­bau­deau étaient dé­ter­mi­nés à faire par­tie in­té­grante de leur mi­lieu d’adop­tion. Avec JeanGuy comme com­plice, Su­zanne a joué un rôle im­por­tant dans la mise en place du pro­gramme fran­çais à l’école Bo­réal. Elle au­ra aus­si été ani­ma­trice en re­fran­ci­sa­tion pour les élèves de la ma­ter­nelle à la 6e an­née.

Su­zanne a aus­si été la pre­mière agente de l’ACFA ré­gio­nale. « Au dé­but d’oc­tobre 1978, ex­plique-t-elle, j’ai été contac­tée pour or­ga­ni­ser une ren­contre des fran­co­phones de la ré­gion avec un re­pré­sen­tant de l’ACFA pro­vin­ciale, dans le but de fon­der une ré­gio­nale. Le soir même, mon ma­ri est de­ve­nu le pré­sident du co­mi­té pro­vi­soire et moi, la se­cré­taire », ra­conte Mme Lamy-Thi­bau­deau.

Le nom « Ya­ma­chiche » a ses ori­gines chez les Amé­rin­diens. La tra­duc­tion fran­çaise « Eau va­seuse » en rai­son de la cons­ti­tu­tion ar­gi­leuse de son sol, ne rend cer­tai­ne­ment pas jus­tice à cette mu­ni­ci­pa­li­té pit­to­resque si­tuée en Mau­ri­cie, à en­vi­ron une heure à l’Est de Montréal. On y compte au­jourd’hui 2700 âmes. Par­mi ses ci­toyens les mieux connus, men­tion­nons le ro­man­cier An­toine Gé­rinLa­joie à qui on doit le cé­lèbre hymne à l’exil Un Ca­na­dien er­rant.

« Des Ca­na­diens er­rants… » Su­zanne Lamy-Thi­bau­deau est née à Ya­ma­chiche le 19 sep­tembre 1942. Ses pa­rents Raoul et An­gé­line Lamy (née Fer­ron) étaient fer­miers et pro­duc­teurs de vo­lailles. Su­zanne est la deuxième de sept en­fants. Su­zanne re­çoit tout d’abord son en­sei­gne­ment des Dames de la Congré­ga­tion, puis au se­con­daire, des Soeurs de Sain­teAnne à Raw­don. Elle étu­die la comp­ta­bi­li­té et l’ad­mi­nis­tra­tion à l’École com­mer­ciale pra­tique Cô­té de Trois-Ri­vières. De là, c’est le re­tour à Ya­ma­chiche où elle tra­vaille pour le conseil mu­ni­ci­pal.

C’est à cette époque qu’elle ren­contre Jean-Guy Thi­bau­deau, qui étu­die en in­for­ma­tique à l’Université St. Fran­cis Xa­vier d’An­ti­go­nish en Nou­vel­leÉ­cosse. Ori­gi­naire de Sha­wi­ni­gan, il est de trois ans son ai­né. Jean-Guy ob­tient son di­plôme en 1963 avant d’en­tre­prendre une mai­trise en ad­mi­nis­tra­tion à l’Université McGill de Montréal. Le couple se ma­rie en juin 1964. Les Thi­bau­deau ont deux fils : Alain est né en juillet 1965 et Pa­trick en mars 1967.

Le bé­né­vo­lat : un mode de vie De 1963 à 1977, Jean-Guy Thi­bau­deau est chef de sec­tion chez Fer et Ti­tane du Qué­bec à Tra­cy (au­jourd’hui So­rel-Tra­cy).

Pen­dant ce temps, Su­zanne tient le fort et s’oc­cupe de sa jeune fa­mille, ce qui ne l’em­pêche pas d’être ani­ma­trice de la sec­tion femme de l’as­so­cia­tion Jeunes Couples, qui re­groupe et in­forme les jeunes fa­milles sur dif­fé­rents as­pects de la vie, de la spiritualité aux ques­tions lé­gales. Elle se­ra aus­si agente d’im­meubles pen­dant deux ans. Jean-Guy et Su­zanne sont éga­le­ment ac­tifs dans le mou­ve­ment scout alors que Pa­trick et Alain se joignent à la meute de lou­ve­teaux que di­rige leur père.

Pen­dant quatre ans, le couple Thi­bau­deau s’adonne à la danse so­ciale. « Ce­la nous a ai­dés à vaincre notre ti­mi­di­té », confie Su­zanne. Pour ces mêmes rai­sons, Jean-Guy et Su­zanne Thi­bau­deau fe­ront plus tard par­tie du co­mi­té fon­da­teur fran­co­phone des Toast­mas­ters de Fort McMurray, Les Pion­niers de l’Ouest.

Après 16 ans chez Syn­crude, Jean-Guy prend sa re­traite et la fa­mille s’ins­talle à Ed­mon­ton. Tout de suite, les pro­jets se mul­ti­plient. Tout comme c’était le cas pour Jean-Guy, Su­zanne re­cherche avant tout un contact pri­vi­lé­gié avec sa com­mu­nau­té. Elle aime tra­vailler dans l’ombre, mais se rend vite à l’évi­dence que ce­la est dif­fi­cile dans une pe­tite com­mu­nau­té.

Le thème du res­pect re­vient sou­vent dans ses pro­pos, en par­ti­cu­lier lors­qu’elle parle de la Cho­rale Saint-Jean dont elle fait par­tie de­puis 1995. Elle a été la toute pre­mière pré­si­dente de son conseil d’ad­mi­nis­tra­tion : « Il y a un sens fa­mi­lial très pal­pable à la Cho­rale », di­telle.

Les Thi­bau­deau ont tou­jours été im­pli­qués dans les arts, en par­ti­cu­lier le théâtre. Su­zanne et Jean-Guy ont été ac­tifs au conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de L’UniT­héâtre pen­dant neuf ans. Su­zanne a aus­si été membre du co­mi­té fon­da­teur du Centre des arts vi­suels de l’Al­ber­ta. Jean-Guy a fait par­tie d’un des pre­miers conseils d’ad­mi­nis­tra­tion du Re­grou­pe­ment ar­tis­tique fran­co­phone de l’Al­ber­ta.

Su­zanne et Jean-Guy ont aus­si re­çu le Prix Guy-La­combe pour l’en­semble des ser­vices ren­dus à la com­mu­nau­té.

Coa­li­tion des femmes

Su­zanne Lamy-Thi­bau­deau consi­dère que tout ce qui fait avan­cer la fran­co­pho­nie est digne d’at­ten­tion et que nous sommes tous par­te­naires à parts égales dans cette mis­sion. Au fil des ans, elle se­ra ac­tive à la Fé­dé­ra­tion des ai­nés fran­co­phones de l’Al­ber­ta, sur le co­mi­té de di­rec­tion du Ma­noir Saint-Thomas, au Conseil de pas­to­rale de la Pa­roisse Sain­teAnne et à l’ACFA pro­vin­ciale où elle siège à l’exé­cu­tif pen­dant plu­sieurs an­nées.

Elle a été co­or­don­na­trice et di­rec­trice de la Coa­li­tion des femmes de l’Al­ber­ta pen­dant 10 ans. À sa re­traite, elle s’est jointe au conseil d’ad­mi­nis­tra­tion et de­meure ac­tive au sein de co­mi­tés qui touchent la san­té et le bien-être, l’im­mi­gra­tion et la gou­ver­nance. De­puis 2011, un prix de re­con­nais­sance à la Coa­li­tion des femmes de l’Al­ber­ta est re­mis en son nom à une Fran­co-Al­ber­taine qui se dé­voue de fa­çon re­mar­quée à la cause des femmes.

La Ci­té

Un des pro­jets les plus du­rables et vi­sibles au­quel est as­so­ciée Mme Lamy-Thi­bau­deau est La Ci­té fran­co­phone d’Ed­mon­ton. Pen­dant 10 ans, elle a tra­vaillé à la mise sur pied puis à l’ex­pan­sion du centre com­mu­nau­taire fran­co­phone en tant que pré­si­dente du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion.

« En 2010, le pré­sident (ac­tuel) de La Ci­té, De­nis Ma­gnan, m’a de­man­dé de par­ti­ci­per à la cé­ré­mo­nie of­fi­cielle lors de l’inau­gu­ra­tion de la Phase 2. J’étais là à la cou­pure du ru­ban cé­ré­mo­nial en com­pa­gnie du maire Man­del. Un très beau mo­ment. C’était bien gé­né­reux de la part de De­nis », avance Su­zanne.

Cette même an­née, une des salles mul­ti­fonc­tions de La Ci­té était dé­si­gnée Salle Su­zanne Lamy-Thi­bau­deau en re­con­nais­sance du rôle de pre­mier plan que cette der­nière a joué dans ce grand pro­jet. Au­jourd’hui, Su­zanne est fière du tra­vail ac­com­pli. Elle est éga­le­ment fière de ses sept pe­tits-en­fants. Quant à ses fils, Alain est gé­rant des des­si­na­teurs chez Midwest Sur­vey et Pa­trick, vice-pré­sident et di­rec­teur tech­nique chez Oo­hoo, une firme qui spé­cia­lise dans le cy­be­rap­pren­tis­sage.

Une pho­to de Su­zanne et Jean- Guy Thi­bau­deau prise en 1996.

Su­zanne Lamy-Thi­bau­deau, à 20 ans, alors qu’elle fait de la danse.

Pho­tos : courtoisie

Au­jourd’hui, Su­zanne est fière du tra­vail ac­com­pli.

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