Le hockey de ma jeu­nesse à Saint-Jean

Le Franco - - SPORTS - - par Da­niel Cour­noyer

La pa­ti­noire com­mu­nau­taire se trou­vait de l’autre cô­té de la rue, en face de la mai­son pa­ter­nelle. J’ai com­men­cé à pa­ti­ner à un très bas âge – 5 ans –. J’y al­lais tous les jours et j’y pas­sais des heures, sou­vent seul, à pra­ti­quer mon tir au fi­let. Je suis de­ve­nu très pré­cis et ce­la m’a ser­vi plus tard comme comp­teur de buts.

Aus­si, à cette époque, les ga­mins jouaient dans la rue. C’était le temps où les fer­miers ve­naient au vil­lage en trai­neau et on se ser­vait des « pommes de route » ge­lées comme disque. Gare au gar­dien de but qui avait la bouche ou­verte! Aus­si, c’était la crise éco­no­mique et perdre un vrai disque dans un banc de neige, ça cou­tait cher.

Quand je suis en­tré au Ju­nio­rat Saint-Jean en 1938, il y avait deux pa­ti­noires, une pour les grands et l’autre pour les moyens. Le hockey était le seul sport d’hiver des ju­nio­ristes, vu qu’il n’y avait pas de gym­nase. On jouait à toutes les ré­créa­tions. Une équipe qui re­pré­sen­tait le col­lège pour les joutes à l’ex­té­rieur était re­cru­tée par­mi les meilleurs joueurs des ligues or­ga­ni­sées à l’in­té­rieur du Ju­nio­rat.

Dans ma deuxième an­née, en 1939, je me suis qua­li­fié pour l’équipe « se­nior ». J’étais bon pa­ti­neur et j’étais re­con­nu pour mes passes pré­cises sur le bâ­ton de mes co­équi­piers qui comp­taient. À cause du manque de joueurs droi­tiers, je jouais à l’aile droite même si je te­nais mon bâ­ton du cô­té gauche

(comme Mau­rice Ri­chard). J’étais ha­bile à prendre et à faire des passes du re­vers. On di­sait que je comp­tais par chance, mais je comp­tais trop sou­vent. Le cé­lèbre com­men­ta­teur de hockey, Fos­ter He­witt, au­rait fait ce com­men­taire : « Ce Cour­noyer est un op­por­tu­niste, il se trouve tou­jours par ha­sard en place pour comp­ter. »

Nos meilleures joutes furent contre le Col­lège des Jé­suites. C’était tout un évè­ne­ment. Ces deux ins­ti­tu­tions ne s’étaient pas af­fron­tées pen­dant une di­zaine d’an­nées à cause d’une ba­garre entre les deux équipes à la­quelle les pro­fes­seurs s’étaient mê­lés. Ce fut un scandale dio­cé­sain et l’ar­che­vêque du temps mit fin à cette com­pé­ti­tion in­ter­col­lé­giale.

En 1941, on a re­pris cette com­pé­ti­tion. C’était tout un évè­ne­ment pour les élèves – on en­ten­dait des pro­pos mo­queurs, pour rire ou pour cho­quer (Saint-Jean, les jus de pa­tates; les Jé­suites, la crème étu­diante de la fran­co­pho­nie). Je vous as­sure que, dans ces joutes, il fal­lait don­ner de son meilleur; au­tre­ment, nous étions la cible de nos confrères de classe à la suite de ces conflits.

Les Jé­suites avaient un avan­tage sur nous : ils n’avaient au­cune pé­nu­rie de joueurs de ta­lent. Chez les Jé­suites, on ac­cep­tait les élèves de l’ex­té­rieur et par­mi eux, il y avait des joueurs qui fai­saient com­pé­ti­tion dans la ligue moyenne d’Ed­mon­ton me­nant à la coupe Me­mo­rial. Mal­gré leur su­pé­rio­ri­té, nous nous en ti­rions pas trop mal. Ces évè­ne­ments spor­tifs prirent fin en 1942 lorsque les Jé­suites ven­dirent leur col­lège à l’ar­mée amé­ri­caine.

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