Mo­der­ni­ser l’église!

Le Franco - - ÉDITORIAL - -Étienne Ala­ry

La dé­ci­sion du pape Be­noît XVI de dé­mis­sion­ner le 28 fé­vrier pro­chain a pris bien du monde par sur­prise. Une sur­prise, car ce n’est pas tous les jours qu’un pape dé­mis­sionne. En ef­fet, dans l’his­toire de l’Église ca­tho­lique, il faut re­mon­ter au mois de juillet 1415, soit près de 600 ans, pour voir un pape ab­di­quer. Évo­quant des rai­sons de san­té, Jo­seph Rat­zin­ger quit­te­ra après huit an­nées. « Après avoir exa­mi­né ma conscience de­vant Dieu, à di­verses re­prises, je suis par­ve­nu à la cer­ti­tude que mes forces, en rai­son de l’avan­ce­ment de mon âge, ne sont plus aptes à exer­cer adé­qua­te­ment le mi­nis­tère pé­tri­nien », a-t-il af­fir­mé aux car­di­naux. Élu le 19 avril 2005, pour suc­cé­der à Jean-Paul II, Be­noît XVI au­ra fait sa marque dans le monde en­tier pour ses po­si­tions conser­va­trices qui al­laient sou­vent à l’en­contre de l’évo­lu­tion de la so­cié­té. Sous sa gou­verne, il a dé­fen­du bec et ongle la fa­mille tra­di­tion­nelle et s’est mon­tré op­po­sé à des dos­siers comme l’eu­tha­na­sie et l’avor­te­ment. Au­cune ré­forme n’a été an­non­cée quant à l’or­di­na­tion des femmes ou en­core le cé­li­bat des prêtres. Rien n’a été fait non plus du cô­té de l’ho­mo­sexua­li­té ou en­core toute la ques­tion de la con­tra­cep­tion. Tous se sou­viennent ce­pen­dant de l’af­fir­ma­tion de Be­noît XVI en 2009 qui avait lan­cé que les pré­ser­va­tifs ne per­met­taient pas de contrô­ler le si­da, au contraire, l’uti­li­sa­tion de condoms ag­gra­vait le pro­blème! Il avait ten­té de se ra­che­ter en 2010 en ad­met­tant que l’usage de pré­ser­va­tifs « dans cer­tains cas » pou­vait évi­ter des risques de conta­mi­na­tion, mais le mal était fait… Sous sa gou­verne, les ré­vé­la­tions d’agres­sions sexuelles com­mises sur des en­fants par des membres pé­do­philes du cler­gé se se­ront mul­ti­pliées. Il prô­ne­ra la to­lé­rance zé­ro et de­man­de­ra même « par­don » aux vic­times en juin 2010. Au cours des huit der­nières an­nées, la meilleure dé­ci­sion que Be­noît XVI au­ra prise pour mo­der­ni­ser l’Église ca­tho­lique au­ra été celle de quit­ter ses fonc­tions avant son dé­cès, comme ce­la est la cou­tume de­puis trop long­temps. Cette ou­ver­ture per­met­tra ain­si à l’Église de mieux ré­flé­chir sur la ques­tion : si un ar­che­vêque doit pré­sen­ter sa dé­mis­sion au pape lors­qu’il at­teint les 75 ans, pour­quoi un pape ne de­vrait-il pas en faire au­tant, comme vient de le faire Jo­seph Rat­zin­ger? Qui ne se rap­pelle pas des der­niers mois pé­nibles du pon­ti­fi­cat de Jean-Paul II? Le pro­chain conclave, qui au­ra lieu en mars, se­ra donc in­té­res­sant. En ef­fet, après le règne de 27 ans de Jean-Paul II, plu­sieurs car­di­naux au Va­ti­can avaient pré­fé­ré élire un pape de tran­si­tion. Tel fut le rôle de Jo­seph Rat­zin­ger puis­qu’il est de­ve­nu pape à 78 ans. Un pape plus jeune avec des idées qui re­flètent la so­cié­té d’au­jourd’hui, c’est ce dont l’Église ca­tho­lique a be­soin, car le nombre glo­bal de ca­tho­liques dans le monde dé­passe peut-être le 1,2 mil­liard, mais le nombre de pra­ti­quants, lui, di­mi­nue. Il est temps de vrai­ment mo­der­ni­ser l’Église.

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