Linda Mu­ne­ze­ro est une pas­sion­née de l’in­for­ma­tion et de l’en­vi­ron­ne­ment

Le Franco - - NOUVEAUX_TRAJETS_ALBERTAINS_ -

Mal­gré la tem­pé­ra­ture clé­mente qui pré­vaut cet hiver à Ed­mon­ton, on peut pa­rier que le mois de fé­vrier au Bu­run­di est en­core plus ac­cueillant. Au fait, il y a très peu de sur­prise cô­té tem­pé­ra­ture dans ce pe­tit pays de la ré­gion des Grand­sLacs en Afrique cen­trale. La tem­pé­ra­ture moyenne y est de 23 de­grés Cel­cius (sauf pour les mois d’aout, de sep­tembre et de no­vembre où la moyenne “grimpe” à 24 de­grés). La ca­pi­tale, Bu­jum­bu­ra, offre 2242 heures de so­leil an­nuel­le­ment. À titre com­pa­ra­tif, Ed­mon­ton en offre au­tant et plus avec ses 2300 heures d’en­so­leille­ment et est l’une des villes les plus en­so­leillées au Ca­na­da. Mais il y a l’hiver…ce qui n’em­pêche pas quelques âmes bu­run­daises en quête d’aven­ture de ve­nir vi­si­ter la ca­pi­tale al­ber­taine. De­puis presque un an, Linda Mu­ne­ze­ro est bien chez elle à Ed­mon­ton. La deuxième por­tion de son nom, Mu­ne­ze­ro, veut dire « bon­heur » en Ki­run­di, la langue prin­ci­pale de son pays d’ori­gine. « Je suis Mu­ne­ze­ro, fille de Ha­ki­za, fils de Ba­shing­wa », dit-elle, en spé­ci­fiant que les noms de fa­mille au Bu­run­di ne sont pas tra­di­tion­nels. « Ha­ki­za, c’est le nom de mon père, Ba­shing­wa ce­lui de mon grand-père », nous pré­sente-telle. « Chez nous, on dit “Le nom fait l’homme” », avance Linda Mu­ne­ze­ro. « Dans mon cas, Mu­ne­ze­ro a l’air d’un nom de fa­mille, mais pour nous c’est un nom qui est as­si­gné par les pa­rents à la nais­sance et qui peut être, par exemple, un trait de ca­rac­tère que les pa­rents sou­haitent que l’on ait », ra­conte-t-elle en spé­ci­fiant que ce n’est pas pour au­tant son nom de fa­mille. Linda est ar­ri­vée au Ca­na­da il y a sept ans. De 2005 à 2012, elle était à Montréal où vivent en­core ses deux soeurs Au­drey et Joëlle, ve­nues au Ca­na­da elles aus­si pour étu­dier. Après avoir ob­te­nu un cer­ti­fi­cat d’études en jour­na­lisme à L’Université Lu­mière au Bu­run­di, Linda ob­tient un bac en ur­ba­nisme à l’Université du Qué­bec à Montréal (UQAM). Elle a beau­coup ai­mé son sé­jour dans la mé­tro­pole qué­bé­coise et s’en­nuie par­fois de cette ville où ha­bitent en­core ses jeunes soeurs. Mal­gré le fait que les grandes villes ca­na­diennes de­viennent de plus en plus cosmopolites, elle sou­rit lors­qu’elle se rap­pelle quelques ré­ac­tions d’en­fants au fil des ans. « (Pour cer­tains d’entre eux) on est des “ob­jets de cu­rio­si­té” », sou­ligne-t-elle avec le fou rire. « On m’a même de­man­dé si je crai­gnais le froid parce que j’étais noire », ajoute la jeune femme.

« En­fance joyeuse »

À 29 ans, Linda est l’ai­née de cinq en­fants. Ses pa­rents de­meurent tou­jours à Bu­jum­bu­ra. Sa mère Ma­rie-Rose est ju­riste alors que son père Fré­dé­ric est tra­vailleur so­cial. « Je n’ai pas vu mes pa­rents en per­sonne de­puis mon der­nier voyage au Bu­run­di en 2008 », confie Linda. Elle leur rend tou­te­fois vi­site ré­gu­liè­re­ment via Skype. Elle aime bien l’Al­ber­ta, mais avoue ne pas être sor­tie sou­vent de la ca­pi­tale. Linda pos­sède d’ex­cel­lents sou­ve­nirs de son en­fance qu’elle qua­li­fie de « joyeuse et in­sou­ciante ». Fait plu­tôt in­usi­té, Linda a vé­cu dans un or­phe­li­nat de l’âge de 3 à 9 ans… avec sa fa­mille! « Mon père était l’ad­mi­nis­tra­teur de l’or­phe­li­nat et toute notre fa­mille y ha­bi­tait, y com­pris ma mère. Nous for­mions une grande fa­mille avec les en­fants de la place (qui at­ten­daient d’être adop­tés). On était comme frères et soeurs. Mon père était un peu le papa de tout le monde et ma mère, une des ma­mans de la place avec les autres em­ployées de l’or­phe­li­nat », se rap­pelle Linda Mu­ne­ze­ro. Linda s’in­té­resse beau­coup à l’ac­tua­li­té comme en font foi ses études en jour­na­lisme. Elle pré­fère la pas­sion et le par­ti pris qui est cou­rant chez les re­por­ters de l’Afrique. Ces der­niers n’hé­sitent pas, d’après elle, à af­fi­cher clai­re­ment leur po­si­tion dans leurs ar­ticles. « Ça fait plus en­ga­gé et dy­na­mique. Chez nous, c’est un peu la res­pon­sa­bi­li­té des jour­na­listes de pré­sen­ter toutes les fa­cettes de la nou­velle », opine-t-elle. Cette der­nière ajoute que cet en­ga­ge­ment fouette l’ardeur des Bu­run­dais lorsque vient le temps de vo­ter. Elle se dit d’ailleurs bien éton­née par le faible taux de par­ti­ci­pa­tion lors des élec­tions au Ca­na­da. « Au Bu­run­di, il y a des gens qui se tapent trois jours de marche pour al­ler vo­ter », fait re­mar­quer Linda.

La car­rière avant tout

L’édu­ca­tion est très importante dans la fa­mille de Linda Mu­ne­ze­ro. Au­drey et Joëlle au­ront bien­tôt des di­plômes en comp­ta­bi­li­té et en ges­tion des af­faires, res­pec­ti­ve­ment. Ses frères Ken­ny et Ax­cel étu­dient en in­for­ma­tique au Bu­run­di. « Les gens se “saignent” pour l’édu­ca­tion de leurs en­fants », sou­tient Linda. Elle ra­conte que c’est le ma­riage qui at­tend sou­vent celles et ceux qui ne vont pas au-de­là du se- condaire et il n’est pas in­ha­bi­tuel de voir de jeunes ma­riés de 18 ou 19 ans, puisque le concu­bi­nage n’est pas bien vu dans son pays. Linda Mu­ne­ze­ro tra­vaille à la ré­cep­tion d’ac­cès•em­ploi dont les bu­reaux sont si­tués de­puis peu à La Ci­té fran­co­phone d’Ed­mon­ton. Elle contemple un re­tour éven­tuel aux études et l’ob­ten­tion d’une mai­trise en en­vi­ron­ne­ment. Le ma­riage et la fa­mille de­vront at­tendre leur tours. Ses pa­rents res­pectent ses choix de vie et de car­rière. « J’ai­me­rais bien tra­vailler en ur­ba­nisme un jour… l’ur­ba­nisme, ça touche à tout : l’éco­no­mie, la pla­ni­fi­ca­tion… et ça pour­rait être un dé­fi de tra­vailler ici, en Al­ber­ta. Ed­mon­ton offre un chal­lenge par­ti­cu­lier à ce cha­pitre. Ça prend de l’har­mo­nie dans le dé­si­gn, ce qui n’est pas évident à Ed­mon­ton et à Calgary où les ban­lieues­dor­toirs poussent comme des cham­pi­gnons », fait re­mar­quer Linda, consciente que c’est ce qui ar­rive par­fois lors­qu’il y a des booms éco­no­miques. « Ce se­rait bien de pou­voir dire, un jour, que j’ai contri­bué au dé­ve­lop­pe­ment de la pro­vince », conclut-elle.

Linda Mu­ne­ze­ro en com­pa­gnie de ses pa­rents sur la plage du Lac Tan­ga­nyi­ka.

Pho­tos : courtoisie

Linda Mu­ne­ze­ro tra­vaille à LA réCETtMON D’ACCrs•EMTLOM.

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