Ren­contre avec Maï­té Snau­waert

Le nou­vel es­sai de la pro­fes­seure a été lan­cé le 14 fé­vrier der­nier lors du Sa­lon du livre du Cam­pus Saint-jean.

Le Franco - - PROJET PROVINCIAL - Em­ma Ai­linn Hau­te­coeur

L’éthique d’écrire

Maï­té Snau­waert s’est at­te­lée à une tâche dou­ble­ment dif­fi­cile qui re­flète son dé­voue­ment pour la lit­té­ra­ture fran­çaise contem­po­raine. Il s’agit d’une part, d’écrire sur l’oeuvre d’un au­teur tou­jours en vie et es­sayiste lui-même. D’autre part, réus­sir à par­ler, même in­di­rec­te­ment, du su­jet trou­blant qu’est la perte d’un en­fant. Pour­tant, Phi­lippe Forest lui-même s’est dit « très heu­reux » de Phi­lippe Forest, la lit­té­ra­ture à con­tretemps se­lon l’au­teure qui l’a ren­con­tré lors d’une pré­sen­ta­tion à Nantes et à l’oc­ca­sion d’entretiens qui peuplent les der­nières pages du livre. Maï­té Snau­waert est pro­fes­seure ad­jointe au CSJ. Elle ex­plique que la tâche d’en­sei­gner la lit­té­ra­ture fran­çaise dans l’Ouest ca­na­dien « est une ex­pé­rience as­sez dé­rou­tante, il y a tant à faire ». Les étu­diants ca­na­diens sont sou­vent plus connais­seurs de leur lit­té­ra­ture ou étu­dient des cor­pus com­pa­rés. Ce­pen­dant, dans la lit­té­ra­ture contem­po­raine, « il est sou­vent pos­sible d’al­ler cher­cher des en­jeux mo­raux qui font ré­agir les étu­diants », nuance-t-elle. C’est jus­te­ment l’éthique qui lie les in­té­rêts de re­cherche de Maï­té Snau­waert. Le « vi­vreé­crire » est le dé­no­mi­na­teur com­mun de ces au­teurs qui font face à des si­tua­tions de crise ou de rup­ture et pour qui l’écri­ture de­vient une vie nou­velle après la ren­contre de l’im­pos­sible. « J’ai un in­té­rêt par­ti­cu­lier pour les cor­pus qui mettent en dan­ger l’in­di­vi­du oc­ci­den­tal qui se croit à l’abri, de sa propre mort par exemple et qui est alors confron­té à ses li­mites », convient l’écri­vain. Ces écrits, comme ceux de Maï­té Snau­waert, font donc sou­vent ap­pel à la phi­lo­so­phie. Chez elle, il ne s’agit pas d’une vo­ca­tion man­quée. « J’ai tou­jours trou­vé que la lit­té­ra­ture fai­sait concur­rence à la phi­lo­so­phie, parce qu’elle per­met jus­te­ment à l’in­di­vi­du moyen de théo­ri­ser des ques­tions éthiques. »

Perdre un en­fant

Écrire sur la perte d’un en­fant est pour cer­tains une ma­nière de se gar­der en vie et de pré­ser­ver le sou­ve­nir sous forme réelle. Pour d’autres qui ne l’ont pas vé­cu, c’est une ex­pé­rience. Ces der­niers sont par­fois cri­ti­qués. Ayant lu beau­coup sur la ques­tion, Maï­té Snau­waert est par­ta­gée. « Je ne crois pas qu’on ait be­soin d’avoir vé­cu quelque chose pour en écrire, mais d’un autre cô­té je n’ai pas du tout réus­si à ren­trer dans le ré­cit de Ma­rie Dar­rieus­secq ( Tom est mort, qui ra­conte la mort fic­tive de son en­fant).» Chez Forest, cet évè­ne­ment est tout le contraire, et com­pose non seule­ment le fil conduc­teur, mais toute la rai­son d’être de son oeuvre ro­ma­nesque.

Le ro­man pour vivre

On peut lire dans La lit­té­ra­ture à con­tretemps que Phi­lippe Forest, écri­vain très humble, n’avait au­cune am­bi­tion de com­po­ser un ro­man, avant la mort de sa fille. La pro­fes­seur ad­joint, quant à elle ne s’en tien­dra pas à l’es­sai : « J’ai vrai­ment des am­bi­tions ro­ma­nesques et quand je le fe­rai ce se­ra aus­si à la pre­mière per­sonne ». Les au­teurs sur les­quelles elle a pu­blié des es­sais dans le pas­sé ont en com­mun l’écri­ture au je sans être tou­te­fois in­té­res­sés par l’au­to­bio­gra­phie et ses conven­tions clas­siques, « ce qui peut sem­bler bi­zarre à pre­mier abord », consent Mme Snau­waert. En riant, elle ad­met qu’il lui faille peut-être elle aus­si vivre un évè­ne­ment per­tur­ba­teur pour ac­cé­lé­rer le pro­ces­sus… Bien que La lit­té­ra­ture à con­tretemps soit un ou­vrage uni­ver­si­taire, Maï­té Snau­waert a « es­sayé de faire en sorte que ce ne soit pas un livre com­plè­te­ment aca­dé­mique ». Au­de­là du fait qu’il soit pré­fé­rable d’avoir lu Phi­lippe Forest pour sai­sir l’es­sai, l’au­teur es­père aus­si qu’il va « ame­ner les gens à le lire », car Forest « offre un rythme de lec­ture dif­fé­rent du monde pré­sent, une es­pèce de calme ras­su­rant ». L’ou­vrage est pu­blié en France et dif­fu­sé au Ca­na­da, par la même mai­son, les édi­tions Cé­cile De­faut, qui a fait connaitre la col­lec­tion d’es­sais cri­tiques de Phi­lippe Forest.

Pho­to : Em­ma Ai­linn Hau­te­coeur

L’es­sai de Maï­té Snau­waert a été lan­cé à la mi-fé­vrier.

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