ÉDITORIAL

Fran­co­pho­nie ex­po­sée

Le Franco - - EDITORIAL - - Étienne Ala­ry

Le moins que l’on puisse dire, c’est que sur la scène pro­vin­ciale, la der­nière se­maine au­ra été fer­tile pour la com­mu­nau­té fran­co-al­ber­taine, que ce soit en marge des Ren­dez-vous de la Fran­co­pho­nie (RVF) ou du dé­pôt du bud­get pro­vin­cial. Du cô­té des cé­lé­bra­tions fran­co­phones, la cé­ré­mo­nie en re­con­nais­sance des RVF te­nue à l’As­sem­blée lé­gis­la­tive le 12 mars der­nier, une vé­ri­table tra­di­tion, au­ra re­grou­pé toute une gamme de di­gni­taires. Outre la pré­sence d’une di­zaine de dé­pu­tés, des maires Ste­phen Man­del (Ed­mon­ton) et No­lan Crouse (Saint-Al­bert), ain­si que du Consul de France à Calgary, Jean-Charles Bou, sans ou­blier la sé­na­trice Claudette Tardif, il faut sou­li­gner les membres que chaque par­ti avait re­te­nus pour prendre la pa­role. La pre­mière mi­nistre Ali­son Red­ford était de cette cé­ré­mo­nie. Voi­là long­temps que ren­dez-vous n’avait pas été mar­qué par la pré­sence d’un pre­mier mi­nistre. Il faut re­mon­ter à l’an­née 2006 alors que Ralph Klein s’était pré­sen­té à la cé­ré­mo­nie. L’Op­po­si­tion of­fi­cielle n’a pas été en reste alors que le Wil­drose avait dé­lé­gué sa chef Da­nielle Smith pour adres­ser l’au­di­toire. Le Par­ti li­bé­ral a fait de même en y dé­lé­guant Raj Sher­man. Seul le chef du Nou­veau Par­ti dé­mo­cra­tique Brian Ma­son était absent. La no­to­rié­té de ces ora­teurs n’au­ra été que pour l’image, puisque le conte­nu de leur dis­cours ne com­pre­nait au­cun en­ga­ge­ment; on n’a fait que re­con­naitre l’his­toire et la contri­bu­tion de la com­mu­nau­té fran­co-al­ber­taine. Cette cé­ré­mo­nie avait été pré­cé­dée, il y a quelques jours, par le dé­pôt du bud­get pro­vin­cial. Sans grande sur­prise, le bud­get a épar­gné le Se­cré­ta­riat fran­co­phone, et ce, au grand sou­la­ge­ment des lea­deurs de la com­mu­nau­té qui an­ti­ci­paient le pire. Le gou­ver­ne­ment a ain­si joué la carte de la pru­dence dans ce dos­sier. En ef­fet, cou­per au sein de l’ap­pa­reil gou­ver­ne­men­tal l’ou­til de liai­son entre la pro­vince et la com­mu­nau­té au­rait ame­né des re­mous po­li­tiques qui au­raient eu échos bien au-de­là des frontières de l’Al­ber­ta. Après tout, est-ce que l’éco­no­mie de 600 000 $ (1,2 mil­lion $ si l’on tient compte de la contri­bu­tion du gou­ver­ne­ment fédéral dans le Se­cré­ta­riat fran­co­phone) en va­lait la chan­delle? On peut se fé­li­ci­ter de ce main­tien, mais il y a tout de même lieu de se ques­tion­ner. 600 000 $ sur un bud­get qui ap­proche les 40 mil­liards $, c’est net­te­ment in­suf­fi­sant pour ap­puyer l’autre langue of­fi­cielle du Ca­na­da. À cet égard, il faut peut-être se tour­ner vers la Cause Ca­ron pour jus­ti­fier cette stag­na­tion. Tant et aus­si long­temps que ce dos­sier ne se­ra pas ré­glé, qu’on le veuille ou non, cette cause sert cer­tai­ne­ment d’ar­gu­ment pour le gou­ver­ne­ment pour ne pas en faire da­van­tage. Pour la com­mu­nau­té fran­co-al­ber­taine, elle s’agit là d’un cou­teau à double tran­chant : on ai­me­rait plus d’en­ga­ge­ments de la pro­vince, mais en même temps, on ne peut plus re­cu­ler dans la Cause Ca­ron.

Dé­part sur­prise

Une autre nou­velle qui a pris le monde fran­co-al­ber­tain par sur­prise a été la dé­mis­sion, au len­de­main du dé­pôt du bud­get pro­vin­cial, du doyen du Cam­pus Saint-Jean, Marc Ar­nal. Plu­sieurs rai­sons peuvent être avan­cées pour ex­pli­quer ce dé­part : le dé­fi­cit de l’an­née der­nière, dé­voi­lée au grand jour en aout 2012, de l’ordre de 1 mil­lion $, la pres­sion ad­mi­nis­tra­tive exer­cée par l’Université de l’Al­ber­ta pour s’as­su­rer d’un re­tour à l’équilibre budgétaire pour l’an­née en cours à Saint-Jean. À ce­la, on peut éga­le­ment ajou­ter les mau­vaises nou­velles que conte­nait le bud­get pro­vin­cial : baisse de 3 % au ni­veau post­se­con­daire et au­cune an­nonce au ni­veau des in­fra­struc­tures. Le Cam­pus Saint-Jean a vou­lu bien agir en 2005, en ac­cep­tant de retirer le pro­jet de construc­tion du Centre des sciences pour lais­ser la place au Centre de San­té Saint-Thomas, puis à la Phase II de La Ci­té fran­co­phone. L’éta­blis­se­ment, qu’on le veuille ou non, doit s’en mordre les doigts au­jourd’hui alors que huit ans plus tard, le pro­jet ne de­meure qu’une prio­ri­té de l’Université de l’Al­ber­ta. Pour re­ve­nir au dé­part de Marc Ar­nal, du cô­té du Cam­pus, on tente de cal­mer le jeu. La dé­ci­sion du doyen et le bud­get pro­vin­cial ne sont qu’une ques­tion de très mau­vais ti­ming. Ce der­nier s’étant plu­tôt fait of­frir un pro­jet de re­cherche im­por­tant. Dans les faits, le man­dat du doyen de­vait se ter­mi­ner cette an­née, mais l’Université avait ac­cep­té de le pro­lon­ger d’une an­née. Ce­ci avait comme ob­jec­tif d’évi­ter d’en­ta­mer le pro­ces­sus en l’ab­sence du rec­teur et vice-pré­sident aca­dé­mique, Carl Amh­rein, qui de­vait ini­tia­le­ment s’ab­sen­ter une an­née. La si­tua­tion ayant chan­gé en cours de route à l’Université de l’Al­ber­ta, cette tran­si­tion tem­po­raire n’était plus es­sen­tielle. Il fau­dra voir comment l’Université de l’Al­ber­ta en­tend agir dans ce dos­sier. Ira-t-on pour un pro­ces­sus à l’échelle pan­ca­na­dienne ou pré­fè­re­ront-ils se li­mi­ter à des can­di­da­tures is­sues de l’Al­ber­ta? Dans ce dos­sier, l’ACFA a voix au cha­pitre et compte te­nu que la dé­mis­sion du doyen Ar­nal est toute ré­cente, la stra­té­gie n’a cer­tai­ne­ment pas en­core été ar­rê­tée…

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