Comment le bud­get af­fec­te­ra-t-il les fran­co­phones?

Les arts et la culture sont pas­sés presque in­aper­çus dans les an­nonces bud­gé­taires de la pro­vince. En ef­fet, les com­pres­sions dans ce do­maine ont été mi­nimes. Et pour­tant, la com­mu­nau­té fran­co­phone était te­nue en ha­leine, puisque le Se­cré­ta­riat fran­co­phon

Le Franco - - CULTURE - Em­ma Ai­linn Hau­te­coeur

Le Se­cré­ta­riat de­meure

Se­lon les chiffres pu­bliés dans le bud­get de la pro­vince, dé­voi­lé le 7 mars der­nier, le Se­cré­ta­riat fran­co­phone fai­sait l’ob­jet d’une com­pres­sion de 61 000 $, ce qui re­pré­sen­tait en­vi­ron 5 % de son fi­nan­ce­ment. Mais en réa­li­té, se­lon le di­rec­teur gé­né­ral de l’As­so­cia­tion ca­na­dienne-fran­çaise de l’Al­ber­ta (ACFA), De­nis Per­reaux, le mon­tant al­loué au Se­cré­ta­riat fran­co­phone est sim­ple­ment ré­ité­ré, la dif­fé­rence pou­vant être at­tri­buée au fi­nan­ce­ment sup­plé­men­taire que le Se­cré­ta­riat a re­çu en 2011-2012, pour ac­cueillir la Confé­rence mi­nis­té­rielle sur la fran­co­pho­nie ca­na­dienne. Du cô­té de l’ACFA, on pré­fère tout de même jouer de pru­dence. « Quelle que soit la somme, c’est in­quié­tant parce que ça re­pré­sente une di­mi­nu­tion de la ca­pa­ci­té opé­ra­tion­nelle du Se­cré­ta­riat. Quand on re­garde l’en­ver­gure du tra­vail à faire, chaque di­mi­nu­tion a un impact puisque le cout des em­ployés aug­mente », at­teste la pré­si­dente l’ACFA, Do­lo­rèse No­lette. Ce­pen­dant, l’ACFA se dit ras­su­rée du main­tien du man­dat du Se­cré­ta­riat fran­co­phone, ayant été à plu­sieurs re­prises d’ailleurs in­for­mée par la mi­nistre de la Culture Hea­ther Klim­chuk de la pé­ren­ni­té de ce man­dat. La pré­si­dente émet tou­te­fois un bé­mol : « Tant qu’on n’au­ra pas eu d’af­fir­ma­tion de la pre­mière mi­nistre Al­li­son Red­ford à cet égard, on doit de­meu­rer aux aguets. »

Culture : pro­grammes main­te­nus

Le Re­grou­pe­ment ar­tis­tique fran­co­phone de l’Al­ber­ta (RA­FA), or­ga­nisme porte-pa­role de la com­mu­nau­té ar­tis­tique fran­co­phone, s’est dit content qu’il n’y ait pas eu de cou­pures au ni­veau de l’Al­ber­ta Foun­da­tion for the Arts (AFA). Tout comme l’AFA, qui ap­porte un ap­pui à plu­sieurs or­ga­nismes et in­di­vi­dus, le Com­mu­ni­ty Fa­ci­li­ty En­han­ce­ment Pro­gram, qui per­met aux dif­fu­seurs d’avoir ac­cès à des fonds pour la rénovation de lieu et l’achat d’équi­pe­ment, n’a pas été tou­ché. La di­rec­trice gé­né­rale du RA­FA, Syl­vie Thé­riault, note néan­moins l’in­quié­tude de cer­tains or­ga­nismes de la dis­pa­ri­tion du Com­mu­ni­ty Spi­rit Do­na­tion Grant Pro­gram qui leur per­met­tait de gé­né­rer des re­ve­nus au­to­nomes et d’en­cou­ra­ger les dons. Mme Thé­riault es­time que dans le contexte éco­no­mique ac­tuel, elle et ses ho­mo­logues an­glo- phones « voient le bud­get d’un bon oeil », mais ils « sou­haitent qu’il y ait un tra­vail qui se fasse pour aug­men­ter le port­fo­lio mi­nis­té­riel en cette ma­tière », rap­pe­lant que le manque à ga­gner du bud­get 2010-2011 de l’AFA n’a tou­jours pas été rat­tra­pé. « Au RA­FA, on aug­mente d’an­née en an­née par rap­port à nos ré­sul­tats, mais ce n’est pas suf­fi­sant », ajoute-t-elle. Il y a ce­pen­dant lueur d’es­poir pour l’épa­nouis­se­ment fu­tur des arts et de la culture dans la pro­vince puisque la mi­nistre Klim­chuk vient d’être nom­mée au Trea­su­ry Board. « Ça va lui per­mettre de faire va­loir le sec­teur cultu­rel et le main­tien du Se­cré­ta­riat fran­co­phone », pense Mme Thé­riault.

Sta­tu­quo ap­pré­cié?

Comme à l’échelle de la pro­vince, le sta­tu­quo en ma­tière de fi­nan­ce­ment peut se tra­duire en une baisse des ser­vices en fran­çais, puisque la po­pu­la­tion fran­co­phone ne cesse d’aug­men­ter. « Et c’est peut-être là que le bât blesse », re­con­nait Do­lo­rèse No­lette. « Les ser­vices en place, les struc­tures, in­fra­struc­tures et pro­grammes ne sont pas en me­sure de ré­pondre à l’aug­men­ta­tion de la de­mande. » La di­rec­trice du RA­FA fait écho à cette in­quié­tude. « À ce jour, on main­tient la pro­gram­ma­tion ac­tuelle, mais nos ar­tistes se pro­fes­sion­na­lisent de plus en plus. Alors, comme on ne peut pas aug­men­ter notre bud­get opé­ra­tion­nel, on a des choix dif­fi­ciles à faire », ex­plique-telle. Le bud­get ac­tuel ne ra­len­tit donc pas les ef­forts de lob­bying dans le mi­lieu cultu­rel.

Pro­gramme STEP

Par ailleurs, plu­sieurs in­ter­ve­nants dé­plorent la dis­pa­ri­tion du pro­gramme STEP ( Sum­mer Tem­po­ra­ry Em­ploy­ment Pro­gram). Do­lo­rèse No­lette note que « c’est une grande dé­cep­tion pour les or­ga­nismes com­mu­nau­taires qui se fient beau­coup à cette source de fi­nan­ce­ment pour main­te­nir les opé­ra­tions d’été, as­su­rer de la re­cherche et des pro­jets ponc­tuels et puis en même temps c’est une in­quié­tude pour les op­por­tu­ni­tés d’em­ploi des étu­diants ». Mais de fa­çon gé­né­rale, le sen­ti­ment est que les fran­co­phones n’ont pas beau­coup per­du dans ce bud­get. « On est ren­du à un point que le sta­tu­quo, c’est une bonne nou­velle », conclut Mme No­lette.

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