Hom­mage à ma belle-fa­mille « Amyotte-Dionne » de Mal­laig, AB

La So­cié­té his­to­rique fran­co­phone de l’Al­ber­ta passe en deuxième vi­tesse. Nous avons an­non­cé le poste de di­rec­teur gé­né­ral et es­pé­rons le com­bler sous peu. En at­ten­dant, nous avons en­ga­gé les ser­vices de Joël F. La­voie comme contrac­tuel pour or­ga­ni­ser le

Le Franco - - AVANT QUE J'OUBLIE... - par Jean­nine (Roy) Amyotte

Com­bien de jeunes fa­milles, de jeunes cé­li­ba­taires ont quit­té le Qué­bec pour par­tir à l’aven­ture vers les grands es­paces de l’Ouest. Ils avaient en­ten­du par­ler de ces terres fer­tiles que l’on pou­vait ache­ter pour quelques dol­lars. Ils de­vaient ce­pen­dant les dé­fri­cher et s’y ins­tal­ler. Os­car Amyotte fai­sait par­tie de ces jeunes hommes cé­li­ba­taires qui rê­vaient de se rendre dans l’Ouest en quête d’aven­tures et d’une vie meilleure. Né le 28 mai 1887 à Fort Cou­longe au Qué­bec, Os­car était le fils ai­né de Moïse Amyotte et de Cor­di­lia Gervais. Dès l’âge de 13 ans, il sui­vait son père au chan­tier, mais c’est l’Ouest du Ca­na­da qui l’in­té­res­sait le plus parce que son père et son oncle Da­vid s’y étaient dé­jà ren­dus pour ache­ter des ho­mes­teads. De re­tour au Qué­bec, Moïse n’a pas pu re­tour­ner dans l’Ouest en rai­son de la ma­la­die de la ma­man Cor­di­lia. Os­car dé­ci­da donc de prendre la re­lève sans ses pa­rents et de se rendre dans l’Ouest pour ache­ter un ho­mes­tead. Mais, pour joindre les deux bouts, il de­vait aus­si se trou­ver du tra­vail ailleurs. C’est ain­si qu’il s’est ren­du à Ed­mon­ton pour tra­vailler à la construc­tion du pont High Le­vel. En 1915, la fa­mille de Paul Dionne et de Cla­ri­na Bre­ton ar­ri­va à Bor­de­nave, près du vil­lage de Thé­rien. La fa­mille Dionne avait dé­mé­na­gé de Wind­sor (QC) à Ri­vière-du-Loup (QC), en­suite aux États-Unis pour en­fin dé­ci­der de re­joindre leurs deux fils qui avaient dé­jà des ho­mes­teads en Al­ber­ta. En peu de temps, la belle Dia­na Dionne, âgée de 18 ans, ren­con­tra Os­car Amyotte, âgé de 29 ans, et c’est le 11 juillet 1916 qu’ils com­men­cèrent leur vie à deux, rem­plie d’amour et d’es­poir. C’est avec beau­coup d’ef­forts et de sueur qu’Os­car com­men­ça par construire une ca­bane ou un « shack » comme il se plai­sait à l’ap­pe­ler. Tout se fai­sait à la main : le dé­fri­chage, les se­mailles, les foins. Le tra­vail des hommes était sur­ement dif­fi­cile, mais les femmes pion­nières comme Dia­na de­vaient elles aus­si s’adap­ter à la vie ru­rale, à l’iso­le­ment et au tra­vail sans re­lâche. Dia­na don­na nais­sance à 14 en­fants! 12 gar­çons et deux filles! En 1928, son bé­bé de trois mois, nom­mé Cy­ril, est dé­cé­dé. In­utile de dire que le temps de deuil fut de courte du­rée. La vie et le tra­vail de­vaient conti­nuer en dé­pit des mal­heurs. Dia­na, ou Mé­mère Amyotte comme tous ceux qui ont eu le bon­heur de la connaitre l’ap­pe­laient, était ty­pique de la femme forte de l’Évan­gile! Elle était un exemple par­fait de cou­rage, de foi chré­tienne et de per­sé­vé­rance. Cor­don bleu sans pa­reil, elle avait tou­jours une four­née de bon pain de mé­nage et des gâ­teaux de toutes sortes à of­frir. Les fruits sau­vages, cueillis par ses en­fants, rem­plis­saient ses tartes ain­si que ses pots de conserve pour l’hiver à ve­nir. Dans son ca­veau, on re­trou­vait bon nombre de lé­gumes et de la viande qu’elle avait mis en conserve tout au cours de l’été. Elle ven­dait du lait à cinq sous la bou­teille et le beurre qu’elle fai­sait se ven­dait à huit sous la livre. La né­ces­si­té et le manque per­pé­tuel d’ar­gent l’obli­geaient éga­le­ment à coudre les vê­te­ments pour sa fa­mille. Ce qu’elle fit avec beau­coup d’adresse! Elle re­fai­sait des vieux man­teaux et adap­tait maintes fois les vê­te­ments des plus vieux, pour les plus jeunes. Rien ne se per­dait. Elle sa­vait car­der la laine pour en faire des chaus­settes et des mi­taines. Les plumes des co­qs ser­vaient à faire des oreillers et des « couettes » qu’elle confec­tion­nait avec beau­coup d’amour et à « temps per­du », pour of­frir à cha­cun de ses en­fants en ca­deau de noces. Mal­gré ses nom­breuses pré­oc­cu­pa­tions, son « shack » était tou­jours en bon ordre et elle trou­vait même le temps de faire du bé­né­vo­lat avec les Dames de Ste-Anne à la pa­roisse. En 1942, comme le « shack » était de­puis long­temps de­ve­nu trop pe­tit, Os­car dut abattre des arbres pour faire de la planche et construire sa pre­mière mai­son, une vraie et grande mai­son! Deux de leurs fils, Paul et Ar­mand, étaient dé­jà ma­riés, mais il res­tait en­core onze en­fants à la mai­son, dont neuf gar­çons. Alors il n’est pas dif­fi­cile d’ima­gi­ner que plu­sieurs filles du voi­si­nage s’in­té­res­saient à rendre vi­site à la fa­mille Amyotte! Os­car était, comme sa bien-ai­mée, un homme très gé­né­reux. Au fur et à me­sure que ses en­fants nais­saient, il ache­ta des ter­rains pour y éta­blir ses gar­çons et les gar­der près de lui. De plus, il contri­bua à la construc­tion de la nou­velle église et du couvent à Mal­laig sur des ter­rains qu’il avait gé­né­reu­se­ment of­ferts. Mal­gré les nom­breux en­fants qu’ils avaient à nour­rir, Os­car et Dia­na trou­vaient tou­jours moyen de par­ta­ger avec les plus dé­mu­nis. La pau­vre­té et la faim n’étaient pas étran­gères à ce coin de pays sur­tout pen­dant la Se­conde Guerre mon­diale. Le par­tage d’un peu de fa­rine, d’un gi­got d’agneau ou d’une poule fai­sait par­tie des va­leurs chré­tiennes de la fa­mille Amyotte. En­tou­rés de leur grande fa­mille et bon nombre d’amis, en 1966 Os­car et Dia­na ont cé­lé­bré leurs noces d’or et, en 1976, leurs noces de dia­mant. Dia­na est dé­cé­dée su­bi­te­ment en 1977 à l’âge de 79 ans. La mi­nu­te­rie du four­neau aler­ta sa bel­le­fille, qui ha­bi­tait avec eux, que le der­nier gâ­teau était cuit et que Dia­na n’y se­rait plus. Os­car, fort dé­so­rien­té par la mort de sa bie­nai­mée, a tout de même vé­cu jus­qu’à l’âge de 96 ans et a eu le bon­heur de connaitre ses 94 pe­tit­sen­fants. Il mou­rut le 5 juillet 1983. Les des­cen­dants de ce brave couple se ren­contrent à Mal­laig tous les cinq ans pour une fin de se­maine de re­trou­vailles. En 2010 cette fa­mille comp­tait 607 des­cen­dants di­rects, 814 in­cluant les par­te­naires. Alors si vous re­trou­vez le nom « Amyotte » dans les écoles et le voi­si­nage, vous sau­rez que ce sont les des­cen­dants d’Os­car Amyotte et de Dia­na Dionne et de leurs 11 grands gaillards.

Toute la fa­mille réunie en 1957. On re­trouve, de­bout, Édouard, Phi­lias, Re­né, Lu­cien, Hec­tor, Ar­mand, Adé­lard, Paul et Léo. As­sis, au mi­lieu, Dia­na et Os­car sont en­tou­rés par Ray­mond et Ed­na à leur gauche, ain­si que Ger­maine et Émile à droite.

Sur la pho­to de gauche, Dia­na Dionne et Os­car Amyotte lors de leur ma­riage le 11 juillet 1916. Sur celle de droite, le couple Amyotte lors de leurs noces de dia­mant le 3 juillet 1976.

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