La fon­taine de jou­vence

Le Franco - - L’ÉVEIL -

Au dé­but du sei­zi­qme si­qcle, l’ex­plo­ra­teur es­pa­gnol -uan Ponce de Leon dé­cou­vrit la )lo­ride en cher­chant la fon­taine de jou­vence qui, se­lon les légendes de l’époque, ga­ran­tis­sait la jeu­nesse éter­nelle si on se bai­gnait dans ses eaux. 1ous aus­si, nous ai­me­rions la trou­ver, cette fon­taine, mais heu­reu­se­ment, nous n’avons pas à voya­ger si loin – nous n’avons qu’à nous bai­gner dans l’ap­pren­tis­sage conti­nu, et ce­la, tout au long de notre vie. Et voi­là qu’à la fin du mois au­ra lieu Le Plai­sir d’ap­prendre, une belle oc­ca­sion de nous lan­cer dans cette aven­ture qu’est l’ap­pren­tis­sage, pas pour l’ob­ten­tion d’un di­plôme ou d’un em­ploi, mais juste pour le

plai­sir! Les pe­tits de­mandent mille fois par jour à leurs pa­rents « pour­quoi, pour­quoi », mais ne de­vons-nous pas aus­si être cu­rieux comme eux si nous vou­lons res­ter jeunes d’es­prit? Ce qui est magnifique, c’est qu’il n’y a pas de li­mite à l’ap­pren­tis­sage; ce­la peut être dans n’im­porte quel do­maine - les arts, l’his­toire, les langues, les mé­tiers, l’in­for­ma­tique ... La seule chose qui compte, c’est l’in­té­rêt qu’on y porte. Et avez-vous re­mar­qué, par exemple, que quand les jeunes nous voient sor­tir nos té­lé­phones in­tel­li­gents ou nos ta­blettes, ils ne voient plus nos rides ou nos che­veux gris – nous de­ve­nons com­pa­gnons de route dans le monde de l’in­for­ma­tique. L’écart d’âge dis­pa­rait. -’ai eu l’oc­ca­sion de par­ler à soeur )lo­rence Leduc c.s.c. Soeur de Ste-Croix qui dit qu’à 88 ans, après un longue car­rière dans l’en­sei­gne­ment et la pas­to­rale, elle avait en­core le dé­sir d’ap­prendre et ce qui l’in­té­res­sait sur­tout, c’était l’es­pa­gnol, car,

se­lon elle, « ap­prendre une nou­velle langue, ça nous ouvre à une culture dif­fé­rente, ça sti­mule la mé­moire et ça nous ouvre aus­si une autre ave­nue

in­tel­lec­tuelle. » Alors, il y a quelques an­nées dé­jà, elle s’ins­crit à un cours d’es­pa­gnol pour per­sonnes âgées à l’université de Re­gi­na, mais en cours de route, elle perd la vue, af­fli­gée de dé­gé­né­ra­tion ma­cu­laire. Que faire? Soeur )lo­rence n’est pas une femme qui re­nonce fa­ci­le­ment à ses rêves, car, tout de suite, elle pense à sa com­pagne mis­sio­naire, soeur Anne Bro­deur, qui a ha­bi­té au Pé­rou pen­dant huit ans, mais qui ha­bite au­jourd’hui à Lac la Biche. Elle l’ap­pelle pour lui de­man­der si elle pou­vait lui té­lé­pho­ner une fois par se­maine pour lui par­ler en es­pa­gnol pen­dant dix mi­nutes. Soeur Anne ac­cepte, mais le len­de­main soeur Florence la rap­pelle pour lui de­man­der si elle pou­vait l’ap­pe­ler deux fois par se­maine pour des conver­sa­tions d’une de­mi-heure! Voi­là, le pro­jet est lan­cé et pen­dant plus de quatre ans elles se parlent deux fois par se­maine im­man­qua­ble­ment. 0ain­te­nant, c’est plus fa­cile, car toutes les deux ha­bitent à Ed­mon­ton, mais l’ap­pren­tis­sage continue. Quand on de­mande à soeur Florence quel bé­né­fice elle en tire, elle dit que c’est la joie de réa­li­ser un rêve, de sen­tir que le cer­veau fonc­tionne en­core et que, même à 93 ans, ça sti­mule la mé­moire. « -’ai l’im­pres­sion de vivre et d’avoir en­core des pos­si­bi­li­tés; je ne suis pas vieille, mais seule­ment âgée... il y a une grande dif­fé­rence entre les deux. » Quand on lui parle des dé­fis aux­quels elle a été confron­tée, elle ré­pond sim­ple­ment que cet ap­pren­tis­sage a don­né un sens à sa vie. « -e ne m’ar­rête pas sur ma li­mite ... je cherche des moyens de la contour­ner et à en­vi­sa­ger les dé­fis en dé­ve­lop­pant d’autres moyens d’ap­pren­tis­sage. ,l ne faut pas lais­ser nos peurs et nos in­quié­tudes nous en­va­hir et nous ar­rê­ter. » Elle ter­mine en di­sant : « Conti­nuer d’ap­prendre, d’ap­prendre jus­qu’à la fin, c’est le secret de res­ter jeune de coeur et d’es­prit. »

Gra­cias Her­ma­na Flo­ren­cia, mu­cha suerte y qué Dios le ben­di­ga!

Hu­guette Sch­wei­ger

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