Ayant droit ou non ayant droit?

Le Franco - - HÉROS FRANCO-ALBERTAINS - Mot du di­rec­teur gé­né­ral

Tous les ans à cette pé­riode de pré­ins­crip­tion, on me pose ces ques­tions : « Les écoles fran­co­phones ac­ceptent-elles des en­fants qui n’ont pas droit à une édu­ca­tion en langue fran­çaise? », ou « C’est qui un non ayant droit? », ou en­core, « Pour­quoi les écoles fran­co­phones sont-elles sub­ven­tion­nées au même titre que les écoles an­glaises et d’im­mer­sion, mais ont le droit de re­fu­ser des élèves? ». Comme di­rait tout bon pro­fes­seur : « De très bonnes ques­tions, main­te­nant ré­pon­dons-y! » Com­men­çons en re­voyant l’évo­lu­tion his­to­rique du fran­çais en Al­ber­ta. Bref, les Ca­na­diens fran­çais, par­mi les pre­miers ha­bi­tants de notre pro­vince, s’étaient don­nés pen­dant une cin­quan­taine d’an­nées (1842 à 1892) des écoles où le fran­çais était la langue d’ins­truc­tion. Entre 1896 et 1915, les gou­ver­ne­ments ter­ri­to­rial et pro­vin­cial ont frei­né l’uti­li­sa­tion du fran­çais dans les écoles. De 1915 à 1976, tous les gou­ver­ne­ments pro­vin­ciaux ont main­te­nu cette po­li­tique muette d’as­si­mi­la­tion des Ca­na­diens fran­çais. Néan­moins, pe­tit à pe­tit, ces der­niers ont per­sis­té obs­ti­né­ment à re­ven­di­quer plus d’heures d’en­sei­gne­ment en fran­çais. Entre 1925 et 1968, les éco­liers al­ber­tains n’avaient ac­cès qu’à une heure par jour d’ins­truc­tion en fran­çais… et on est éton­né qu’il y ait eu de l’as­si­mi­la­tion! Fi­na­le­ment en 1968, ces 60 mi­nutes par jour sont pas­sées à 50 % de la jour­née sco­laire, puis à 80 % en 1976. ( Le droit n’est ve­nu qu’en 1982 et le plein exer­cice de ce droit 12 ans plus tard en Al­ber­ta.) Tout a chan­gé pour le mieux en 1982 lorsque le Par­le­ment ca­na­dien a adop­té la Charte ca­na­dienne des droits et li­ber­tés. La Charte contient 34 ar­ticles, dont l’ar­ticle 23 qui donne le droit à l’édu­ca­tion en langue fran­çaise aux fran­co­phones vi­vant dans neuf pro­vinces et trois ter­ri­toires, et le droit à l’édu­ca­tion en langue an­glaise aux an­glo­phones vi­vant au Qué­bec. Ce que le gou­ver­ne­ment du pre­mier mi­nistre Pierre Tru­deau a réus­si à faire en 1982, a été de trans­for­mer « un pri­vi­lège » en « un droit ». L’adop­tion de la Charte est de­ve­nue la pierre an­gu­laire de l’épa­nouis­se­ment des com­mu­nau­tés fran­co­phones hors Qué­bec. L’ar­ticle 23 vise quatre ob­jec­tifs : a) main­te­nir les deux langues of­fi­cielles au Ca­na­da; b) fa­vo­ri­ser l’épa­nouis­se­ment des cultures qu’elles re­pré­sentent; c) confé­rer une pro­tec­tion consti­tu­tion­nelle des langues of­fi­cielles; et d) re­con­naitre le rôle pri­mor­dial que joue l’ins­truc­tion dans le main­tien et le dé­ve­lop­pe­ment de la vi­ta­li­té lin­guis­tique et cultu­relle. Cet ar­ticle dé­fi­nit qui a « le droit » à l’édu­ca­tion en an­glais au Qué­bec et en fran­çais ailleurs. Il sti­pule que les ci­toyens ca­na­diens ont le droit de faire ins­truire leurs en­fants en fran­çais s’ils ré­pondent à l’un de ces trois cri­tères : 1. leur langue ma­ter­nelle est le fran­çais et ils com­prennent le fran­çais; 2. ils ont re­çu leur propre ins­truc­tion au ni­veau pri­maire en fran­çais au Ca­na­da; 3. ils ont un en­fant qui a re­çu ou re­çoit son ins­truc­tion en fran­çais au Ca­na­da. L’ar­ticle ajoute que cette ins­truc­tion doit s’of­frir dans des éta­blis­se­ments d’en­sei­gne­ment de la mi­no­ri­té lin­guis­tique fi­nan­cés par l’État. Ce que l’ar­ticle 23 ne dé­fi­nit pas c’est comment trai­ter les de­mandes de Ca­na­diens et d’im­mi­grants re­çus qui ne sont pas ad­mis­sibles à une édu­ca­tion en langue fran­çaise confor­mé­ment à la Charte. En 2000, le mi­nis­tère de l’Édu­ca­tion de l’Al­ber­ta a énon­cé sa po­si­tion dans un cadre po­li­tique Af­fir­mer l’édu­ca­tion en langue fran­çaise : fon­de­ments et orien­ta­tions, où on re­con­nait que les au­to­ri­tés scolaires fran­co­phones peuvent ad­mettre des élèves non ayant droit. http://edu­ca­tion. al­ber­ta.ca/me­dia/524841/ ca­dre­fr.pdf Deux ans après, notre Conseil sco­laire s’est sé­rieu­se­ment pen­ché sur la ques­tion à l’aide d’un co­mi­té d’ex­perts. Le ré­sul­tat a été un amen­de­ment im­por­tant à notre po­li­tique sur l’ad­mis­si­bi­li­té qui cla­ri­fie comment com­po­ser avec les de­mandes de pa­rents non ayant droit qui sou­haitent ins­crire leur en­fant dans les écoles fran­co­phones, mais qui ne ré­pondent pas aux cri­tères de l’ar­ticle 23. http://www.cen­tre­nord.ab.ca/ mul­ti­sites/CSCN_FR/Fi­chiers/Do­cu­ments/Po­li­tiques/I9030.pdf Au Cenre-Nord, on de­mande à ces pa­rents non ayant droit de ren­con­trer la di­rec­tion d’école, d’ex­pli­quer leur in­té­rêt pour une édu­ca­tion fran­co­phone, et de rem­plir un for­mu­laire d’ins­crip­tion con­çu uni­que­ment pour eux. La di­rec­tion d’école étu­die la de­mande et la trans­met avec sa re­com­man­da­tion au di­rec­teur gé­né­ral qui a le der­nier mot sur l’ad­mis­si­bi­li­té des en­fants. Dans la ma­jo­ri­té des cas, ces en­fants ap­par­tiennent à l’une de trois ca­té­go­ries : 1. Les élèves pro­ve­nant de pays où le fran­çais est une langue of­fi­cielle sont ad­mis presque au­to­ma­ti­que­ment. 2. Les élèves dont un des grands-pa­rents est fran­co­phone sont éga­le­ment ad­mis. 3. Les élèves qui parlent, écrivent et com­prennent le fran­çais se­lon les exi­gences de leur ni­veau sco­laire dont nous étu­dions at­ten­ti­ve­ment la de­mande d’ad­mis­sion. Chaque an­née, nous ad­met­tons des dou­zaines d’élèves de la pre­mière ca­té­go­rie et quelques-uns des deux autres. Dans presque tous les cas, ces élèves réus­sissent bien leur in­té­gra­tion parce que leurs pa­rents ap­puient ar­dem­ment leurs ef­forts d’ac­qui­si­tion du fran­çais et ac­ceptent vo­lon­tiers la vi­sion et mis­sion de nos écoles par rap­port à leur man­dat lin­guis­tique, cultu­rel et com­mu­nau­taire. Le Conseil sco­laire croit que ces élèves en­ri­chissent le tis­su de plus en plus mul­ti­cul­tu­rel de nos écoles. Nous sommes fiers de ces jeunes Ca­na­diens qui as­pirent, comme tous nos élèves, à de­ve­nir des ci­toyens par­fai­te­ment bi­lingues pos­sé­dant une plus vaste et pro­fonde com­pré­hen­sion de notre Ca­na­da grâce à cette dua­li­té lin­guis­tique qui les en­ri­chit, peu im­porte leur langue, culture et lieu d’ori­gine. Nous consi­dé­rons éga­le­ment que notre ou­ver­ture dé­montre à quel point l’édu­ca­tion fran­co­phone a évo­lué de l’école dis­tincte trop fer­mée sur la plus grande com­mu­nau­té, en écoles épa­nouies, au­da­cieuses et confiantes dans leur ca­pa­ci­té de ré­pondre à tous qui la fré­quentent. Main­te­nant, ré­pon­dons aux trois ques­tions : « Les écoles fran­co­phones ac­cep­ten­telles des en­fants qui n’ont pas droit à une édu­ca­tion en langue fran­çaise? » - Oui. « C’est qui un non ayant droit » - C’est un élève dont les pa­rents ne ré­pondent pas l’un des cri­tères de l’ar­ticle 23 de la Charte, mais qui peut être ad­mis dans une école fran­co­phone s’il res­pecte cer­taines condi­tions. « Pour­quoi les écoles fran­co­phones sont-elles sub­ven­tion­nées au même titre que les écoles an­glaises et d’im­mer­sion, mais ont le droit de re­fu­ser des élèves? » - Parce que l’école fran­co­phone est conçue par et pour des fran­co­phones comme étant le meilleur moyen pour trans­mettre à leurs en­fants la langue fran­çaise et les cultures fran­co­phones, et pour dé­ve­lop­per leur sens d’iden­ti­té et d’ap­par­te­nance à la com­mu­nau­té fran­co­phone et à la so­cié­té ca­na­dienne.

Hen­ri Le­mire, di­rec­teur gé­né­ral

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.