Les com­mu­nau­tés afri­caines...

...tiennent un grand ras­sem­ble­ment.

Le Franco - - LA UNE - Em­ma Ai­linn Hau­te­coeur

Cette jour­née a no­tam­ment été l’oc­ca­sion d’un cours ma­gis­tral sur le sys­tème sco­laire fran­co­phone en Al­ber­ta, don­né par le di­rec­teur gé­né­ral du Conseil sco­laire Centre-Nord (CSCN), Hen­ri Le­mire. « Nous sommes tous des per­sonnes ins­truites en fran­çais, is­sues de l’im­mi­gra­tion sé­lec­tive et notre pre­mier choix est d’en­voyer nos en­fants à l’école fran­co­phone. Nous n’en sa­vons pas plus pour au­tant sur le sys­tème », a fait re­mar­quer le pré­sident de la l’As­so­cia­tion ivoi­ro-ca­na­dienne d’Ed­mon­ton, Gis­card Ko­diane.

En ef­fet, cer­tains ques­tionne- ments sont com­muns à tout im­mi­grant : de­vrais-je en­voyer mon en­fant dans le sys­tème an­glais afin qu’il soit mieux pré­pa­ré pour l’uni­ver­si­té, presque uni­que­ment an­glo­phone en Al­ber­ta? La ré­ponse vient d’études por­tant sur les ré­sul­tats des exa­mens d’an­glais en 12e an­née : une ma­jo­ri­té d’élèves ayant fait leur sco­la­ri­té en­tiè­re­ment en fran­çais (à rai­son d’une heure d’an­glais par se­maine) réus­sit mieux à l’exa­men que les élèves is­sus du sys­tème an­glo­phone. Ab­dou­laye Bar­ry, qui est ar­ri­vé à Ed­mon­ton il y a quelques an­nées en pas­sant par Mon­tréal, a de grands pro­jets pour sa fille. Il tient à ce qu’elle fasse de grandes études et qu’elle soit par­fai­te­ment bi­lingue pour as­su­rer son in­té­gra­tion dans le mar­ché du tra­vail ca­na­dien. À sa ques­tion, Hen­ri Le­mire a ap­por­té l’évi­dence pré­cé­dente. Il est main­te­nant convain­cu d’en­voyer sa fille dans le sys­tème sco­laire fran­co­phone.

« Nous sommes les mieux pla­cés pour for­mer des jeunes par­fai­te­ment bi­lingues dans les deux langues, à l’écrit comme à l’oral », es­time le di­rec­teur gé­né­ral du CSCN. « Je ne pré­ten­drai pas ce­pen­dant que nous pou­vons of­frir tous les mêmes pro­grammes », nuance-t-il.

In­té­gra­tion sco­laire

Re­pre­nant le Guide à l’usage des pa­rents d’élèves im­mi

grants fran­co­phones lan­cé par le CSCN, en par­te­na­riat avec le Centre d’ac­cueil et d’éta­blis­se­ment du Nord de l’Al­ber­ta en mai der­nier, Hen­ri Le­mire a sou­le­vé plu­sieurs pro­blé­ma­tiques d’ordre cultu­rel qui re­viennent sou­vent dans les écoles. No­tam­ment la ques­tion du dos­sier sco­laire, dont la non-si­gna­ture ap­pa­rem­ment cou­rante chez les fa­milles im­mi­grantes, em­pêche l’éva­lua­tion par des spé­cia­listes des élèves mon­trant des dif­fi­cul­tés. M. Le­mire a te­nu à ras­su­rer tous les pa­rents pré­sents que ce dos­sier ne pou­vait pas suivre l’en­fant dans son che­mi­ne­ment pro­fes­sion­nel et res­tait en pos­ses­sion du conseil sco­laire ex­clu­si­ve­ment, sauf en cas de chan­ge­ment d’éta­blis­se­ment. Jeanne Leh­man, membre du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de l’Afri­caCentre, ne croit pas que ce com­por­te­ment soit cultu­rel, mais plu­tôt qu’il vienne de la peur d’un diag­nos­tic er­ro­né. Une dif­fé­rence cultu­relle qu’elle re­marque peut-être chez les pa­rents afri­cains, c’est qu’ils ont cou­tume de re­mettre entre les mains des en­sei­gnants toute la res­pon­sa­bi­li­té de l’édu­ca­tion de leurs en­fants. Ici, les pa­rents doivent être plus proac­tifs et cer­tains l’ont dé­jà com­pris, car ils sont nom­breux sur les conseils d’écoles, se­lon M. Le­mire. Mais pas tous, pense Jeanne Leh­man. « On de­vrait trou­ver un moyen de com­mu­ni­quer avec les fa­milles dès qu’elles mettent les pieds à Ed­mon­ton et leur faire com­prendre que s’in­ves­tir dans le sys­tème sco­laire fran­co­phone est un de leurs de­voirs, en tant que ci­toyen ca­na­dien », sug­gère-telle.

Et les en­sei­gnants?

À la fin de la pré­sen­ta­tion, Gis­card Ko­diane a émis un sou­hait au pa­tron du plus grand em­ployeur d’en­sei­gnants fran­co­phones à tra­vers la pro­vince : que le quo­ta d’en­sei­gnants is­sus des com­mu­nau­tés afri­caines fran­co­phones re­pré­sente mieux ce­lui des en­fants de celles-ci, ma­jo­ri­taires dans les écoles fran­co­phones d’ici. Un autre par­ti­ci­pant, éga­le­ment nom­mé Ab­dou­laye Bar­ry, en­sei­gnant re­con­ver­ti qui a ter­mi­né sa mai­trise en Édu­ca­tion au Cam­pus SaintJean, a pos­tu­lé à de nom­breux postes aux conseils sco­laires fran­co­phones de la pro­vince et n’a ob­te­nu de­puis qu’un jour de sup­pléance pour le­quel il n’a pas en­core été payé. « C’est frus­trant parce qu’on pos­tule à l’af­fi­chage, mais on sait dé­jà à qui le poste a été at­tri­bué », af­firme l’an­cien jour­na­liste. Clau­dio Mus­sua­mi, un en­sei- gnant du CSCN, es­time qu’il a été chan­ceux il y a six ans. « On était de nom­breux Afri­cains à être en­ga­gés, mais main­te­nant on su­bit tous les cou­pures », avance ce­lui qui a été trans­fé­ré de l’école Ga­briel­leRoy à Alexandre-Ta­ché, à Saint-Al­bert. Pour­tant, les rumeurs de places ré­ser­vées re­viennent à la bouche de plu­sieurs per­sonnes. « C’est plus dif­fi­cile d’avoir une en­tre­vue quand tu es un im­mi­grant afri­cain. C’est fran­che­ment comme faire pas­ser un élé­phant par le trou d’une bille », pèse le pré­sident de la com­mu­nau­té bu­run­daise à Ed­mon­ton, Dé­si­ré Ma­nimwe. Ce pro­blème est loin d’être ré­so­lu, comme le consentent plu­sieurs membres des dif­fé­rentes com­mu­nau­tés afri­caines d’Ed­mon­ton. « Ça ne se ré­sou­dra pas au­jourd’hui, re­con­nait Gis­card Ko­diane, mais au moins il nous a écou­tés ». Comme cette ac­ti­vi­té du 30 juin : il s’agit d’af­fir­mer la pré­sence d’une com­mu­nau­té gran­dis­sante.

Pho­tos : Em­ma Ai­linn Hau­te­coeur

La confé­rence de M. Le­mire était sui­vie d’un BBQ au Afri­ca Centre.

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