À Ed­mon­ton...

...ren­contre na­tio­nale du sec­teur co­opé­ra­tif.

Le Franco - - LA UNE - Em­ma Ai­linn Hau­te­coeur

L’an­née 2012 ayant été dé­cré­tée An­née in­ter­na­tio­nale des co­opé­ra­tives par l’Or­ga­ni­sa­tion des Na­tions unies, un suc­cès en soi, que le Conseil ca­na­dien de la co­opé­ra­tion et de la mu­tua­li­té et l’As­so­cia­tion des co­opé­ra­tives du Ca­na­da, les deux as­so­cia­tions co­opé­ra­tives nationales, sou­hai­taient cé­lé­brer lors de ce congrès. Mais avec la re­con­nais­sance vient la res­pon­sa­bi­li­té de dé­mon­trer un pro­grès presque cons­tant, d’où la ré­dac­tion du Plan d’ac­tion pour une dé­cen­nie des co­opé­ra­tives de l’Al­liance co­opé­ra­tive in­ter­na­tio­nale (ACI) vi­sant à faire des co­opé­ra­tives le type d’en­tre­prise ayant la crois­sance la plus ra­pide d’ici 2020.

Constats

Comme le fai­sait re­mar­quer le dé­fen­seur des co­opé­ra­tives au gou­ver­ne­ment fé­dé­ral, le dé­pu­té li­bé­ral Mau­ril Bé­lan­ger, « les co­opé­ra­tives ont dé­mon­tré, du­rant la crise de 2008, qu’elles sont deux fois plus ré­si­lientes que le sec­teur pri­vé ». Pour­tant, leur fonc­tion­ne­ment est très peu connu du grand pu­blic, des bu­reau­crates et des po­li­ti­ciens. Elles ne sont com­prises dans presque au­cun cur­ri­cu­lum des écoles de com­merce du pays, ne font que très ra­re­ment l’ob­jet des pro­grammes Échanges Ca­na­da (af­fec­ta­tion tem­po­raire des em­ployés de l’ad­mi­nis­tra­tion pu­blique cen­trale dans le sec­teur pu­blic, pri­vé ou à but lu­cra­tif) et elles n’ap­pa­raissent pas dans les sec­tions Af­faires des jour­naux nationaux. D’où l’im­por­tance de l’ap­pli­ca­tion du cin­quième prin­cipe d’une co­opé­ra­tive: l’édu­ca­tion. « Si vous n’exer­cez pas ce prin­cipe dans une gé­né­ra- tion et de­mie, votre coop va dis­pa­raitre », avance Mau­ril Bé­lan­ger. Afin de pou­voir com­po­ser un mes­sage de marque pour le mou­ve­ment co­opé­ra­tif ca­na­dien, les co­opé­ra­tives fi­nan­cières et non fi­nan­cières doivent se dé­fi­nir une iden­ti­té com­mune, ce qui peut s’avé­rer plus com­pli­qué qu’il n’en pa­rait, du simple fait que par exemple, cer­taines des plus grandes ins­ti­tu­tions fian­cières co­opé­ra­tives ne s’af­fichent même pas comme tel sur leur site in­ter­net.

Ca­pi­taux

Un des dé­fis im­por­tants pour les co­opé­ra­tives, qui peut s’avé­rer être iden­ti­taire, est ce­lui de « trou­ver des sources fiables de ca­pi­tal tout en res­tant fi­dèle aux va­leurs de pro­prié­té col­lec­tive », sou­ligne la pré­si­dente et di­rec­trice gé­né­rale du Groupe Co-ope­ra­tors li­mi­tée, Ka­thy Bard­swick. Pour ce faire, il est peut-être né­ces­saire d’ex­plo­rer des op­tions pour l’ac­cès aux ca­pi­taux en de­hors de l’adhé­sion tra­di­tion­nelle, un su­jet dé­li­cat pour cer­tains. Par­mi les sug­ges­tions : trou­ver un moyen de trans­for­mer la dette en ac­tions, mul­ti­plier les ef­forts pour in­jec­ter de l’ar­gent dans le Fonds na­tio­nal d’in­ves­tis­se­ment co­opé­ra­tif, créer une bourse des co­opé­ra­tives, en­cou­ra­ger les co­opé­ra­tives d’in­ves­tis­se­ment lo­cal (un pro­jet pi­lote vient d’être en­ta­mé à Falher, dans le nord de l’Al­ber­ta) et, en­core une fois, édu­quer les membres pour que quelque soit la so­lu­tion, elle soit at­ti­rante pour eux en tant qu’in­ves­tis­seurs. Un membre de l’au­dience, re­flé­tant une crainte col­lec- tive, dit qu’il « n’ai­me­rait pas trop qu’on se rap­proche du mo­dèle ca­pi­ta­liste » et « qu’il faut le­ver des fonds à l’in­té­rieur du ré­seau co­opé­ra­tif, sans cher­cher à être sur le mar­ché ». « Si­non, nous pour­rions ma­ni­gan­cer une crise éco­no­mique de toutes pièces et le gou­ver­ne­ment nous dé­blo­que­rait des fonds », plai­sante Ian Glass­ford, le di­rec­teur fi­nan­cier à Ser­vus Cre­dit Union. « Ceux qui font les règles en connaissent très peu sur les co­opé­ra­tives », constate Ber­nard Brun, du Mou­ve­ment Des­jar­dins. Sur ce point, les Cre­dit Unions de l’Al­ber­ta sont fa­vo­ri­sées grâce aux lois pro­vin­ciales qui ré­gissent les ins­ti­tu­tions fi­nan­cières. « Le mi­ni­mum en ca­pi­taux rè­gle­men­taire est plus haut en Al­ber­ta et la loi prend en consi­dé­ra­tion les parts com­munes et les ac­tions pré­fé­ren­tielles », ex­plique le pré­si­dent­di­rec­teur gé­né­ral de Ser­vus Cre­dit Union, Garth War­ner. « Nous avons de très bonnes re­la­tions avec le gou­ver­ne­ment al­ber­tain, qui a construit un ré­gime fa­vo­rable pour les Cre­dit Unions », af­firme-t-il. Par ailleurs, « le fait d’avoir une struc­ture na­tio­nale pour­rait per­mettre plus de co­hé­rence », croit Ber­nard Brun. Le trans­fert de la res­pon­sa­bi­li­té des co­opé­ra­tives à In­dus­trie Ca­na­da (avant sous Agri­cul­ture et Agroalimentaire Ca­na­da) et l’ou­ver­ture de cer­tains hauts pla­cés de l’ad­mi­nis­tra­tion de ce mi­nis­tère, comme Iain Ste­wart qui s’est ex­pri­mé au congrès, per­mettent aux di­ri­geants des co­opé­ra­tives par­tout au pays d’es­pé­rer un cadre rè­gle­men­taire com­mun pour 2020.

Pho­tos : Em­ma Ai­linn Hau­te­coeur

Ci des­sus, Co­lette Le­bel et Ber­nard Burn. En haut de la page de gauche à droite, Mau­ril Bé­lan­ger, Marc Trembaly, Ca­rol Hun­ter et Tre­vor Carl­son.

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