Un voyage de so­li­da­ri­té mar­quant ...

Un groupe de sept per­sonnes a pas­sé trois se­maines à Ma­da­gas­car pour ren­con­trer des or­ga­nismes qui oeuvrent avec l’Or­ga­ni­sa­tion ca­tho­lique ca­na­dienne pour le dé­ve­lop­pe­ment et la paix.

Le Franco - - LA UNE - - An­gé­lique Biels­ki

... à Ma­da­gas­car.

Du des 28 Ca­na­diens mai au 14 pro­ve­nant juin der­nier, ma­jo­ri­tai­re­ment Ma­ni­to­ba se sont de l’Al­ber­ta plon­gés et dans du la un réa­li­té voyage des de so­li­da­ri­té. Ma­la­ga­sys pour Dé­ve­lop­pe­ment con­trai­re­ment à et plu­sieurs Paix, or­ga­nismes tio­nale, tra­vaille d’aide di­rec­te­ment in­ter­naa­vec connaissent des or­ga­nismes les be­soins lo­caux réels qui de leur com­mu­nau­té. Pen­dant ces trois se­maines sur l’ile à l’est de la côte afri­caine, les par­ti­ci­pants du voyage ont ren­con­tré ces per­sonnes qui oeuvrent pour chan­ger la si­tua­tion ac­tuelle au pays. « On fi­nance les pro­jets qui peuvent vrai­ment faire un chan­ge­ment, de fa­çon stable et du­rable », ex­plique l’ani­ma­trice ré­gio­nale de Dé­ve­lop­pe­ment et Paix, Sa­ra Mi­chel.

Un oeuf contre une roche Une crise politique a ébran­lé le pays en 2009 et les ré­per­cus­sions se font en­core sen­tir au­jourd’hui, alors que la pau­vre­té ne cesse d’aug­men­ter. Trois ans plus tard, en 2012, l’ile a été frap­pée par un cy­clone. « Les mé­dias n’en ont pas par­lé, alors Ma­da­gas­car n’a re­çu que très peu d’aide après la ca­tas­trophe na­tu­relle », se dé­sole Sa­ra Mi­chel. Les Ma­la­ga­sys peinent à se re­le­ver et font face à de nou­veaux pro­blèmes. « De­puis 2009, il y a de la mau­vaise gou­ver­nance et ça ne fait qu’em­pi­rer. Les pro­blèmes struc­tu­rels sont à la base de tout », a re­mar­qué l’ani­ma­trice lors de son sé­jour. De­puis la dé­cou­verte de res­sources na­tu­relles de grande va­leur, comme du pé­trole, dans les terres de l’ile, des com­pa­gnies in­ter­na­tio­nales s’im­plantent au pays « grâce à des contrats se­crets qu’elles font avec le gou­ver­ne­ment cor­rom­pu », re­late la par­ti­ci­pante au voyage. « On dit qu’à Ma­da­gas­car, tout est à vendre », ajoute-t-elle. C’est que la plu­part des terres ne sont pas ti­trées. Des fer­miers peuvent être sur une terre de­puis des gé­né­ra­tions, mais puis­qu’elle n’est pas ti­trée, une com­pa­gnie de l’ex­té­rieur ou un riche Ma­la­ga­sy peut l’ache­ter et dé­lo­ger la fa­mille qui y était ins­tal­lée. Cette der­nière se di­rige vers la ca­pi­tale, sans au­cune res­source. « Ce n’est pas com­pli­qué d’en­re­gis­trer sa terre, sou­ligne Mme Mi­chel. Le pro­blème, c’est que les gens ne savent pas qu’ils doivent comment le le faire faire. et » ne savent pas Dé­ve­lop­pe­ment puyait un or­ga­nisme et Paix qui ai­dait ap­dans pres­sions ce sec­teur, bud­gé­taires mais des du com- gou­ver­ne­ment l’or­ga­ni­sa­tion ca­na­dien ca­tho­lique ont for­cé à le lais­ser les im­pacts de cô­té. réels « des On coupes a pu voir », s’at­triste l’ani­ma­trice. L’ar­ri­vée des com­pa­gnies étran­gères amène son lot de dif­fi­cul­tés. Un tou­risme sexuel s’y ins­talle, en plus de chan­ger le dy­na­misme so­cial de l’ile, car les tra­vailleurs ne pro­viennent pas de Ma­da­gas­car. En­vi­ron 40 % des mines sont ex­ploi­tées par des in­dus­tries ca­na­diennes. Pour le groupe de Dé­ve­lop­pe­ment et Paix, il s’agit d’une « vraie honte ». « Sur le ter­ri­toire ca­na­dien, ces com­pa­gnies doivent suivre les lois. À Ma­da­gas­car, elles n’ap­pliquent pas les mêmes me­sures et n’agissent pas de la même fa­çon, puis­qu’elles n’ont pas à se confor­mer à di­verses normes », s’in­digne Sa­ra Mi­chel. Dé­ve­lop­pe­ment et Paix ap­puie, de­puis quelques an­nées, Ta­ra­tra, un pro­jet de plai­doyer pour la bonne gou­ver­nance des in­ves­tis­se­ments mi­niers de Ma­da­gas­car. En­vi­ron 50 % du fi­nan­ce­ment pro­vient de l’or­ga­nisme ca­na­dien.

Par­te­na­riats lo­caux Les sept Ca­na­diens ont été ac­cueillis par le Conseil de Dé­ve­lop­pe­ment d’And oha­ta­pe­na­ka (CDA). Le CDA a beau­coup de pro­jets dans di­vers do­maines, no­tam­ment l’édu­ca­tion. À quelques se­maines des élec­tions pré­si­den­tielles, un autre par­te­naire est très im­por­tant : le Conseil na­tio­nal d’ob­ser­va­tion des élec­tions. « Là-bas, tu peux ache­ter un vote avec une bière, rap­pelle Sa­ra Mi­chel. Le Conseil ex­plique les cri­tères qui font un bon can­di­dat et montre aux ci­toyens comment vo­ter, parce que beau­coup d’entre eux ne savent pas lire et écrire. » Les 41 can­di­dats ont cha­cun eu quelques mi­nutes pour par­ler de leur pro­gramme à la ra­dio com­mu­nau­taire, une ra­dio di­ri­gée par les jeunes, pour les jeunes et ap­puyée en par­tie par Dé­ve­lop­pe­ment et Paix. « Cer­tains can­di­dats vou­laient payer pour avoir plus de temps que d’autres en ondes. La ra­dio a re­fu­sé et a com­men­cé à re­ce­voir des me­naces. Lorsque je vois ce­la, je trouve l’in­té­gri­té des jeunes ma­gni­fique. Outre les élec­tions, on veut uti­li­ser les mé­dias lo­caux pour faire de la sen­si­bi­li­sa­tion sur di­vers su­jets », in­dique l’ani­ma­trice. Dé­ve­lop­pe­ment et Paix s’as­so­cie aus­si avec son équi­valent amé­ri­cain, Ca­tho­lic Re­lief Ser­vices. « On les ap­puie lors­qu’il y a des ur­gences, parce qu’ils sont beau­coup plus grands que nous, », conti­nue-t-elle. Bé­né­vole très ac­tif de­puis quelques an­nées avec l’or­ga­ni­sa­tion, Martin Blan­chet a sou­hai­té prendre part au voyage pour en sa­voir plus sur son fonc­tion­ne­ment à l’étran­ger. La vo­lon­té des Ma­la­ga­sys de chan­ger leur si­tua­tion l’a pro­fon­dé­ment mar­qué. « Ils veulent vrai­ment se prendre en main », se sou­vient-il. « Je me rap­pelle une ren­contre en par­ti­cu­lier, dans un pe­tit vil­lage en mon­tagne tout près d’une mine. L’homme qui nous ex­pli­quait, avec l’aide d’un in­ter­prète, les pro­blèmes du vil­lage avait une grande pré­sence. Il s’ex­pri­mait de fa­çon claire et puis­sante. Même si je ne com­pre­nais pas ce qu’il di­sait, j’ai été frap­pé. Je me suis dit que cet homme, même s’il est pauvre de biens ma­té­riels, n’est pas pauvre puis­qu’il n’a pas per­du es­poir », ra­conte Martin Blan­chet.

De re­tour au pays, les par­ti­ci- pants ont le man­dat de faire part de leurs ob­ser­va­tions à leur en­tou­rage. M. Blan­chet pré­pare pré­sen­te­ment une confé­rence sur le voyage et le man­dat de Dé­ve­lop­pe­ment et Paix qu’il es­père pré­sen­ter à di­vers groupes pour les in­ci­ter à s’im­pli­quer eux aus­si. À l’au­tomne 2013, l’or­ga­nisme de­man­de­ra au gou­ver­ne­ment ca­na­dien d’ou­vrir un bu­reau de l’om­buds­man pour que les com­mu­nau­tés af­fec­tées par les ac­ti­vi­tés des mines ca­na­diennes puissent avoir droit à la jus­tice du Ca­na­da, parce que, pour l’ins­tant, elles n’ont droit à au­cune jus­tice.

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