La Com­mis­sion ca­na­dienne du tou­risme en­core poin­tée du doigt

Le Franco - - SCÉNE NATIONALE - Emi­ly Noël­la Du­four

Le Com­mis­saire aux langues of­fi­cielles (CLO) a ré­di­gé un énième rap­port ac­ca­blant de­man­dant une fois de plus à la Com­mis­sion ca­na­dienne du tou­risme (CCT) de se confor­mer aux exi­gences en ma­tière de dua­li­té lin­guis­tique. Cette fois ce sont des plaintes dé­po­sées par la presse mi­no­ri­taire qui dé­nonce l’in­dif­fé­rence de la CCT en ma­tière du res­pect et de l’équi­té en ce qui concerne les deux langues of­fi­cielles qui ont jus­ti­fié cette en­quête. En 2009 était lan­cée la cam­pagne pu­bli­ci­taire na­tio­nale Lo­cal knows/Se­crets d’ici de la CCT. Une cam­pagne pu­bli­ci­taire vou­lant in­ci­ter les Ca­na­diens à voya­ger chez eux et à pro­fi­ter des at­trac­tions tou­ris­tiques de leur pays. Ce­pen­dant, la dé­ci­sion de la CCT d’ex­clure la presse mi­no­ri­taire dans la pro­mo­tion de cette cam­pagne a gé­né­ré pas moins de 14 plaintes entre juin 2009 et juillet 2010. Dans son rap­port fi­nal d’en­quête de juin 2013 re­la­tif à la non-uti­li­sa­tion de la presse mi­no­ri­taire dans sa cam­pagne pu­bli­ci­taire, le com­mis­saire Graham Fra­ser at­teste que toute ins­ti­tu­tion fé­dé­rale qui com­mu­nique avec le pu­blic est te­nue d’uti­li­ser des mé­dias per­met­tant une com­mu­ni­ca­tion ef­fi­cace dans la langue of­fi­cielle de son choix. C’est une chose de l’ins­crire dans un rap­port, mais il en est tout autre lorsque vient le mo­ment de faire res­pec­ter cette règle, croit le di­rec­teur du jour­nal Le Fran­co d’Al­ber­ta, Étienne Ala­ry. « Le com­mis­saire n’a pas le pou­voir de faire res­pec­ter les lois, il peut émettre des re­com­man­da­tions, mais ap­pli­quer des sanc­tions lorsque ces règles ne sont pas res­pec­tées, ça ne fait pas par­tie de son man­dat. » M. Ala­ry, qui ne re­pré­sente qu’un des jour­naux à avoir été af­fec­té, fait état de l’im­pact d’une telle ex­clu­sion. « On parle ici de pertes de près de 2300 $ », dit-il. Des pertes im­por­tantes pour un jour­nal com­mu­nau­taire qui dé­pend es­sen­tiel­le­ment de sub­ven­tions gou­ver­ne­men­tales et de ses re­ve­nus pu­bli­ci­taires. La CCT jus­ti­fie sa dé­ci­sion en di­sant que « mal­gré son en­ver­gure, la cam­pagne ne vise pas tous les Ca­na­diens, mais bien des consom­ma­teurs à haut ren­de­ment, c’est-à-dire ceux dont la du­rée de sé­jour et le ni­veau de dé­pense sont les plus éle­vés ». Un ar­gu­ment que M. Ala­ry qua­li­fie « d’af­fir­ma­tion sans fon­de­ment ». « C’est un peu comme as­su­mer que ceux qui lisent les jour­naux fran­co­phones mi­no­ri­taires ont un plus pe­tit sa­laire, donc dé­pensent moins. Pour­tant, chaque Ca­na­dien contri­bue à l’éco­no­mie à sa fa­çon », ex­plique-t-il.

Ré­ci­dive

Plu­sieurs in­ter­ven­tions de la sorte ont dé­jà été ef­fec­tuées au­près de la CCT, mais en vain. C’est pour­quoi le com­mis­saire es­saie de faire pres­sion en af­fir­mant qu’il don­ne­ra suite au dos­sier avec des me­sures adé­quates en cas d’in­ac­tion de la part de la so­cié­té d’État. M. Ala­ry doute que ce­la y change quoi que ce soit. L’at­ti­tude de je-m’en-fou­tisme de la so­cié­té d’État ne laisse pré­sa­ger au­cun chan­ge­ment de si­tôt se­lon lui. « Si elle de­vait re­com­men­cer, rien n’ar­ri­ve­rait. Elle se fe­rait un peu ta­per sur les doigts, mais c’est tout. On est un peu à la mer­ci de si­tua­tion comme celle-là », sou­tient-il. D’après la CCT, au­cune loi n’a été vio­lée puisque le but de cette cam­pagne pu­bli­ci­taire n’était pas d’in­for­mer le ci­toyen de ser­vices gou­ver­ne­men­taux, mais plu­tôt de re­joindre un au­di­toire spé­ci­fique dé­ter­mi­né à par­tir du rap­port qua­li­té-prix, de don­nées dé­mo­gra­phiques et d’une ana­lyse quan­ti­ta­tive. De plus, se­lon elle, le pu­blic mi­no­ri­taire a pu être re­joint via In­ter­net. Si M. Ala­ry es­time que la fran­co­pho­nie ca­na­dienne doit être res­pec­tée et qu’on doit fa­vo­ri­ser le dé­ve­lop­pe­ment de celle-ci, il ne pré­voit pas pous­ser le dé­bat plus loin puis­qu’il exige beau­coup trop d’éner­gie. Au mo­ment de mettre le texte en ligne, il avait été im­pos­sible de re­joindre la CCT.

Pho­to : APF

Le com­mis­saire aux langues of­fi­ciePPes GraLam Fra­ser.

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