Sept longs-mé­trages fran­co­phones au ren­dez-vous

La pro­gram­ma­tion du Ed­mon­ton In­ter­na­tio­nal Film Fes­ti­val (EIFF) est de plus en plus tein­tée de fran­çais aux ac­cents va­riés.

Le Franco - - CINÉMA - Em­ma Ai­linn Hau­te­coeur

Par­mi les plus at­ten­dus, on compte no­tam­ment La vie d’Adèle (sous son titre an­glais Blue is the War­mest Co­lor dans le pro­gramme), le film d’Ab­del­la­tif Ke­chiche qui a rem­por­té la Palme d’or à Cannes cette an­née.

Adèle (Adèle Exar­cho­pou­los) ne peut com­prendre pour­quoi elle reste coite de­vant cette fille aux che­veux bleus, Em­ma (Léa Sey­doux), qu’elle croise alen­tours du ly­cée, alors que le plus beau des ses ca­ma­rades la laisse in­dif­fé­rente. On dit d’ailleurs que les scènes où les deux jeunes filles dé­couvrent leur at­trac­tion mu­tuelle sont des plus belles du long mé­trage fran­çais.

Le Pas­sé, de As­ghar Fa­rha­di, re­trace l’his­toire d’un Ira­nien qui laisse der­rière sa femme pour re­tour­ner au pays. Lors­qu’il re­vient quatre ans après pour of­fi­cia­li­ser le di­vorce, il sou­lève une pierre qui cou­vrait un se­cret né­faste dans la re­la­tion de sa fille et son ex-femme.

No­tons éga­le­ment Claire De­nis, et son film Les Sa­lauds, re­pé­ré à Cannes, Sun­dance et au pro­gramme des maitres du To­ron­to In­ter­na­tio­nal Film Fes­ti­val (TIFF), « le vrai film punk de Cannes » se­lon les In­rocks, et un thril­leur met­tant en ve­dette des forts du ci­né­ma fran­çais tel que Vincent Lin­don et Chia­ra Mas­troian­ni.

Sans sur­prise, le ci­né­ma qué­bé­cois a une place de choix dans la sé­lec­tion na­tio­nale. « Le pu­blic ca­na­dien n’est pas as­sez ex­po­sé au ci­né­ma qué­bé­cois ou au ci­né­ma de leur pays en gé­né­ral, mais quand il l’est, il en est gé­né­ra­le­ment ra­vi », fait re­mar­quer Ch­ris­tian Zyp, qui siège sur le conseil d’ad­mi­nis­tra­tion du fes­ti­val. « Nous es­sayons de dé­ni­cher les meilleurs films pos­sible, tout en met­tant de l’avant un conte­nu ca­na­dien de qua­li­té », ajoute-t-il.

Le film Ga­brielle, de Louise Ar­cham­bault, a fait beau­coup de bruit au TIFF et à Lo­car­no, où il a rem­por­té le prix du pu­blic. Ga­brielle, at­teinte du syn­drome de Williams (tout comme la co­mé­dienne Ga­brielle Ma­rionRi­vard qui la joue), fonce vers l’af­fir­ma­tion de son au­to­no­mie et de son amour pour Martin (Alexandre Lan­dry).

« C’est une his­toire d’amour à la Ro­méo et Ju­liette, avec des obs­tacles ve­nant des proches de Ga­brielle, mais aus­si d’el­le­même », note M. Zyp, de cette oeuvre qui met en scène plu­sieurs co­mé­diens non pro­fes­sion­nels qui ont une dé­fi­cience in­tel­lec­tuelle.

Roche Pa­pier Ci­seaux, le pre­mier long mé­trage de Yan Lanouette Tur­geon dé­jà sor­ti en DVD, se­ra aus­si pré­sen­té la deuxième soi­rée du EIFF.

Les sé­lec­tions ca­na­diennes bi­lingues ne font pas non plus dé­faut dans cet éven­tail qui re­flète l’oeil aver­ti des cher­cheurs d’or sur bo­bine. L’ef­fet, de Jo­ce­lyn Lan­glois et CA­Fé CA­Fé, de Pa­trick Downing sont deux pro­duc­tions très ca­na­diennes dans l’âme, dans ce qu’elles re­flètent des réa­li­tés sin­gu­lières au pays, mal­gré cer­taines li­ber­tés prises dans la fic­tion (voir les ré­su­més).

« L’ex­pé­rience du fes­ti­val de film c’est très ex­clu­sif, puisque les gens ont la chance de voir en pre­mière ca­na­dienne sou­vent, des films d’une qua­li­té ex­cep­tion­nelle, et qui peuvent prendre de l’am­pleur jus­te­ment avec l’en­goue­ment gé­né­ré à cet évè­ne­ment », sou­tient Ch­ris­tian Zyp.

L’Ef­fet

Une his­toire de fin du monde – ou de son com­men­ce­ment – comme il se doit : plus d’élec­tri­ci­té, ni d’éner­gie à pile ou à dy­na­mo. Sur­tout plus au­cun moyen de com­mu­ni­ca­tion entre une femme, Alex, et son conjoint, Léo, qui est par­ti deux se­maines à Van­cou­ver avant « l’ef­fet ». C’est comme ça qu’ils l’ap­pellent, ce re­com­men­ce­ment qui force tout le monde à s’en­trai­der pour sur­vivre, ou au contraire, cé­der à la règle du plus fort.

Alex en­tre­prend la tra­ver­sée du Ca­na­da de Qué­bec, sur des rues dé­sertes, ha­bi­tées par les ca­davres de voi­tures qui ne dé­marrent plus. Le pé­riple est long, plein d’em­buches, mais aus­si de ren­contres comme on en fait presque plus avec In­ter­net et le bruit de la tech­no­lo­gie. Mais con­trai­re­ment à d’autres qui sont en « dé­route parce que la route n’a plus de sens », elle en a un, re­trou­ver son Léo.

Ce film réa­li­sé par Jo­ce­lyn Lan­glois, qui in­ter­prète d’ailleurs Léo, est une his­toire d’amour, une his­toire de voyage trans­ca­na­dien, que beau­coup de fran­co­phones de l’Ouest ont faite (en sous­trayant les dif­fi­cul­tés liées à l’ef­fet), mais un pré­texte aus­si pour se po­ser des ques­tions sur l’im­por­tance at­tri­buée à l’es­pace-temps, à la com­mu­ni­ca­tion au ma­té­ria­lisme dans le monde d’au­jourd’hui.

CA­Fé CA­Fé

Au dé­part, CA­Fé CA­Fé est une sé­rie de quatre pièces de théâtre du Mon­tréa­lais Alain Mar­cie­ca. Ba­sé sur le re­la­tion­nel, des his­toires d’amour gâ­chées, ou pas, CA­Fé CA­Fé est sur­tout un ta­bleau mon­tréa­lais. Mon­tréal comme la ville des ar­tistes éter­nels et ra­tés, des ca­fés du coin des­quels on ne peut s’em­pê­cher de de­ve­nir un ha­bi­tué même sans le sou, de la ri­va­li­té entre le Mile-End et Saint Hen­ri, et du mé­tis­sage des langues.

Le pro­duc­teur Eric Am­ber (I Heart Doom­sday) s’est lié d’ami­tié avec l’au­teur avec qui il a co­écrit le scé­na­rio bi­lingue ba­sé sur les deux pre­mières pièces de la sé­rie. « Mon groupe d’amis est bi­lingue, comme les per­son­nages du film (qui sont d’ailleurs in­ter­pré­tés par les co­mé­diens de CA­Fé CA­Fé, la pièce). Et des couples se forment, les cultures et les langues convergent. C’est ce qui fait de Mon­tréal une ville si ro­man­tique », af­firme le Ca­na­dien de Cal­ga­ry.

Le bi­lin­guisme et un pe­tit ca­fé sans pré­ten­tion dans le quar­tier Saint Hen­ri - que la pro­prié­taire qué­bé­coise a ac­cep­té de louer à Eric Am­ber pour le tour­nage - se suf­fisent comme dé­cor in­ti­miste à cette co­mé­die ro­man­tique er­ro­née.

« L’amour est muet » est le mes­sage que son créa­teur dé­sire que l’on re­tienne de son long mé­trage qui traite d’art, de ro­mance, de mal­en­ten­dus, mais sur­tout d’in­clu­sion. « Je n’au­rais ja­mais pu faire un film bi­lingue si ce n’était pas à pro­pos d’in­clu­sion », conclut M. Am­ber.

Pho­to : cour­toi­sie

Le Pas­sé se­ra pré­sen­té le 1er oc­tobre à 18 h 30.

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