Té­lé­dif­fu­sion et pu­bli­ci­té

Le Franco - - CHRONIQUE ÉCONOMIQUE - par Da­vid Ca­ron

Plu­sieurs ama­teurs de sport sont en­core sous le choc : la dif­fu­sion des matchs de la Ligue na­tio­nale de hockey sur le réseau de la CBC se ter­mi­ne­ra en 2017-2018. Ce se­ra plu­tôt sur une chaine câ­blée, le réseau Sports­net, que l’on pour­ra voir ces matchs. En fait, les fran­co­phones sont ha­bi­tués à cette si­tua­tion, car ce­la fait plu­sieurs an­nées que la SRC

a per­du ses droits au pro­fit de RDS. Cette fois-ci, RDS a éga­le­ment per­du une bonne par­tie de ses droits au pro­fit d’une chaine qua­si in­con­nue en Al­ber­ta, la chaine TVA Sports. Les ama­teurs ont tou­te­fois été sur­pris par l’am­pleur de l’en­tente : un mon­tant de 5,2 mil­liards de dol­lars sur 12 ans, soit en­vi­ron 440 mil­lions $ par an­née, et ce, seule­ment pour l’ex­clu­si­vi­té des matchs des équipes ca­na­diennes (donc 7 équipes sur 30). Il est nor­mal de se de­man­der pour­quoi un mon­tant aus­si éle­vé a ain­si été

avan­cé par Ro­gers Com­mu­ni

ca­tions. Les droits de la LNH aux États-Unis sont éva­lués à seule­ment 200 mil­lions par sai­son. En fait, ce mon­tant n’est rien si on le com­pare avec les contrats des droits de té­lé­dif­fu­sion des autres sports ma­jeurs. Les droits des matchs de la NBA (basketball) ont été ven­dus pour 7,4 mil­liards de dol­lars pour huit sai­sons, donc plus de 900 mil­lions $ par sai­son. Pour la MLB (ba­se­ball), on parle de 12,4 mil­liards $ pour huit an­nées, donc 1,5 mil­liard $ par sai­son. Et pour la NFL (foot­ball), on parle de 45 mil­liards $ sur neuf sai­sons, donc 5 mil­liards $ par an­née. Dé­fi­ni­ti­ve­ment, la LNH fait fi­gure de pa­rent pauvre. Mais ce­la ne ré­pond pas à la ques­tion : pour­quoi ces mon­tants as­tro­no­miques sont-ils ver­sés aux évè­ne­ments spor­tifs? En fait, on pour­rait re­je­ter la faute sur le fa­meux PVR, l’en­re­gis­treur nu­mé­rique. La té­lé­dif­fu­sion est un mar­ché comme un autre. Il existe une offre de temps d’an­tenne (gé­né­ra­le­ment 24 heures dans une jour­née) que les dif­fu­seurs veulent vendre. Les pu­bli­ci-

taires de­mandent ce temps d’an­tenne afin de pré­sen­ter leurs pro­duits au maxi­mum de consom­ma­teurs pos­sibles, soient vous. Évi­dem­ment, per­sonne ne re­gar­de­rait une chaine pré­sen­tant des pu­bli­ci­tés toute la jour­née. Les chaines doivent donc trou­ver une fa­çon de vous ac­cro­cher à votre écran de té­lé­vi­sion afin que vous re­gar­diez un pro­gramme quel­conque. On pla­ce­ra à des mo­ments ju­gés op­por­tuns des pu­bli­ci­tés qui vous sont des­ti­nées. Eh oui, la té­lé­vi­sion n’est pas là pour vous di­ver­tir, mais bien pour vous in­ci­ter à consom­mer. Le pro­blème par contre c’est que de moins en moins de gens re­gardent leurs pro­grammes té­lés au mo­ment où ils sont dif­fu­sés. La tech­no­lo­gie nous a four­ni un ou­til per­met­tant de choi­sir, à tra­vers une grille ho­raire bien dé­fi­nie, les pro­grammes qui nous in­té­ressent. Sans avoir à consul­ter le re­gret­té téléhoraire, voi­là que tout s’af­fiche à l’écran et que de la simple pres­sion d’un bou­ton vous pou­vez en­re­gis­trer votre pro­gramme fa­vo­ri pour les 50 pro­chaines an­nées. Une fois en dif­fé­ré, vous pren­drez évi­dem­ment soin de sau­ter ces mes­sages in­tem­pes­tifs de conces­sion­naires au­to­mo­biles ou de res­tau­ra­teurs ra­pides. Adieu les re­ve­nus de la pu­bli­ci­té. Mais c’est ici que l’in­dus­trie du sport ap­pa­rait et vient sau­ver les dif­fu­seurs en manque de cotes d’écoute. En ef­fet, les évè­ne­ments spor­tifs font par­tie des pro­grammes les moins en­re­gis­trés. Les gens pré­fèrent re­gar­der les matchs en di­rect. L’idée est que le sport fait par­tie des nou­velles quo­ti­diennes. Donc, si les Oi­lers gagnent un match, vous le sau­rez par un quel­conque mé­dia. Il de­vient in­in­té­res­sant de re­gar­der le match le len­de­main sa­chant le dé­noue­ment fi­nal. Ce n’est pas le cas des té­lé­ro­mans ou des films. On ne mon- tre­ra pas au bul­le­tin de nou­velles la der­nière scène de 19-2 ou du der­nier film de Bruce Willis. Vous pour­rez donc, en toute quié­tude, re­gar­der votre pro­gramme plus tard sans crainte de vous faire ra­con­ter la fin. Les dif­fu­seurs ont com­pris ce­la. Ils sont donc prêts à payer des sommes im­por­tantes pour ob­te­nir les droits ex­clu­sifs sur des évè­ne­ments spor­tifs, les­quels se­ront da­van­tage pri­més par les an­non­ceurs et qui fi­na­le­ment paie­ront plus chers pour pou­voir an­non­cer du­rant ces évè­ne­ments. Vous connais­sez bien sur le prix des pu­bli­ci­tés pour le der­nier Su­per Bowl de la NFL : 4 mil­lions de dol­lars pour un tout pe­tit 30 se­condes. Sup­po­sons une ving­taine de mi­nutes de pu­bli­ci­té du­rant cet évè­ne­ment et vous avez un agréable 160 mil­lions de dol­lars pour quatre heures de conte­nu té­lé­vi­suel. Et je vous épargne les « ce pre­mier quart vous est pré­sen­té par… » ou « le face-à-face [in­sé­rez le nom de l’en­tre­prise] d’au­jourd’hui » , mes­sages qui ont dû se vendre à un prix ap­pré­ciable, j’en suis sur. Donc, ce mon­tant payé par Ro­gers Com­mu­ni­ca­tions es­til exa­gé­ré? Tout porte à croire que non. Si le hockey est aus­si po­pu­laire au Ca­na­da que le foot­ball aux États-Unis, alors Ro­gers a fait un bon coup. Reste main­te­nant à voir si suf­fi­sam­ment de gens s’abon­ne­ront aux chaines spor­tives qui pré­sen­te­ront les matchs (ce qui consti­tue un re­ve­nu sup­plé­men­taire que la CBC n’a pas) pour que les re­ve­nus de pu­bli­ci­tés aug­mentent sur ces chaines. Je suis sûr que vous l’avez dé­jà en­ten­du, mais cette mise en garde est tou­jours d’ac­tua­li­té : La guerre au conte­nu té­lé est ouverte…

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