Une si­tua­tion in­quié­tante

Une cen­taine d’em­ployés du Centre de san­té Saint-Tho­mas d’Ed­mon­ton craignent d’être rem­pla­cés par ceux d’une agence ex­terne dès cet été, alors que l’équipe de ges­tion du Centre dit ex­plo­rer dif­fé­rentes ave­nues pour bou­cler son bud­get.

Le Franco - - LA UNE - Mi­reille Ma­heu

« Nous cher­chons par tous les moyens à ce que le Centre de san­té Saint-Tho­mas puisse conti­nuer à opé­rer sans en­cou­rir de dé­fi­cit », ex­plique cal­me­ment le pré­sident du con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion du Centre, Paul De­nis. Dans cette op­tique, il af­firme que la pos­si­bi­li­té de confier cer­tains postes à des sous-trai­tants est bel et bien une des op­tions « étu­diée », et que les com­pa­gnies ont dé­jà été in­vi­tées à pré­sen­ter leur offre de ser­vices. Il in­siste par ailleurs sur le fait que rien n’est of­fi­ciel, et que la porte est ou­verte pour des né­go­cia­tions. « Nous conti­nuons de cher­cher, nous al­lons trou­ver la meilleure so­lu­tion en cher­chant, pour les em­ployés, pour le Centre, et pour nos bé­né­fi­ciaires, in­siste le pré­sident. Nous al­lons de­man­der des conces­sions au syn­di­cat concer­nant les bé­né­fices mar­gi­naux et les sa­laires, nous n’avons pas le choix. » Les em­ployés le voient d’un autre oeil Pour les em­ployés, qui ont d’ailleurs ma­ni­fes­té leur mé­con­ten­te­ment dans la rue le 2 avril der­nier, c’est pour­tant comme si la dé­ci­sion était prise. En fé­vrier der­nier, dans un mé­mo pro­ve­nant du di­rec­teur gé­né- ral à pro­pos de l’ap­pel d’offres pour les ser­vices d’ali­men­ta­tion, de mé­nage et de les­sive, ils ont pu lire : « Les four­nis­seurs de ser­vices in­té­res­sés doivent sou­mettre leurs offres avant le 13 mars 2014. Saint-Tho­mas étu­die­ra les sou­mis­sions et sé­lec­tion­ne­ra celles qui ren­contrent les cri­tères sou­li­gnés dans notre ap­pel d’offres. […] Si un fournisseur conve­nable est trou­vé, il de­vrait en­trer en ser­vice au dé­but de juin 2014. » Dans ce même mes­sage, les em­ployés ont été in­for­més que l’équipe de ges­tion et le con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion avaient pris la dé­ci­sion d’émettre éga­le­ment un ap­pel d’offres pour les postes re­la­tifs aux soins dès mars 2014. « Si un fournisseur est choi­si, les em­ployés de Saint-Tho­mas se­ront congé­diés sans pos­si­bi­li­té d’ap­pel, li­sait-on aus­si. Dès qu’un fournisseur ex­terne se­ra en place, il se­ra seul res­pon­sable du re­cru­te­ment, de la ré­ten­tion et de la ges­tion de ses em­ployés. » En mars sui­vait un autre mé­mo fai­sant la liste de « pré­pa­ra­tifs » en pré­vi­sion du dé­part des em­ployés. Ce mé­mo pro­met­tait entre autres qu’on al­lait four­nir des ré­fé­rences aux em­ployés sor­tants pour les ai­der dans leur re­cherche d’em­ploi, ain­si que ce qu’il al­lait ad­ve­nir des congés en banque et du fonds de re­traite col­lec­tive. « Ce sont près de 100 em­ployés qui sont en train de perdre leur em­ploi », lance un des agents né­go­cia­teurs de l’Al­ber­ta Union of Pro­vin­cial Em­ployees (AUPE), Lloyd Glib­be­ry. L’AUPE re­pré­sente les em­ployés du Centre de san­té Saint-Tho­mas de­puis un peu plus d’un an. « C’est une bien triste af­faire, confie-t-il. Pour les ré­si­dents, les em­ployés, dont plu­sieurs sont bi­lingues, font presque par­tie de la fa­mille. Sans eux, cet en­droit se­ra une co­quille vide. » Le fi­nan­ce­ment d’Al­ber­ta Health Ser­vices L’af­faire a écla­té en jan­vier der­nier, alors que l’AUPE et le Centre de san­té Saint-Tho­mas s’ap­prê­taient à prendre place à la table de né­go­cia­tions afin de dis­cu­ter d’une nou­velle conven­tion col­lec­tive, puisque celle-ci ve­nait à échéance. « Le 29 jan­vier 2014, le pré­sident du Con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion [en l’oc­cur­rence Paul De­nis] nous a convo­qués pour nous ren­con­trer d’ur­gence, ra­conte en dé­tail Lloyd Blib­be­ry. C’était tard dans la ma­ti­née. On nous a confié que le Centre de san­té fai­sait face à d’ex­trêmes dif­fi­cul­tés fi­nan­cières, et qu’il était im­pos­sible de conti­nuer à opé­rer de la même fa­çon. » Il af­firme qu’alors, Al­ber­ta Health Ser­vices (AHS) avait dé­cla­ré que le Centre de­vrait rem­bour­ser un mon­tant avoi- si­nant 1,2 mil­lion $ puis­qu’il n’avait pas at­teint les ob­jec­tifs de son ac­cré­di­ta­tion. L’in­for­ma­tion a, de­puis, été re­prise par les mé­dias. Se­lon Lloyd Blib­be­ry, il n’y a pas de doute qu’une mau­vaise ges­tion du Centre de san­té a in­évi­ta­ble­ment me­né à cette ré­cla­ma­tion de l’agence de san­té pu­blique. « AHS leur a ac­cor­dé du fi­nan­ce­ment pour faire X, et ils ont choi­si de faire Y avec l’ar­gent. Main­te­nant, en voyant que X n’a pas été fait, AHS veut ra­voir son ar­gent », illustre le né­go­cia­teur. Pour sa dé­fense, Paul De­nis in­dique que le dés­équi­libre est plu­tôt dû au fait que le fi­nan­ce­ment ac­cor­dé par AHS était sim­ple­ment in­suf­fi­sant pour payer aux em­ployés le nombre d’heures de travail re­quises pour l’ac­cré­di­ta­tion, et que ce nombre d’heures a dû être ré­duit. « Pour chaque dol­lar qu’on re­çoit, ce­la nous coute 1,20 $ », sou­ligne-t-il. Par ailleurs, il ajoute que le Centre et AHS sont tou­jours en pour­par­lers afin de conce­voir un plan d’ave­nir. Il avance aus­si qu’en plus d’avoir dé­ci­dé de ne plus ré­cla­mer le 1,2 mil­lion $, AHS a sus­pen­du l’at­tri­bu­tion des lits pour don­ner le temps à l’ad­mi­nis­tra­tion de des­si­ner ce plan d’ave­nir, ce qui ex­plique la tren­taine de lits vides au Centre de san­té Saint-Tho­mas. Avare de com­men­taires, le porte-parole d’Al­ber­ta Health Ser­vices, Don Ste­wart, se contente de confir­mer que le Centre ne se­ra pas te­nu de rem­bour­ser quelque mon­tant que ce soit. « Notre prio­ri­té, dit-il, est que la qua­li­té des ser­vices soit main­te­nue à ce point-ci, et que les be­soins des bé­né­fi­ciaires soient com­blés. Nous n’in­ter­vien­drons pas à d’autres ni­veaux dans cette si­tua­tion. » Mais l’ef­fa­ce­ment de la dette de 1,2 mil­lion $ ne sé­cu­rise pas les em­plois au Centre. « Ça ne règle pas la ques­tion, puisque nous avons tou­jours be­soin d’un contrat avec l’Union qui nous per­met­trait de bou­cler notre bud­get », ter­mine Paul De­nis.

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