Le Sé­nat de­mande plus, la SRC donne moins

À la veille d’éli­mi­ner 312 postes (8 en Aca­die, 74 en On­ta­rio et Ouest ain­si que 230 au Qué­bec), Ra­dio-Canada re­ce­vait un rap­port sé­na­to­rial très cri­tique de la place que le dif­fu­seur ac­corde aux com­mu­nau­tés de langue of­fi­cielle. Le 10 avril, il a néan­mo

Le Franco - - REVUE DE LA SAISON DES OILERS - Jean-Pierre Du­bé

« On peut com­prendre que les pres­sions fi­nan­cières causent des pro­blèmes à Ra­dio-Canada, sou­ligne la pré­si­dente du Co­mi­té sé­na­to­rial per­ma­nent des langues of­fi­cielles, la sé­na­trice Clau­dette Tar­dif. Mais il faut quand même que les obli­ga­tions linguistiques soient res­pec­tées, peu im­portent les contraintes. Les dé­ci­sions qui sont prises ont des consé­quences en­core plus né­fastes en mi­lieu mi­no­ri­taire. On n’a pas d’autre dif­fu­seur pu­blic. » Les mots les plus durs sur la 3e vague de com­pres­sions en cinq ans au fi­nan­ce­ment de la so­cié­té d’État sont ve­nus du pré­sident du Syn­di­cat des com­mu­ni­ca­tions de Ra­dio-Canada, Alex Le­vas­seur. « C’est la chro­nique d’une mort an­non­cée, a-t-il dé­cla­ré au jour­nal Le De­voir, la faillite d’un sys­tème aus­si. « Il va y avoir d’autres coupes de ser­vice et des sec­teurs com­plets de la cou­ver­ture vont dis­pa­raitre, a-t-il dé­cla­ré. D’ici peu, Ra­dio-Canada/CBC de­vra re­tour­ner de­vant le CRTC (Con­seil de la ra­dio­dif­fu­sion et des té­lé­com­mu­ni­ca­tions ca­na­diennes) parce qu’il ne res­pec­te­ra plus les en­ga­ge­ments fon­da­men­taux de sa li­cence. » Se­lon le rap­port sé­na­to­rial, pu­blié après avoir ac­cueilli 80 témoins sur deux ans, la SRC ne ré­pond plus à ses obli­ga­tions en ma­tière lin­guis­tique. « Les com­mu­nau­tés veulent se voir, s’en­tendre et se lire sur les ondes de Ra­dio-Canada, ex­plique Clau­dette Tar­dif. Pas seule­ment sur le plan ré­gio­nal, mais aus­si à l’an­tenne na­tio­nale. Les com­mu­nau­tés tiennent beau­coup à la SRC. On cri­tique for­te­ment parce qu’on veut que le dif­fu­seur ré­ponde da­van­tage aux at­tentes. » En plus des ré­duc­tions aux nou­velles et aux sports, la SRC frappe l’ani­ma­tion de l’émission na­tio­nale de la ma­ti­née à Es­pace Mu­sique. Les 11 ani­ma­teurs de ra­dio de tous les coins du pays, qui se par­tagent les ondes de 8 h 30 à mi­di, se­ront rem­pla­cés par l’équipe de Mon­tréal. Le PDG de la so­cié­té d’État, Hu­bert La­croix, a an­non­cé des cou­pures de 130 mil­lions $ et 657 mises à pied sur deux ans aux ré­seaux an­glais et fran­çais. La SRC/CBC compte pré­sen­te­ment 8400 em­ployés et des re­ve­nus an­nuels de 1,5 mil­liard $. Le rap­port sé­na­to­rial de­mande au mi­nis­tère du Patrimoine ca­na­dien de main­te­nir le Fonds pour l’amé­lio­ra­tion de la pro­gram­ma­tion lo­cale, qui per­met­tait d’of­frir au ré­seau da­van­tage de conte­nus lo­caux et régionaux. « C’est la seule re­com­man­da­tion qui de­mande plus de fonds », si­gnale la sé­na­trice al­ber­taine. À la Chambre des com­munes, le 9 avril, la mi­nistre Shel­ly Glo­ver a dé­cla­ré que la so­cié­té d’État avait suf­fi­sam­ment de fi­nan­ce­ment pour accomplir son man­dat. « Il fau­drait aus­si re­voir toute la culture or­ga­ni­sa­tion­nelle, se­lon Clau­dette Tar­dif. On de­mande des mé­ca­nismes de consul­ta­tion, de red­di­tion de comptes, de rap­ports dé­taillés sur la place des com­mu­nau­tés. On veut aus­si plus de par­ti­ci­pa­tion des com­mu­nau­tés aux bul­le­tins na­tio­naux et plus de pro­duc­tions in­dé­pen­dantes. » Le Co­mi­té a de­man­dé à Ra­dio-Canada de lui rendre des comptes avant la fin de l’an­née 2014 sur ses in­ten­tions quant aux 12 re­com­man­da­tions.

Ré­ac­tions

La So­cié­té na­tio­nale de l’Aca­die (SNA) s’in­surge contre les nou­velles cou­pures. Le pré­sident Re­né Lé­gère a rap­pe­lé que les Aca­diens ont ac­cep­té la pro­po­si­tion de Mon­tréal de ra­tio­na­li­ser la pro­duc­tion de la SRC dans une seule sta­tion ré­gio­nale, à Monc­ton. « L’Aca­die a contri­bué pen­dant plus de 75 ans à l’as­sai­nis­se­ment des fi­nances de Ra­dio-Canada, sou­tient Re­né Lé­gère, et ne de­vrait ab­so­lu­ment pas faire les frais des pré­sentes cou­pures. Si tel n’est pas le cas, ce­la se­rait la preuve que Ra­dio-Canada consi­dère que l’Aca­die n’est plus per­ti­nente et qu’elle ne fi­gure plus dans les plans de dé­ve­lop­pe­ment de notre té­lé­dif­fu­seur pu­blic. » L’As­so­cia­tion ca­na­dien­ne­fran­çaise de l’Al­ber­ta (ACFA), abonde dans le même sens en dé­plo­rant l’éro­sion des ser­vices qui af­fai­blissent tran­quille­ment un ou­til es­sen­tiel à l’épa­nouis­se­ment des fran­co­phones, par­tout au pays. « Dans les an­nées 1940, les Fran­co-Al­ber­tains se sont mo­bi­li­sés et ont amas­sé une somme d’ar­gent consi­dé­rable afin de créer leur poste de ra­dio pri­vée, CHFA. Puis, en 1973, CHFA a été ven­du à la So­cié­té Ra­dio-Canada afin de de­ve­nir la ra­dio pu­blique fran­çaise en Al­ber­ta et faire par­tie du grand ré­seau na­tio­nal. Ra­dio-Canada a donc une im­por­tante res­pon­sa­bi­li­té en­vers notre com­mu­nau­té pour sa sur­vie et son épa­nouis­se­ment », es­time le pré­sident de l’ACFA, M. Jean John­son. L’ACFA in­vite donc la com­mu­nau­té à par­ti­ci­per en grand nombre à la pre­mière As­sem­blée pu­blique de consul­ta­tion de Ra­dio-Canada qui au­ra lieu le 29 avril à La Cité fran­co­phone d’Ed­mon­ton. « Ces nou­velles com­pres­sions confirment que nous de­vons nous mo­bi­li­ser une fois de plus afin de dé­mon­trer l’im­por­tance que re­vêt notre dif­fu­seur pu­blic pour notre com­mu­nau­té », ter­mine M. John­son. Par ailleurs, le Com­mis­sa­riat aux langues of­fi­cielles pos­sède plus de pou­voirs que le Sé­nat quant aux obli­ga­tions linguistiques de Ra­dio-Canada. Le com­mis­saire Gra­ham Fra­ser croit pou­voir en­quê­ter sur la ré­duc­tion de la pro­gram­ma­tion lo­cale. Il a contes­té en Cour fé­dé­rale la pré­ten­tion de la SRC que ses res­pon­sa­bi­li­tés en ver­tu de la Loi sur les langues of­fi­cielles (LLO) ne concernent pas sa pro­gram­ma­tion. Dans une or­don­nance de 2012, la Cour a re­con­nu le conflit entre la LLO et la Loi sur la ra­dio­dif­fu­sion. Le juge a sus­pen­du les pro­cé­dures en at­ten­dant que les deux parties obtiennent un avis du CRTC. La cause pour­rait se ré­gler en 2014.

Pho­to : ar­chives

La pré­si­dente du Co­mi­té sé­na­to­rial per­ma­nent des langues of­fi­cielles, la sé­na­trice Clau­dette Tar­dif.

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