BI­LIN­GUISME OF­FI­CIEL ET LES MEN­TE­RIES PRO­PA­GAN­DISTES DE L’INS­TI­TUT FRA­SER

Le Franco - - NEWS - Paul Du­bé

On en­tend souvent par­ler du cout ex­ces­sif du bi­lin­guisme of­fi­ciel pour les contri­buables ca­na­diens dont pro­fitent sur­tout les mi­no­ri­tés fran­co­phones au Canada an­glais et les an­glo­phones du Qué­bec, des boucs émis­saires d’une par­tie du dé­fi­cit ca­na­dien. C’est aus­si une fa­çon d’in­ci­ter la ma­jo­ri­té à ti­rer ses propres conclu­sions quant au rap­port cout/bé­né­fices du bi­lin­guisme of­fi­ciel. En 2012, l’Ins­ti­tut Fra­ser a pu­blié une re­cherche de 138 pages in­ti­tu­lée : « Of­fi­cial Lan­guage Po­li­cies of the Ca­na­dian Pro­vinces : Costs and Be­ne­fits in 2006 » qui exa­mi­nait l’im­pact fi­nan­cier d’of­frir des ser­vices bi­lingues. On y dit que les pro­vinces dé­pensent 900 mil­lions $ par an­née pour l’édu­ca­tion en langue mi­no­ri­taire, et 1,5 mil­liard $ pour les po­li­tiques linguistiques au fé­dé­ral; qu’en somme, on im­pose 2,4 milliards $ an­nuel­le­ment aux contri­buables pour des ser­vices bi­lingues, soit 85 $ par in­di­vi­du. L’au­teur prin­ci­pal de cette étude est un ex­pert re­con­nu dans le do­maine du fi­nan­ce­ment du bi­lin­guisme qui re­ven­dique avec fier­té cette pre­mière ten­ta­tive « de me­su­rer sys­té­ma­ti­que­ment et de com­pa­rer les couts pro­vin­ciaux » et que la fia­bi­li­té de l’in­for­ma­tion doit être le fon­de­ment de po­li­tiques so­lides. L’Ins­ti­tut Fra­ser se targue d’avoir un sys­tème d’éva­lua­tion ri­gou­reux et un Con­seil édi­to­ria­liste de haut ca­libre ayant com­pris dans le pas­sé trois lau­réats No­bel en éco­no­mie. Cette cré­di­bi­li­té re­joint, évi­dem­ment, les gou­ver­ne­ments. Or, peut- on faire confiance à l’Ins­ti­tut Fra­ser pour me­ner une telle étude des ser­vices pu­blics, de­mande per­ti­nem­ment Ed­mund Aun­ger, pro­fes­seur émé­rite au Cam­pus Saint- Jean et spé­cia­liste du bi­lin­guisme à tra­vers le monde, qui note d’en­trée de jeu que l’ins­ti­tut est fi­nan­cé par des hommes d’af­faires voués à la pro­mo­tion de l’en­tre­prise pri­vée. Dans son ar­ticle1, le pro­fes­seur Aun­ger dé­mys­ti­fie et dé­nonce les mo­tifs de l’ins­ti­tut, les don­nées sé­lec­tives, le manque de ri­gueur, l’ex­clu­sion de fac­teurs es­sen­tiels pour bien com­prendre le sta­tut du bi­lin­guisme au Canada, pour ne rien dire de l’éthique sus­pecte de l’étude dont l’orien­ta­tion est fon­dée sur l’idéo­lo­gie de droite.

Des exemples Comme l’ex­plique Aun­ger, on éva­cue de l’étude la pers­pec­tive his­to­rique et dé­mo­cra­tique qui a vu en­châs­ser dans la cons­ti­tu­tion de 1791 la re­con­nais­sance du bi­lin­guisme of­fi­ciel dans les deux « pro­vinces ». Pour ce qui est des bé­né­fices du bi­lin­guisme, on ne peut trou­ver dans la lo­gique mer­can­ti­liste de l’ins­ti­tut Fra­ser qu’un seul avan­tage à l’édu­ca­tion en langue mi­no­ri­taire, soit la pos­si­bi­li­té d’aug­men­ter nos ex­por­ta­tions aux pays fran­co­phones. Quant au cout du fi­nan­ce­ment, qui doit re­pré­sen­ter pour l’Ins­ti­tut Fra­ser la pierre an­gu­laire de l’ar­gu­ment cen­sé ré­veiller les Ca­na­diens à cette ab­sur­di­té na­tio­nale, M. Aun­ger dé­fait cha­cun des chiffres évo­qués pour pro­duire ce scan­dale na­tio­nal et dé­montre, chiffres réels à l’ap­pui, que les élu­cu­bra­tions comp­tables de l’ins­ti­tut sont concoc­tées pour mys­ti­fier et dé­fendre une faus­se­té in­te­nable. Il prouve même que l’édu­ca­tion en langue fran­çaise coute moins cher que celle en langue de la ma­jo­ri­té! Aun­ger rap­pelle que les gens qui ne lisent que les com­mu­ni­qués de presse et les man­chettes au­ront ten­dance à pen­ser que cette vi­sion d’un Canada of­fi­ciel­le­ment bi­lingue n’en vaut pas la chan­delle, sur­tout pour les contri­buables an­glo­phones qui doivent par­ti­ci­per au cout des ser­vices en fran­çais pour une pe­tite mi­no­ri­té. Il conclut en met­tant les mots qui s’im­posent sur ce qu’il a su si bien dé­mas­quer, le manque de cré­di­bi­li­té et de fia­bi­li­té de l’Ins­ti­tut Fra­ser qui se vante avec grande os­ten­ta­tion du contraire. Li­sez Aun­ger : vous au­rez ain­si tous les ar­gu­ments né­ces­saires pour ré­fu­ter les men­te­ries et la pro­pa­gande an­ti­fran­co­phone de nos in­ter­lo­cu­teurs dont la langue de bois offre une vi­sion tun­ne­lesque et pas­séiste du Canada.

(End­notes)

1 « Aca­de­mic Re­search vs. Po­li­ti­cal Pro­pa­gan­da : Les­sons from the Fra­ser Ins­ti­tute’s Stu­dy of Mi­no­ri­ty-Lan­guage Edu­ca­tion », pu­blié le 4 mars der­nier dans la re­vue Aca­de­mic Mat­ters. The Jour­nal of

Hi­gher Edu­ca­tion, dis­po­nible sur le web (http://aca­de­mic­mat­ters.ca/2014/03/aca­de­mic-re-search-vs­po­li­ti­cal­pro­pa­gan­da-les­sons-from-the-fra­ser-ins­ti­tutes-stu­dy-of-mi­no­ri­ty-lan­guage-edu­ca­tion/#com­ments),

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