Adres­ser les en­jeux

Une soixan­taine de per­sonnes se sont ras­sem­blées à La Cité fran­co­phone, le 17 mai der­nier, pour dis­cu­ter des en­jeux tou­chant les femmes im­mi­grantes fran­co­phones dans un fo­rum or­ga­ni­sé par l’Al­liance Jeu­nesse Fa­mille de l’Al­ber­ta So­cie­ty (AJFAS).

Le Franco - - LA UNE - Gi­nette Bou­lianne

C’est à La Cité fran­co­phone, le 17 mai der­nier, que s’est dé­rou­lé le Fo­rum sur les en­jeux tou­chant les femmes im­mi­grantes fran­co­phones de l’Al­ber­ta. Sur la pho­to, on re­con­nait trois par­ti­ci­pantes : Ma­rie-Jeanne Ma­la­ba, Ri­ta Tshi­lu­ba et Béa­trice Bum­ba­bu.

Bien que l’AJFAS tienne des fo­rums an­nuels sur la jeu­nesse, la der­nière ren­contre de l’or­ga­nisme dé­diée uni­que­ment aux femmes im­mi­grantes re­monte à 2005. Pour la ren­contre du 17 mai der­nier, des confé­ren­ciers in­vi­tés ont pré­sen­té sur quatre thèmes, cha­cun sui­vi par des dis­cus­sions en groupe et le par­tage d’idées. « Les in­ter­ven­tions étaient tel­le­ment riches, constate la por­te­pa­role du sec­teur des Af­faires fé­mi­nines de l’AJFAS, Ri­ta Tshi­lu­ba. Les gens se sont ex­pri­més li­bre­ment. Les femmes se parlent, c’est une fa­çon pour elle de faire du ré­seau­tage, de tis­ser des liens en plus d’avoir des pistes pour al­ler cher­cher des res­sources », af­firme-t-elle. Par­mi les thèmes, il a été ques­tion de la dis­cri­mi­na­tion en em­ploi, de l’in­té­gra­tion so­ciale, de la sé­cu­ri­té et de la pros­pé­ri­té éco­no­mique des femmes, et des re­la­tions entre les pa­rents et les en­fants. Dans les défis sou­le­vés, il y avait, entre autres, l’iso­le­ment qui sur­vient lorsque la femme ne parle pas l’an­glais, le « blo­cage » dans la re­cherche d’em­ploi quand on n’a pas ac­quis une ex­pé­rience canadienne, et les dif­fi­cul­tés qui dé­coulent du chan­ge­ment sou­dain dans les rôles au sein la fa­mille. Dans ces cas, la femme qui s’éduque et pé­nètre le mar­ché du travail au Canada dé­laisse son rôle tra­di­tion­nel de femme à la mai­son, et, en même temps, l’homme voit son rôle trans­for­mé quand il n’arrive plus à être le seul gagne-pain pour la fa­mille, comme c’était le cas dans le pays d’ori­gine. Dans sa pré­sen­ta­tion, l’an­cienne pré­si­dente de l’As­so­cia­tion mul­ti­cul­tu­relle fran­co­phone de l’Al­ber­ta (AMFA), Du­la­ri Pri­thi­paul, a no­té les chan­ge­ments sur­ve­nus dans le rôle de la femme im­mi­grante au Canada de­puis les an­nées 1960, tout en iden­ti­fiant un be­soin de struc­tures per­ma­nentes pour ve­nir en aide à celles-ci. « Beau­coup de femmes res­tent au deuxième rang et sou­tiennent le père de fa­mille pour qu’il puisse al­ler de l’avant, mais, ce­ci dit, les femmes ont vu leur charge de travail aug­men­ter. La so­cié­té canadienne en­cou­rage la par­ti­ci­pa­tion des mères de fa­mille... beau­coup des struc­tures qui sont en place sont des pro­jets tran­si­toires et éphé­mères. Il est temps d’éta­blir cer­taines as­sises qui vont res­ter », avance Mme Pri­thi­paul. Une des par­ti­ci­pantes au fo­rum, Caroline Ku­bi­cki, tra­vaille de près avec les femmes im­mi­grantes dans son em­ploi au Centre d’ac­cueil et d’éta­blis­se­ment (CAÉ). Se­lon elle, une plus grande conscien­ti­sa­tion de l’ex­pé­rience de la femme im­mi­grante en Al­ber­ta est né­ces­saire. « La femme est cen­trale au pro­ces­sus d’in­té­gra­tion pour la fa­mille, et pour elle-même. Je trouve qu’il y a un manque de res­sources pour les femmes im­mi­grantes et un manque de com­pré­hen­sion au sein de la com­mu­nau­té d’ac­cueil sur l’ex­pé­rience im­mi­grante. Il est im­por­tant que les gens puissent en dis­cu­ter et en prendre conscience pour mieux s’en­trai­der », croit Mme Ku­bi­cki. En ce qui a trait à la sé­cu­ri­té et la pros­pé­ri­té éco­no­mique des femmes, la di­rec­trice ré­gio­nale de Condition fé­mi­nine Canada, Jo­dy Si­mon­son, a fait va­loir que, même si les femmes im­mi­grantes sont plus vul­né­rables à l’in­sé­cu­ri­té éco­no­mique, l’en­tre­pre­neu­riat est un des do­maines où les femmes au Canada connaissent du suc­cès. « Les im­mi­grantes sont plus ca- pables de trou­ver les op­por­tu­ni­tés liées à l’en­tre­pre­neu­riat », a-t-elle pré­sen­té. Un des su­jets qui a sus­ci­té beau­coup de dis­cus­sion tou­chait les dif­fé­rentes formes de dis­cri­mi­na­tion. La re­pré­sen­tante de la Com­mis­sion al­ber­taine des droits de la per­sonne ( Al­ber­ta Hu­man Rights Com­mis­sion), Su­shi­la Sa­my, a rap­pe­lé que les em­ployeurs ne peuvent pas dis­cri­mi­ner contre quel­qu’un à cause de sa race, sa re­li­gion ou son lieu d’ori­gine. Elle a aus­si pré­sen­té les étapes à suivre pour por­ter plainte. « Pour ce qui est du har­cè­le­ment sexuel, au Canada, il n’y a au­cune place dans le mi­lieu du travail pour les com­men­taires de na­ture sexuelle, même quand c’est à la blague », at-elle in­sis­té de­vant la ré­ac­tion in­cré­dule de quelques-uns. Fait à noter, bon nombre de par­ti­ci­pants au fo­rum étaient des hommes, et ceux-ci pre­naient au­tant la parole que les femmes. « C’est cultu­rel. Nous vou­lons bâ­tir en­semble. Nous aus­si, en tant qu’hommes, nous vou­lons les sou­te­nir, leur don­ner un coup de main pour qu’elles réus­sissent. Nous vou­lons al­ler de l’avant pour le bie­nêtre de la fa­mille », avance le di­rec­teur gé­né­ral de l’AJFAS, Lu­ke­ta M’Pin­dou, pour expliquer l’in­té­rêt des hommes pour les en­jeux qui touchent les femmes. Au terme du fo­rum, Ri­ta Tshi­lu­ba in­dique que l’AJFAS fe­ra un re­tour sur la jour­née pour iden­ti­fier les pistes à suivre. « Il y a eu beau­coup de bonne in­for­ma­tion que les femmes et les hommes avaient be­soin d’en­tendre. La pro­chaine étape se­ra de voir ce que l’on peut mettre en place pour as­su­rer un sui­vi », conclut-elle.

Les par­ti­ci­pants au Fo­rum sur les en­jeux tou­chant les femmes im­mi­grantes dis­cutent en­semble après les pré­sen­ta­tions des confé­ren­ciers.

Pho­tos : Gi­nette Bou­lianne

Le di­rec­teur gé­né­ral de l’AJFAS, Lu­ke­ta M’Pin­dou.

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