COUR­RIER DES LEC­TEURS

Le Franco - - Francophonie albertaine -

Le 23 aout 2014,

Mme la Ré­dac­trice,

Il convient très bien de voir la chro­nique de Maître Gé­rard Lé­vesque, qui nous in­forme du che­mi­ne­ment et sur­tout de l’au­to­bio­gra­phie de Ro­ger Tas­sé as­so­cié du ca­bi­net Gow­ling La­fleur Hen­der­son d’Ot­ta­wa où sa pra­tique s’oriente en droit consti­tu­tion­nel, droit ad­mi­nis­tra­tif fé­dé­ral, droit au­toch­tone, droit lin­guis­tique, tant sur le plan de la consul­ta­tion ju­ri­dique que dans ce­lui de la né­go­cia­tion, de la ges­tion de pro­jets et de la plai­doi­rie, pla­cée sous la chro­nique économie in­ti­tu­lée « L’im­por­tance des choix » (Le Fran­co Calgary et Sud de l’Al­ber­ta, aout, 2014, page 9).

Quoi­qu’in­for­ma­tif, sans au­cun doute, je crois qu’une mise en garde soit ap­pro­priée.

Il est vrai que M. Tas­sé était sous-mi­nistre de jus­tice lors des exer­cices de ra­pa­trie­ment consti­tu­tion­nel et qu’une de ses res­pon­sa­bi­li­tés de haut fonc­tion­naire fé­dé­ral était de voir à la ré­dac­tion du texte de la charte se­lon les com­pro­mis po­li­tiques de ses pa­trons, le gou­ver­ne­ment Tru­deau et son mi­nistre Jean Chré­tien, avec un Ca­na­da an­glais au moins 75% op­po­sé au bilinguisme ca­na­dien se­lon les statistiques de l’époque.

Ce­ci nous amène d’évi­dence à une charte qui, tout en nous don­nant un droit d’éga­li­té avec le ci­toyen an­glais, nous le rend très dif­fi­cile d’ac­cès en si­tua­tion mi­no­ri­taire avec l’in­tro­duc­tion du be­soin de faire preuve d’une de­mande im­por­tante, une condi­tion flou et im­pré­cise.

En sa­tis­fai­sant les exi­gences des si­gna­taires hos­tiles et an­gois­sés, ce­ci nous éta­blis­sait dans un sta­tut se­con­daire vis-à-vis le ci­toyen d’ex­pres­sion an­glaise, si nous osions per­sis­ter vivre en si­tua­tion mi­no­ri­taire. Do­ré­na­vant et contrairement au ci­toyen d’ex­pres­sion an­glaise en si­tua­tion ma­jo­ri­taire où la charte éta­blie les droits et li­ber­tés au ci­toyen, nous de­vons faire preuve de col­lec­ti­vi­té en ma­tière de re­con­nais­sance de notre langue of­fi­cielle se­lon la loi, les rè­gle­ments, les cri­tères, les di­rec­tives, les po­li­tiques ad­mi­nis­tra­tives, etc. Et j’en ou­blie.

Ce fut la créa­tion d’un au­to­ma­tisme de che­mi­ne­ment com­mu­nau­taire sur l’au­to­route ju­di­ciaire vers les tri­bu­naux dans un sys­tème d’in­justice réelle. De plus, au cas où un ou une ci­toyenne d’ex­pres­sion fran­çaise en mi­lieu mi­no­ri­taire ose­rait vou­loir avan­cer une cause de dis­cri­mi­na­tion à cause de ses ori­gines an­ces­trales, tout ce fi­lage arach­néen ga­ran­tit notre ex­clu­sion de la soupe du jour aux droits de la per­sonne.

L’im­por­tant à re­te­nir dans le cas de M.Tas­sé est ses choix

Il a choi­si de pra­ti­quer son métier, un choix lé­gi­time et ho­no­rable, et lais­sa la fonc­tion pu­blique où il fut très bien ré­mu­né­ré pour joindre le sec­teur pri­vé où il se dé­die et se dé­voue au ser­vice de qui­conque peut se per­mettre son ta­rif. La com­mu­nau­té fran­co-té­noise a pris connais­sance de Maître Tas­sé lors­qu’il se fit in­tro­duire avo­cat du gou­ver­ne­ment des Ter­ri­toires du Nord-Ouest contre sa com­mu­nau­té fran­co­phone.

Ce gou­ver­ne­ment fé­dé­ral, une créa­ture du gou­ver­ne­ment fé­dé­ral, et sous la tu­telle condi­tion­nelle du mi­nis­tère res­pon­sable du dé­ve­lop­pe­ment du Nord et des af­faires au­toch­tones, ou­ver­te­ment hos­tile aux droits des ci­toyens d’ex­pres­sion fran­çaise qui à ce jour, après avoir per­du sa cause de­vant les tri­bu­naux, ne res­pecte tou­jours pas l’en­semble des or­don­nances des tri­bu­naux.

Je vous sug­gère qu’il est tou­jours meilleur et per­ti­nent de s’ins­pi­rer, dans ce dos­sier, de la quête à une jus­tice so­ciale pour nos ci­toyens d’ex­pres­sion fran­çaise en mi­lieu mi­no­ri­taire, de tout ces hommes et femmes bé­né­voles qui tra­vaillent d’ar­rache-pied à amé­lio­rer le sort de leurs conci­toyens, de ces quelques braves qui exigent le res­pect de leurs droits de­vant les tri­bu­naux et de ces quelques-uns qui sur­prennent de temps en temps comme fit mer­cre­di pas­sé, le 20 août, à l’émis­sion The Mor­ning Show de la chaine de té­lé­vi­sion Glo­bal, Les­lie Ro­berts à To­ron­to lors­qu’il rap­pe­lait au mi­nistre John Baird qu’il doit res­pec­ter que nous sommes un pays bi­lingue et que ce­ci doit se re­flé­ter dans ses tweets, qui à pré­sent ne sont qu’en an­glais.

La cause avance mal­gré les em­buches et c’est le ré­sul­tat de tous ces ef­forts gé­né­reux. Nous de­vons en être re­con­nais­sants ; ce dé­voue­ment in­di­vi­duel fait qu’au­jourd’hui moins de 25% de la po­pu­la­tion d’ex­pres­sion an­glaise s’op­pose tou­jours à un Ca­na­da bi­lingue, se­lon le der­nier re­cen­se­ment cré­dible et avant les cen­sures har­pe­rittes des don­nées.

Ce qu’on lègue à l’his­toire s’écrit par nos ac­tions et non par ce qu’on vou­drait croire et faire croire.

Fer­nand Denault, Ed­mon­ton

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