De la graine à la four­chette

Le 24 aout der­nier, dans le cadre des Al­ber­ta Open Farm Days, Le Fran­co est al­lé vi­si­ter la ferme ur­baine à l’ori­gine des lé­gumes qui ver­dissent les plats du Ca­fé bi­cy­clette.

Le Franco - - D’où ça vient ? -

Der­rière la bruyante ave­nue Whyte, il y a une pe­tite par­celle de na­ture apai­sante. C’est un des champs ur­bains de Re­claim Ur­ban Farm, le pro­jet de deux étu­diants de l’Uni­ver­si­té de l’Al­ber­ta, Ryan Ma­son et Ca­thryn Sprague.

15 sites de plan­ta­tion sur une de­mi-acre en tout. Des lé­gumes de toutes sortes – carottes, bet­te­raves, bé­bés lai­tues, ro­quette, choux fri­sés, cour­gettes, poi­reaux, herbes aro­ma­tiques et fleurs co­mes­tibles – que Ryan et Ca­thryn vendent au mar­ché du centre-ville et dans quelques res­tos. Le Ca­fé bi­cy­clette, si­tué dans La Ci­té fran­co­phone, est de ces res­tau­rants qui aiment la frai­cheur et l’ori­gi­na­li­té des mé­langes de mesclun Re­claim.

Les champs ur­bains de Re­claim Ur­ban Farm sont conçus se­lon le mo­dèle d’agri­cul­ture SPIN (Small plot in­ten­sive agri­cul­ture), ou comment trans­for­mer votre cour avant ou ar­rière en jar­din co­mes­tible, un mo­dèle dé­ve­lop­pé en Sas­kat­che­wan par Wal­ly Sat­ze­wich.

C’est ce que nos deux fer­miers ur­bains font, sur des ter­rains qu’on a bien vou­lu leur « louer » en échange d’une boîte de lé­gumes frais et bio­lo­giques chaque se­maine. Leurs jar­dins co­mes­tibles sont si­tués à Bon­nie Doon, King Ed­ward Park, Plea­sant­view, Queen Alexandra et Gar­neau (le plus grand).

70 % de ce qu’ils font pous­ser sont des lé­gumes verts. La lo­gique est simple : comme ils n’ont pas beau­coup de place, il leur faut des plants qui ne prennent pas trop d’es­pace et qui ont une bonne va­leur mar­chande. Les bé­bés lai­tues de toutes sortes sont par­ti­cu­liè­re­ment ché­ries chez Re­claim. De plus, les res­tau­ra­teurs en sont friands.

Ils uti­lisent que du com­post et de l’en­grais na­tu­rel pour zé­ro im­pact sur l’en­vi­ron­ne­ment. Afin d’évi­ter que les mau­vaises herbes ne prennent le des­sus, mais aussi pour une pro­duc­tion ac­crue, ils plantent à la den­si­té maxi­male que leur per­met le lé­gume. Pour éloi­gner tout fléau, un drap blanc qui res­semble à un lin­ceul – mais qui est en fait un fi­let lais­sant pas­ser l’air et l’eau – est pla­cé sur les lo­pins qui at­tirent par­ti­cu­liè­re­ment les in­sectes. Et pour les la­pins, c’est avec le râ­teau !

Le site dans le quar­tier Gar­neau ap­par­tient au Saint John’s Ins­ti­tute (SJI), un or­ga­nisme à but non lu­cra­tif si­tué sur la Whyte. La ré­colte de ces lo­pins est as­sez grande pour nour­rir tous les ré­si­dents du Saint John’s en sa­lade. « Nous en sommes très contents », in­ter­vient Nad­ja Sz­ram, em­ployée au SJI du­rant le tour gui­dé qu’of­fraient les deux fon­da­teurs de Re­claim le 24 aout der­nier.

Lors de cette vi­site, nos deux fer­miers ur­bains nous ont fait une dé­mons­tra­tion de l’en­se­men­ce­ment du sol qui, à cause des tran­chées très étroites que les se­moirs créent dans la terre, res­semble à une danse.

Les ex­perts

Ryan Ma­son a gran­di sur une ferme. « Une grosse ferme à pou­lets. J’ai vu les consé­quences so­ciales et en­vi­ron­ne­men­tales de ça et j’ai vou­lu faire quelque chose de plus res­pon­sable en ce qui concerne l’im­pact en­vi­ron­ne­men­tal, mais qui nour­rit quand même les gens, » ex­plique-t-il du­rant sa pré­sen­ta­tion.

Ca­thryn, quant à elle, a gran­di en jar­di­nant avec sa mère, qui était pré­sente à la vi­site pour en té­moi­gner, et pour ai­der à do­cu­men­ter l’évé­ne­ment. Les deux amis se sont ren­con­trés à l’uni­ver­si­té lors de leurs études en agri­cul­ture ur­baine et dé­ve­lop­pe­ment du­rable.

Ils ré­coltent 90 % des graines qu’ils plantent, un taux de suc­cès im­pres­sion­nant qui de­mande un dé­voue­ment sans faille. Les jours de travail tran­quilles sont de 10 heures en­vi­ron, mais bien sou­vent, ils les dépassent.

L’ini­tia­tive de la­bou­rer des ter­rains pri­vés a été bien ac­cueillie par la ville d’Ed­mon­ton, qui en a fait un pro­jet pi­lote afin de trans­for­mer en rè­gle­ments tan­gibles, d’ici 2015, ce qui est à ce jour une simple stra­té­gie d’agri­cul­ture ur­baine. Pour l’ins­tant, il est im­pos­sible pour Ca­thryn et Ryan d’avoir ac­cès à des ter­rains pu­blics pour s’y ins­tal­ler de fa­çon plus per­ma­nente.

Par ailleurs, grâce à l’échange ci­toyen qu’im­plique l’uti­li­sa­tion des lo­pins de terre pri­vés, le pro­jet de­meure com­mu­nau­taire.

Re­claim Ur­ban Farm n’ayant pas même at­teint son pre­mier an­ni­ver­saire, Ryan et Ca­thryn vendent pru­dem­ment, s’as­su- rant d’avoir une pro­duc­tion suf­fi­sante pour les be­soins de leurs clients. Du­rant le Fes­ti­val Fringe d’Ed­mon­ton par exemple, Le Ca­fé bi­cy­clette a presque qua­dru­plé ses com­mandes de sa­lades. « Notre style d’agri­cul­ture peut sem­bler in­stable dans le sens que nous n’avons pas la ga­ran­tie d’avoir la su­per­fi­cie de sol pour faire pous­ser nos lé­gumes chaque an­née. Mais le mo­dèle re­pose jus­te­ment sur le fait bâ­tir des re­la­tions du­rables et de l’in­té­rêt des pro­prié­taires qui nous prêtent leur ter­rain », ex- plique Ryan.

Les deux agri­cul­teurs sou­hai­te­raient éven­tuel­le­ment avoir ac­cès à des ter­rains pu­blics pour des champs de plus grande en­ver­gure et à plus long terme. Pour l’ins­tant, si vous voyez un pe­tit jar­din co­mes­tible dans votre voi­si­nage, dites-vous bien que c’est peut-être de là que vient la sa­lade que vous avez man­gé ce mi­di.

Em­ma Hau­te­coeur

« D’où ça vient » est une nou­velle sé­rie du Fran­co. La prove-

nance de cette chose qui ha­bite votre quo­ti­dien vous hante ? Nous re­fe­rons le tra­jet à l’en­vers. Écri­vez-nous à re­dac­[email protected] le­fran­co.ab.ca

Photos : E. H.

Ryan Ma­son ex­plique le fonc­tion­ne­ment d’un de ses se­moirs au vi­si­teurs di­manche.

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