Le car­re­four in­ter­cul­tu­rel re­con­nait...

... les dé­fis des com­mu­nau­tés im­mi­grantes.

Le Franco - - La Une -

Une tren­taine de per­sonnes a as­sis­té au Car­re­four in­ter­cul­tu­rel, dont en­vi­ron la moi­tié étant consti­tuée de nou­veaux ar­ri­vants à Ed­mon­ton.

« Pro­fes­sion­nels d’ici et d’ailleurs : que faire pour mieux s’in­té­grer au ni­veau so­cio­pro­fes­sion­nel en Al­ber­ta ? ». C’est au­tour de cette ques­tion ma­jeure que le Centre d’ac­cueil et d’éta­blis­se­ment a soi­gneu­se­ment choi­si les pa­né­listes.

M. Jean-Marie Yam­baYam­ba, jour­na­liste pour Ra­dio- Ca­na­da, a as­su­ré le rôle de mo­dé­ra­teur et a ou­vert la séance en rap­pe­lant que « ceux qui sont ve­nus de l’ex­té­rieur du Ca­na­da ont été confron­tés d’une ma­nière ou d’une autre à cette ques­tion ».

M. Paulin Mu­la­tris, pro­fes­seur au Cam­pus Saint-Jean et co-di­rec­teur du groupe de re­cherche en in­ter/trans­cul­tu­ra­li­té et im­mi­gra­tion, a in­tro­duit le su­jet de la soi­rée en es­quis­sant les dé­fis d’ordre fa­mi­lial et pro­fes­sion­nel qui at­tendent les nou­veaux ar­ri­vants au Ca­na­da. « Les nou­veaux ar­ri­vants sont ap­pe­lés à se ré­in­ven­ter dans un contexte nou­veau », a-t-il af­fir­mé, no­tant que « contrairement à ce que l’on pense, les femmes semblent mieux s’en sor­tir que les hommes. Elles se ré­adaptent plus fa­ci­le­ment car elles sont prêtes à sur­mon­ter n’im­porte quel défi pour sub­ve­nir aux be­soins de leur fa­mille ». La co­hé­sion fa­mi­liale comme fac­teur de réus­site pour les nou­veaux ar­ri­vants a été un dé­no­mi­na­teur com­mun à tous les pa­ne­listes le long de cette rencontre.

M. Mel­chi­se­dek Is­rael, du Centre d’ac­cueil et d’éta­blis­se­ment, a ex­po­sé quelques statistiques qui re­flètent le flux de nou­veaux ar­ri­vants fran­co­phones ayant fait ap­pel au Centre d’ac­cueil et d’éta­blis­se­ment de­puis 2012. Alors que l’an­née 2013 a vu 839 nou­veaux ar­ri­vants, l’an­née 2014 s’an­nonce dé­jà comme une an­née par­ti­cu­liè­re­ment oc­cu­pée pour le centre d’ac­cueil car entre jan­vier et mars 2014, on re­cence dé­jà 475 nou­veaux ar­ri­vants.

La conseillère en emploi et co­or­don­na­trice du pro­gramme de men­to­rat et chez Ac­cèsEm­ploi, Mar­cel­line Fo­res­tier, a en­suite pris la pa­role pour pré­sen­ter les obs­tacles les plus cou­rant aux­quels font sou­vent face les nou­veaux ar­ri­vants. Elle a éga­le­ment sou­li­gné que les chiffres d’Ac­cès-Emploi suivent la ten­dance à la hausse car, alors qu’en 2009 les nou­veaux ar­ri­vants re­pré­sen­taient 33% de la clien­tèle de l’or­ga­nisme, en 2014 ce chiffre est pas­sé à 75%.

Par­mi les dé­fis les plus cou­rants, Mme Fo­res­tier a ci­té la re­con­nais­sance des di­plômes, l’ac­qui­si­tion d’ex­pé­riences ca­na­diennes, la maî­trise de l’an­glais, la dis­cri­mi­na­tion dans le sec­teur de l’emploi, l’in­adé­qua­tion entre les études faites et la réa­li­té du mar­ché de l’emploi ca­na­dien, la sur­qua­li­fi­ca­tion, l’âge et les dif­fé­rences cultu­relles.

Mme Fo­res­tier a qua­li­fié une par­tie des obs­tacles comme étant sys­té­miques et d’autres comme étant per­son­nels, mais elle a aussi dé­cla­ré que le fait d’ob­te­nir de l’in­for­ma­tion fiable, un bon en­ca­dre­ment et les for­ma­tions né­ces­saires de re­mise a ni­veau, sont la clé de l’ac­cès à l’emploi au Ca­na­da.

Des par­cours pro­fes­sion­nels se­més d’em­buches

Me Dieu­don­né Kan­do­lo, avo­cat ins­crit au bar­reau du Haut-Ca­na­da en On­ta­rio, est ré­cem­ment ins­tal­lé à Ed­mon­ton. Ori­gi­naire de la Ré­pu­blique dé­mo­cra­tique du Con­go, il est ar­ri­vé au Ca­na­da en 1995 à l’âge 31 ans. Comme le fait re­mar­quer le pro­fes­seur Mu­la­tris, le par­cours de Me Kan­do­lo a été « si­nueux, avec beau­coup de hauts et de bas ». Ayant d’abord oc­cu­pé des postes dans des en­tre­pôts du­rant des an­nées, il fait fi­na­le­ment le choix de re­prendre ses études pour re­de­ve­nir avo­cat, car Me Kan­do­lo pos­sé­dait dé­jà une formation en droit, ob­te­nue en Ré­pu­blique Dé­mo­cra­tique du Con­go.

M. Mar­cel La­val­lée, qui fi­gure dans le Dic­tion­naire des ar­tistes et des au­teurs fran­co­phones de l’Ouest ca­na­dien pu­blié par Presses de l’Uni­ver­si­té La­val, a en­suite par­ta­gé son té­moi­gnage. Il a re­tra­cé une tra­jec­toire par­se­mée d’obs­tacles, d’éloi­gne­ment d’avec celle qui de­vint son épouse et de chan­ge­ments de cap du­rant sa car­rière qui lui ont va­lu de deve- nir un dé­fen­seur re­mar­quable de la langue fran­çaise au sein de l’éducation. « Votre défi est grand mais c’est un défi qui est éga­le­ment par­ta­gé par les gens qui sont nés ici », a-t-il dé­cla­ré avant de conclure sur une note très po­si­tive : « Je vous ad­mire et je vous re­mer­cie d’être ve­nus en­ri­chir la vie de nos gens ici, à vous tous la meilleure des chances ».

« L’étoile de cha­cun fi­nit tou­jours par briller »

Le cou­rage des nou­veaux ar­ri­vants se ma­ni­feste éga­le­ment par leur mo­bi­li­té, comme le montre Na­dia qui est ar­ri­vée au Ca­na­da il y a seule­ment quatre mois « di­rec­te­ment du Ma­roc à Fort McMur­ray ». N’y ayant pas « dé­cro­ché du travail » elle n’a pas hé­si­té à ve­nir s’ins­tal­ler à Ed­mon­ton. Avec son di­plôme en mar­ke­ting et com­mu­ni­ca­tion et ses 17 ans d’expérience au sein d’une même en­tre­prise de gé­nie ci­vil, elle pré­voit dans un pre­mier temps d’ac­qué­rir une meilleure maî­trise de l’an­glais : « Si je per­fec­tionne mon an­glais, je sais que je peux dé­cro­cher le travail que je veux dans la com­mu­ni­ca­tion ».

De son cô­té M. Ab­du­lah, qui vit au Ca­na­da de­puis 14 ans, rap­pelle que « la peur de l’in­con­nu at­teint tout le monde mais il faut se rendre in­ac­ces­sible au dé­cou­ra­ge­ment ». Il in­siste éga­le­ment sur l’im­por­tance pour les nou­veaux ar­ri­vants de de­voir éven­tuel­le­ment consi­dé­rer la pos­si­bi­li­té de re­prendre des études dans leur do­maine, voire dans un do­maine connexe, afin de mieux s’in­sé­rer dans le mar­ché de l’emploi au Ca­na­da. « J’en­lève mon cha­peau pour le centre d’ac­cueil qui per­met d’ini­tier de telles séances, des fo­rums de dis­cus­sions pour que les gens puissent trou­ver les bonnes in­for­ma­tions. »

« L’étoile de cha­cun fi­nit tou­jours par briller » conclue-t-il.

Da­vid Pa­redes

Photo : D. P.

De gauche à droite: Mar­cel­line Fo­res­tier, Dou­ti Fa­di­ga, Mar­cel La­val­lée, Dieu­don­né Kan­do­lo, Jean- Marie Yam­ba-Yam­ba (as­sis de­ri et Paulin Mu­la­tris (au lu­trin).

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