Dé­clin du fran­çais au Ca­na­da ou le verre à moi­tié vide

Paul Du­bé

Le Franco - - CHRONIQUE LINGUISTIQUE -

Le ma­thé­ma­ti­cien et dé­mo­graphe Charles Cas­ton­guay, pro­fes­seur ti­tu­laire et main­te­nant re­trai­té de l’Uni­ver­si­té d’Ottawa, a pro­vo­qué une grande in­quié­tude au­près des par­ti­ci­pants d’un col­loque à Ottawa en juin der­nier lors de la pré­sen­ta­tion de son étude sur le dé­clin du fran­çais au Ca­na­da. Celle-ci, axée sur les ré­sul­tats du re­cen­se­ment de 2011, porte sur la perte ou le trans­fert lin­guis­tique, en somme, la baisse du fran­çais d’une gé­né­ra­tion à une autre au Ca­na­da fran­çais.

J’ai été un mau­vais élève (sans doute, les ef­fets no­cifs de la douce re­traite). Deux mois après le­dit col­loque, je com­prends mal mes notes, écrites à la va-vite. Sans comp­ter que pen­dant que je gar­dais un oeil sur les ta­bleaux pré­sen­tés à l’ap­pui de l’ar­gu­men­taire et l’autre dans mon ca­hier, je pen­sais à une fa­çon de contre­dire ou tout au moins de nuan­cer une dé­mons­tra­tion qui me sem­blait écar­ter des élé­ments cru­ciaux de la réa­li­té fran­co­phone ac­tuelle.

Di­sons d’em­blée que mal­gré mon in­at­ten­tion oc­ca­sion­nelle, je peux si­gna­ler quelques sta­tis­tiques re­te­nues et les ten­dances évo­quées par le pro­fes­seur ain­si que les ré­ac­tions des par­ti­ci­pants (ve­nant de toutes les uni­ver­si­tés fran­co­phones du pays) aba­sour­dis et abat­tus par ces « ef­frayantes nou­velles » (ayant pris sans bron­cher notre spé­cia­liste au mot). Ce­lui-ci qui de­puis long­temps se fait le chantre du verre à moi­tié vide quant à la sur­vie des com­mu­nau­tés fran­co­phones du Ca­na­da, a trou­vé des mots élo­quents pour iden­ti­fier la res­pon­sa­bi­li­té par­ta­gée entre ins­ti­tu­tions et gou­ver­ne­ments par rap­port à cette chro­nique d’une mort an­non­cée. Son rôle semble ce­pen­dant se li­mi­ter à pro­phé­ti­ser la fin du Ca­na­da fran­çais, à vou­loir sus­ci­ter en même temps un éveil na­tio­nal, en gar­dant sur­tout un oeil tour­né vers le Qué­bec qu’il per­çoit sur la pente douce d’un glis­se­ment dan­ge­reux. Un peu sur le mode de la chan­son Mom­my de Marc Gé­li­nas (chan­tée sou­vent par Pauline Julien).

Il ne fait pas de doute que ces ten­dances et chiffres doivent nous in­ter­pel­ler, nous in­ci­ter à l’ac­tion, créer dans cha­cune des ré­gions des mo­bi­li­sa­tions or­ga­ni­sées afin non seu­le­ment d’ar­rê­ter le glis­se­ment vers la ma­jo­ri­té an­glo­phone, mais de conscien­ti­ser aus­si les in­di­vi­dus à leurs res­pon­sa­bi­li­tés per­son­nelles dans cette ré­sis­tance. Un exemple en­core ti­ré des sta­tis­tiques re­le­vés par M. Cas­ton­guay : au Ma­ni­to­ba, chez les fran­co­phones eux-mêmes, 58% des per­sonnes âgées de 35 à 45 ans (c’est-à-dire les pa­rents d’en­fants d’âge sco­laire) parlent plus l’an­glais que le fran­çais à la mai­son. En On­ta­rio, la pro­vince où se trouve le plus grand nombre de fran­co­phones à l’ex­té­rieur du Qué­bec, ce même phé­no­mène se chiffre à 47%.

Tel qu’in­di­qué plus haut, les par­ti­ci­pants au col­loque sont res­tés dé­con­cer­tés et pro­fon­dé­ment trou­blés par cet état de fait re­le­vé des sta­tis­tiques du der­nier re­cen­se­ment. Des spé­cia­listes sta­tis­ti­ciens pour­raient ap­por­ter des nuances si­gni­fi­ca­tives à la lec­ture qu’en a faite le pro­fes­seur Cas­ton­guay, et je le sou­haite, mais il me semble aus­si qu’il y a toute une bat­te­rie de fac­teurs qu’il faut ajou­ter pour vé­ri­fier la dé­mons­tra­tion que la fran­co­pho­nie ca­na­dienne en est à son der­nier souffle ou pas. On ré­flé­chit en­semble et je vous re­viens sur la ques­tion à ma pro­chaine chro­nique (« Dé­clin du fran­çais au Ca­na­da ou le verre à moi­tié plein ») pour nuan­cer les pro­pos de notre col­lègue d’Ottawa, et pro­po­ser quelques re­mèdes.

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