Les de­man­deurs d’asile pri­vés de per­mis de conduire

Le Franco - - TÉLÉVISION -

« À Ed­mon­ton, la voi­ture, ce n’est pas un luxe. 90 % des an­nonces d’em­ploi de­mandent le per­mis », es­time G.S., un de­man­deur d’asile ori­gi­naire de la Ré­pu­blique du Con­go (Con­go-Braz­za­ville) qui pré­fère ne pas don­ner son nom com­plet.

Pour­tant, on lui in­ter­dit de pas­ser son per­mis de conduire. Un do­cu­ment de Ser­vice Al­ber­ta da­té du 20 fé­vrier 2014 ex­plique noir sur blanc que : « Si vous êtes en Al­ber­ta dans le cadre d’une de­mande d’asile en cours ou re­fu­sée, vous […] n’avez pas le droit d’avoir un per­mis de conduire albertain ou une carte d’iden­ti­té al­ber­taine, même si vous avez un per­mis de tra­vail émis par le gou­ver­ne­ment fé­dé­ral ».

Ar­ri­vé au Qué­bec en oc­tobre 2012, G.S. a im­mé­dia­te­ment lan­cé la pro­cé­dure de de­mande d’asile. Sous la dic­ta­ture congo­laise, « [sa] vie était en dan­ger ». À Mon­tréal, le fran­co­phone res­sent un cer­tain « choc des cultures » et ne trouve pas d’em­ploi cor­res­pon­dant à sa for­ma­tion en tech­niques com­mer­ciales. « C’était soit un tra­vail de mi­sère, soit il fal­lait être bi­lingue ».

« Au­tant ap­prendre l’an­glais en im­mer­sion », se dit fi­na­le­ment G.S.. En fé­vrier 2014, il dé­barque donc à Ed­mon­ton où il réa­lise qu’il ne pour­ra pas conduire de voi­ture. « La pre­mière fois, on n’a pas été clair : on m’a de­man­dé d’ap­por­ter des preuves d’adresse. La deuxième, on a re­fu­sé de m’ins­crire au per­mis classe 7 ». Ce der­nier per­met de conduire ac­com­pa­gné et donne ac­cès au per­mis pro­ba­toire qui, lui, per­met de pas­ser le per­mis classe 5.

Pour le mo­ment, G.S. tra­vaille en tant que pré­pa­ra­teur de co­lis entre 2h et 10h du ma­tin. Ha­bi­tant en co­lo­ca­tion dans l’ouest d’Ed­mon­ton, il doit prendre le bus chaque jour pour al­ler sur l’ave­nue Whyte – le tra­jet dure une heure – où il re­trouve un col­lègue qui l’em­mène en voi­ture au tra­vail, à 15 mi­nutes de là. L’après-mi­di, il en­chaîne sur des cours d’an­glais de 13h à 16h. « Au dé­but, je som­no­lais, je me fai­sais vio­lence… », se rap­pelle le Congo­lais.

Le 5 sep­tembre, G.S. est pas­sé en au­dience au tri­bu­nal, presque deux ans après le dé­but de la pro­cé­dure de de­mande d’asile. « J’ai le sen­ti­ment que ce­la s’est bien pas­sé, j’au­rai une ré­ponse dans un ave­nir proche », ex­plique-t-il.

Son avo­cat Me Kan­do­lo es­time que le fait de pri­ver les de­man­deurs d’asile de per­mis de conduire « laisse en­tendre qu’ils n’ont droit qu’à des pe­tits bou­lots pour ne pas concur­ren­cer les Al­ber­tains ». Il es­père prou­ver qu’il s’agit d’une po­li­tique dis­cri­mi­na­toire contraire à la Charte ca­na­dienne des droits et li­ber­tés.

Heu­reu­se­ment, les de­mandes d’asiles sont au­jourd’hui trai­tées en deux mois en­vi­ron, contre deux ans au­pa­ra­vant.

Pho­to d’il­lus­tra­tion : A. B.

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