Cause sco­laire fran­co­phone du Yu­kon : la FPFA et le Qué­bec sont au nombre des in­ter­ve­nants

Le Franco - - NEWS - par Me Gé­rard Lévesque

Le 21 jan­vier der­nier, la Cour su­prême du Ca­na­da a en­ten­du une autre cause re­la­tive à l’ar­ticle 23 de la Charte ca­na­dienne des droits et li­ber­tés. Il s’agit du dos­sier Com­mis­sion sco­laire fran­co­phone du Yu­kon c. Pro­cu­reure gé­né­rale du Ter­ri­toire du Yu­kon.

En plus des deux par­ties, il y a eu les in­ter­ve­nants sui­vants : la pro­cu­reure gé­né­rale du Qué­bec, le pro­cu­reur gé­né­ral de la Sas­kat­che­wan, le pro­cu­reur gé­né­ral des TNO, le pro­cu­reur gé­né­ral de la Co­lom­bie-Bri­tan­nique, le com­mis­saire aux langues of­fi­cielles du Ca­na­da, la Fé­dé­ra­tion des pa­rents fran­co­phones de l’Al­ber­ta (FPFA), le Conseil sco­laire fran­co­phone de la Co­lom­bie-Bri­tan­nique, la Fé­dé­ra­tion des pa­rents fran­co­phones de Co­lom­bie-Bri­tan­nique, la Fé­dé­ra­tion na­tio­nale des conseils sco­laires fran­co­phones et la Fé­dé­ra­tion des com­mu­nau­tés fran­co­phones et aca­dienne du Ca­na­da.

Sur toutes les pages des mé­moires des par­ties et des in­ter­ve­nants, il est ins­crit qu’il y a une interdiction de pu­bli­ca­tion. Au dé­but de l’au­dience, la juge en chef a in­di­qué que l’or­don­nance d’interdiction de pu­bli­ca­tion vise à pro­té­ger l’iden­ti­té d’un en­fant et de ses pa­rents. Les do­cu­ments re­la­tifs aux af­faires fai­sant l’ob­jet d’une or­don­nance de non-pu­bli­ca­tion peuvent tou­te­fois être consul­tés par le pu­blic et par les médias. Et les per­sonnes in­té­res­sées à vi­sion­ner en dif­fé­ré le dé­rou­le­ment de l’au­dience peuvent le faire grâce au site In­ter­net de la Cour su­prême du Ca­na­da.

Le dos­sier sou­lève les ques­tions consti­tu­tion­nelles sui­vantes :

1. Les ar­ticles 2, 5 et 9 du Rè­gle­ment sur l’ins­truc­tion en fran­çais du Yu­kon contre­viennent-ils à l’ar­ticle 23 de la Charte ca­na­dienne des droits et li­ber­tés ?

2. Dans l’af­fir­ma­tive, s’agit-il d’une at­teinte por­tée par une règle de droit dans des li­mites qui sont rai­son­nables et dont la jus­ti­fi­ca­tion peut se dé­mon­trer dans une so­cié­té libre et dé­mo­cra­tique sui­vant l’ar­ticle pre­mier de la Charte ca­na­dienne des droits et li­ber­tés?

Dans son mé­moire, la FPFA rap­pelle que l’ar­ticle 23 de la Charte doit être in­ter­pré­té de fa­çon ré­pa­ra­trice et prend la po­si­tion que le Rè­gle­ment du Yu­kon en­freint la Charte ca­na­dienne. À l’op­po­sé, le Qué­bec « sou­tient la va­li­di­té consti­tu­tion­nelle des dis­po­si­tions contes­tées du Rè­gle­ment du Yu­kon, les­quelles pré­sentent plu­sieurs si­mi­li­tudes avec les dis­po­si­tions de la Charte de la langue fran­çaise ».

Après avoir sou­li­gné que le lé­gis­la­teur qué­bé­cois fait preuve d’ou­ver­ture en ma­tière de droits sco­laires en ac­cor­dant à sa mi­no­ri­té an­glo­phone des droits qui vont au-de­là du mi­ni­mum cons­ti­tu­tion­nel éta­bli par l’ar­ticle 23, le Qué­bec in­dique son op­po­si­tion à toute in­ter­pré­ta­tion de cet ar­ticle qui au­rait comme consé­quence d’élar­gir le pou­voir de ges­tion et de contrôle des re­pré­sen­tants de la mi­no­ri­té. « Dans le contexte qué­bé­cois où l’an­glais exerce un fort pou­voir d’at­trac­tion sur les fran­co­phones et les al­lo­phones, un tel élar­gis­se­ment du pou­voir de ges­tion et de contrôle des re­pré­sen­tants de la mi­no­ri­té an­glo­phone au­rait de graves consé­quences sur la pro­tec­tion de la langue fran­çaise et sur l’or­ga­ni­sa­tion du ré­seau sco­laire. »

La re­con­nais­sance d’un tel pou­voir aux re­pré­sen­tants de la mi­no­ri­té an­glo­phone « com­pro­met­trait le fra­gile équi­libre de la dy­na­mique lin­guis­tique qué­bé­coise et nui­rait à la pro­tec­tion du fran­çais dont la vi­ta­li­té bé­né­fi­cie non seu­le­ment aux Qué­bé­cois, mais aus­si à l’en­semble des fran­co­phones du Ca­na­da. »

Cette in­ter­ven­tion du Qué­bec contre la dé­marche d’une com­mu­nau­té fran­co­phone éta­blie dans un ter­ri­toire à ma­jo­ri­té an­glo­phone rap­pelle le triste sou­ve­nir de la si­tua­tion vé­cue par les Fran­co-Al­ber­tains, le 14 juin 1989, alors que le Qué­bec s’est pré­sen­té de­vant le plus haut tri­bu­nal du pays pour s’op­po­ser à notre re­ven­di­ca­tion de ges­tion de nos éta­blis­se­ments d’en­sei­gne­ment. Heu­reu­se­ment, dans ce dos­sier-là, le 15 mars 1990, la Cour su­prême du Ca­na­da don­na rai­son à Jean-Claude Ma­hé, An­ge­line Mar­tel, Paul Du­bé et l’As­so­cia­tion de l’école Georges et Ju­lia Bu­gnet.

le­vesque.ge­[email protected]­pa­ti­co.ca

Vous pou­vez lire l’ar­ticle de La Li­ber­té en page 5.

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