HEC­TOR GOU­DREAU QUITTE LA PO­LI­TIQUE : TÉ­MOI­GNAGES

Le dé­pu­té et an­cien mi­nistre res­pon­sable du Se­cré­ta­riat fran­co­phone, Hec­tor Gou­dreau, a an­non­cé le 27 jan­vier qu’il ne se re­pré­sen­te­rait pas dans Dun­ve­gan-Cen­tral Peace. Au cré­pus­cule d’une car­rière po­li­tique bien rem­plie, nous avons de­man­dé à ceux qui l

Le Franco - - LA UNE -

Dans quel contexte avez-vous connu Hec­tor Gou­dreau?

Marc Ar­nal : J’ai ren­con­tré Hec­tor Gou­dreau dans le contexte de mes res­pon­sa­bi­li­tés de doyen au Cam­pus Saint-Jean à une pé­riode où on es­sayait de faire construire un édi­fice de sciences et où, dans la même pé­riode, on a mis de l’avant un col­lège. Hec­tor, ce n’est pas une per­sonne qui fai­sait énor­mé­ment de bruit mais quand on lui de­man­dait d’or­ga­ni­ser quelque chose ou de faire des contacts, il nous ques­tion­nait pre­miè­re­ment et, en­suite, j’ai tou­jours trou­vé qu’il était ef­fi­cace pour nous em­me­ner à bon port. Dans le dos­sier de l’édi­fice de sciences, avec le concours d’Hec­tor Gou­dreau, on avait réus­si à ren­con­trer le mi­nistre (de l’Édu­ca­tion su­pé­rieure) qui à l’époque était De­nis He­rard. Et je crois que si M. He­rard avait été là plus long­temps, on l’au­rait eu notre édi­fice de sciences. Mal­heu­reu­se­ment, quand M. He­rard est par­ti, il n’y avait pas la même com­pré­hen­sion du dos­sier à l’As­sem­blée lé­gis­la­tive.

De­nis Ducharme : J’ai eu le pri­vi­lège de ser­vir avec Hec­tor pour une pé­riode de huit ans. Parce qu’on était fran­co­phones, on a tra­vaillé pour la cause, pour la fran­co­pho­nie.

De­nis Tar­dif : J’ai connu Hec­tor il y a de nom­breuses an­nées, même avant sa car­rière po­li­tique. Dans ma pre­mière car­rière comme en­sei­gnant, j’avais en­sei­gné à Beau­mont qui était son vil­lage na­tal. J’avais en­sei­gné à ses jeunes frères et soeurs et j’avais

bien connu ses pa­rents. Lorsque j’ai com­men­cé en 1999 comme di­rec­teur gé­né­ral du Se­cré­ta­riat fran­co­phone, M. Gou­dreau n’était pas en­core élu. J’ai eu dès son élec­tion le plai­sir de tra­vailler avec lui sur les dos­siers des par­le­men­taires parce qu’il avait été nom­mé comme membre ac­tif pour la pro­vince de l’Al­ber­ta au sein de l’As­so­cia­tion des par­le­men­taires.

Cin­die Leb­lanc : Moi, je l’ai ren­con­tré comme papa d’une des mes amies de classe quand on était toutes les deux dans la ré­gion de Ri­vière-la-Paix. En­suite, nos des­tins se sont croi­sés de nou­veau quand j’étais em­ployée du gou­ver­ne­ment de l’Al­ber­ta alors qu’il était dé­pu­té. Par­lez-nous un peu de lui et de son en­ga­ge­ment pour la fran­co­pho­nie ?

De­nis Tar­dif : Comme M. Ducharme avant lui, j’ai beau­coup ap­pré­cié tra­vailler avec M. Gou­dreau lors­qu’il a pris la res­pon­sa­bi­li­té du Se­cré­ta­riat fran­co­phone. On a fait, je pense, des avan­cées in­té­res­santes et on a ma­ni­fes­té des appuis ac­crus pour la fran­co­pho­nie sous sa di­rec­tion comme mi­nistre.

La der­nière an­née du man­dat de M. Ducharme, c’était la pre­mière fois qu’un mi­nistre avait été nom­mé res­pon­sable du Se­cré­ta­riat fran­co­phone (sous le mi­nis­tère du Développement com­mu­nau­taire à cette époque). Avant ça, c’était un dé­pu­té qui s’as­so­ciait à des mi­nistres pour la plu­part an­glo­phones. Il était la pre-

mière per­sonne qui a vrai­ment sai­si l’avan­tage d’être mi­nistre et d’avoir une res­pon­sa­bi­li­té en­vers la fran­co­pho­nie. Quand Ali­son Red­ford est ar­ri­vée et qu’il a per­du son poste de mi­nistre, il a quand même lais­sé une di­rec­tion, une vi­sion pour le se­cré­ta­riat que Mme Klim­chuk a pour­sui­vi.

Cin­die Leb­lanc : Hec­tor était là dans les an­nées de gros bud­gets mais aus­si dans les an­nées dif­fi­ciles. Il a vrai­ment réus­si à sen­si­bi­li­ser ses col­lègues. C’était des gens qui, dans leurs contextes in­di­vi­duels, n’avaient ja­mais cô­toyé la com­mu­nau­té. Grâce à lui, il y a eu des rap­pro­che­ments lo­caux avec les dé­pu­tés. Quelles étaient ses plus grandes qua­li­tés po­li­tiques ?

Marc Ar­nal : Les com­mu­nau­tés de Ri­vière-la-Paix et de Fal­her ont tou­jours été des com­mu­nau­tés très vi­vantes et Hec­tor l’était aus­si, étant sor­ti de Beau­mont ini­tia­le­ment mais ayant été agro­nome là-bas. Un agro­nome, c’est quel­qu’un qui connaît tout le monde, qui tra­vaille avec les fer­miers, les agri­cul­teurs qui sont des gens fort in­dé­pen­dants. Ça prend beau­coup de doig­té. Comme di­sait mon père qui était agro­nome aus­si, tu ne peux pas leur dire quoi faire, mais leur sug­gé­rer ce qui peut être avan­ta­geux pour eux. Le pro­ces­sus amène les gens à dé­ve­lop­per des ca­pa­ci­tés de mé­dia­tion et à créer des liens. Le rôle qu’il a pu jouer au Se­cré­ta­riat fran­co­phone, c’est un peu com­pa­rable au rôle qu’il de­vait jouer comme agro­nome. Il de­vait convaincre… Il de­vait tra­vailler avec des gens qui n’avaient pas la même vi­sion du monde que lui mais il de­vait les ame­ner es­sen­tiel­le­ment à voir son point de vue.

Cin­die Leb­lanc : Comme jeune fonc­tion­naire qui com­men­çait au gou­ver­ne­ment, cet homme po­li­tique re­pré­sen­tait pour moi un mo­dèle d’en­ga­ge­ment. J’es­père qu’il y en au­ra d’autres comme lui qui se re­pré­sen­te­ront. Pas seule­ment dans sa cir­cons­crip­tion mais qui vont se voir in­ter­pe­lés par une car­rière po­li­tique. Avec son re­trait de la vie po­li­tique, on perd un très grand al­lié. Mais je suis sûre que ce n’est pas la fin de la contri­bu­tion d’Hec­tor Gou­dreau au mi­lieu fran­co­phone. Quel est son prin­ci­pal ac­com­plis­se­ment se­lon vous ?

Marc Ar­nal : Je pense que le plus grand ac­com­plis­se­ment, ça a été de conti­nuer le tra­vail qui avait été amor­cé par ses pré­dé­ces­seurs (au Se­cré­ta­riat fran­co­phone). Ça a ga­gné de la lé­gi­ti­mi­té sur­tout à cause des ta­lents de per­sua­sion des mi­nistres res­pon­sables. Mal­heu­reu­se­ment, plus ré­cem­ment, l’in­té­rim avec Cal Dal­las, je ne pense pas que ça ait été très glo­rieux, mais avec Mme Klim­chuk ça a re­pris du poil de la bête. Ce n’est pas né­ces­sai­re­ment en iden­ti­fiant des choses pré­cises, mais en re­gar­dant dans le ré­tro­vi­seur et en voyant tous les chan­ge­ments qui ont ai­dé la fran­co­pho­nie, on peut dire que le Se­cré­ta­riat a fait un fi­chu bon tra­vail.

De­nis Ducharme : On a été ca­pables de tra­vailler sur le sec­teur de la san­té en fran­çais pour les per­sonnes âgées de la com­mu­nau­té fran­co­phone d’Ed­mon­ton. On a été ca­pables de faire des chan­ge­ments avec l’aide de Mme Tar­dif quand elle était doyenne pour éta­blir un pro­gramme fran­co­phone pour l’en­trai­ne­ment des garde-ma­lades et on a beau­coup été im­pli­qués avec le Centre de

san­té Saint-Tho­mas.

Cin­die Leb­lanc : Par­mi les gros gains qu’on a pu cé­lé­brer, c’est cer­tai­ne­ment la confir­ma­tion du fi­nan­ce­ment pour La Ci­té fran­co­phone. C’est grâce à lui qu’on a pu al­ler cher­cher plu­sieurs mil­lions. Non seule­ment un en­ga­ge­ment du gou­ver­ne­ment pro­vin­cial mais aus­si le le­vier né­ces­saire pour l’en­ga­ge­ment du fé­dé­ral et du mu­ni­ci­pal. Avez-vous des sou­ve­nirs par­ti­cu­liers ? Des anec­dotes ?

Marc Ar­nal : Ce n’est pas une très belle his­toire né­ces­sai­re­ment mais j’avais ren­con­tré un des mi­nistres pro­vin­ciaux et quelques fonc­tion­naires haut pla­cés dans le mi­nis­tère de l’Édu­ca­tion su­pé­rieure, et Hec­tor était à la réunion. Je de­vais les ren­con­trer avec le vice-pré­sident de l’uni­ver­si­té et il a dû se dé­sis­ter à la der­nière mi­nute. Alors je me suis re­trou­vé face à ces gens-là et, pour une rai­son ou une autre, ils n’étaient pas de bonne hu­meur et ils m’ont vrai­ment mas­sa­cré. Hec­tor, quand il a vu ce qu’il se pas­sait, est in­ter­ve­nu. Il a cal­mé les es­prits de tout le monde et il a re­mis la réunion à une date sub­sé­quente. Le vice-pré­sident a pu par­ti­ci­per et cette deuxième réunion a eu tout un autre ton parce qu’à l’époque De­nis He­rard avait était nom­mé pour rem­pla­cer le mi­nistre pré­cé­dent. Hec­tor a mis fin à ce qui était de­ve­nu une épreuve pour moi.

De­nis Ducharme : Je m’en rap­pelle quand j’étais mi­nistre, il m’avait in­vi­té dans sa cir­cons­crip­tion et il a pas­sé de 9h du ma­tin à 9h du soir à me dé­mon­trer toutes les choses qui avaient be­soin d’être amé­lio­rées dans sa com­mu­nau­té. Il avait l’oreille pour faire de sa com­mu­nau­té une meilleure place pour vivre. Quelles sont ses prin­ci­pales qua­li­tés hu­maines ?

Marc Ar­nal : Quand on peut dire d’un po­li­ti­cien qu’il est ho­no­rable, éthique et qu’il nous écoute, je pense qu’on en a dit beau­coup.

De­nis Ducharme : Je l’ai tou­jours connu comme un ami. On a fait beau­coup de voyages en­semble avec nos épouses. Hec­tor em­me­nait sou­vent sa mère et on n’a eu que du bon temps.

De­nis Tar­dif : Il a tou­jours été pré­sent… Il n’a ja­mais man­qué un Rond Point. Il a été chaque an­née à la Fête Fran­co pour don­ner le dis­cours d’inau­gu­ra­tion et il a tou­jours été pré­sent à SaintI­si­dore pour le car­na­val. Même moi, je n’y étais pas tou­jours au car­na­val. Son en­ga­ge­ment était plus qu’un en­ga­ge­ment ver­bal.

Propos recueillis par Em­ma Hau­te­coeur

Pho­to : bu­reau du dé­pu­té Dun­ve­gan- Cen­treal Peace

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