« J’aime la ca­pa­ci­té d’abs­trac­tion du fran­çais »

La pièce Tra­jet dit se­ra pré­sen­tée en lec­ture pu­blique les 27 et 28 fé­vrier à 20h, dans l’atrium de La Ci­té fran­co­phone, à l’in­vi­ta­tion de L’Uni­Théâtre (entre 5 et 10 $ sans abon­ne­ment). L’au­teure Do­nia Moun­sef nous en dit un peu plus.

Le Franco - - THEATRE - Ar­thur Bayon

« Le théâtre peut ra­con­ter des choses très dif­fi­ciles sans avoir re­cours au sen­sa­tion­nel », es­time Do­nia Moun­sef, dra­ma­turge, poète et pro­fes­seure à l’Uni­ver­si­té de l’Al­ber­ta. Sa pièce Tra­jet dit ra­conte l’his­toire d’un en­fant tué dans un ac­ci­dent de voi­ture se­lon trois points de vue : ce­lui du père « qui ne sait pas com­ment gé­rer son deuil », ce­lui de l’ac­cu­sé « qui veut échap­per à toute res­pon­sa­bi­li­té » et ce­lui du mur, té­moin pri­vi­lé­gié.

« Quand on est en deuil, le monde de tous les jours change en­tiè­re­ment. J’ai vou­lu cap­ter cette at­mo­sphère, ce sen­ti­ment d’im­pos­si­bi­li­té de vivre », ex­plique l’au­teure bi­lingue d’ori­gine li­ba­naise. Elle a no­tam­ment en­sei­gné le théâtre à l’Uni­ver­si­té de Yale (États-Unis) avant de re­ve­nir don­ner des cours à Ed­mon­ton, où elle avait étu­dié.

« Je vis dans dif­fé­rentes langues… J’écris en fran­çais et en an­glais mais très peu en arabe, que j’ai un peu per­du, confie Do­nia Moun­sef. L’an­glais m’in­ter­pelle par son as­pect concret mais j’aime la ca­pa­ci­té d’abs­trac­tion du fran­çais. » Bien sûr, d’autres au­teurs di­ront peut-être l’in­verse… « On s’exile dans la langue et en même temps on y trouve des re­fuges », es­time la dra­ma­turge, ajou­tant que « dans un mi­lieu an­glo­phone, il faut aus­si re­ven­di­quer sa place ! »

La pre­mière par­tie de Tra­jet dit avait dé­jà été mise en scène en 2014 par le Theatre Yes et jouée dans un as­cen­seur du cen­tre­ville d’Ed­mon­ton, puis dans un autre as­cen­seur de La Ci­té fran­co­phone à l’oc­ca­sion du Grand mar­ché des arts. Ce­pen­dant, les lec­tures pu­bliques des 27 et 28 fé­vrier à 20h, dans l’atrium de La Ci­té fran­co­phone, per­met­tront de dé­cou­vrir la pièce en en­tier pour la pre­mière fois.

« C’est presque un théâtre ra­dio­pho­nique », s’en­thou­siasme Do­nia Moun­sef, puis­qu’il s’agit d’écou­ter un texte et d’ima­gi­ner le reste. « Ce qu’on perd au ni­veau tech­nique, on le gagne au ni­veau de l’écoute », as­sure la dra­ma­turge, qui dit avoir hâte de dé­cou- vrir les ré­ac­tions des spec­ta­teurs. « En gé­né­ral, mon pu­blic est très en­ga­gé, il prend ses au­teurs à coeur ! »

Ces lec­tures pu­bliques per­met­tront à Do­nia Moun­sef d’opé­rer d’éven­tuelles mo­di­fi­ca­tions dans le texte pour le rendre plus dy­na­mique. L’au­teure es­père que sa pièce se­ra en­suite mise en scène in­té­gra­le­ment car elle consi­dère avant tout le théâtre comme un art spa­tial.

Pho­to : cour­toi­sie Alexa Simon

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