Faire fi des dif­fé­rences pour s’éman­ci­per

La cé­lé­bra­tion du Mois de l’his­toire des noirs, sa­me­di 28 fé­vrier à l’Afri­ca Centre, a per­mis aux com­mu­nau­tés afri­caines d’Ed­mon­ton de par­ta­ger leurs suc­cès, tout en dis­cu­tant de leurs dé­fis et de leurs fai­blesses.

Le Franco - - MOIS DE L'HISTOIRE DES NOIRS -

« En tant qu’Afri­cains et noirs, on n’a pas beau­coup de mo­ments pour cé­lé­brer. Et nous avons trou­vé que les gens ont sou­vent beau­coup de sté­réo­types de l’être afri­cain, de l’être noir. On a re­mar­qué que les gens ont aus­si une cer­taine igno­rance vis-à-vis des suc­cès, des ac­com­plis­se­ments des gens d’ori­gine afri­caine », fait re­mar­quer le di­rec­teur du co­mi­té d’or­ga­ni­sa­tion de l’évé­ne­ment, Ibra­him Ka­ri­dio.

C’est l’une des rai­sons pour les­quelles la jour­née de sa­me­di avait à son me­nu une pré­sen­ta­tion his­to­rique des luttes afri­caines, met­tant en ve­dette les grands lea­ders noirs, les plus connus étant Fre­de­rick Dou­glass, Nel­son Man­de­la et… Oba­ma. « Ce qui dé­montre qu’Oba­ma est bien afri­cain, c’est qu’il ne s’im­plique dans rien sans en être le chef», ter­mine l’au­teur Guy Ar­mel Baye­gnak, qui don­nait la pré­sen­ta­tion. « Nous avons beau­coup de di­ri­geants [dans nos com­mu­nau­tés afri­caines im­mi­grantes], des gens d’ac­tion, mais on ou­blie que ce sont des gens ai­mables, po­lis et pa­ci­fistes », pense M. Ka­ri­dio.

Les fes­ti­vi­tés ont donc com- men­cé par des dis­cours des re­pré­sen­tants de l’Afri­ca Centre ain­si que de la ville d’Ed­mon­ton, y com­pris le maire Don Yve­son et les conseillers Bev Ess­lin­ger et Dave Lo­ken. Ont sui­vi la pré­sen­ta­tion his­to­rique de M. Baye­gnak et l’or­ga­ni­sa­tion de la foule en groupes de dis­cus­sions au­tour des thèmes de la jour­née : au­to­no­mi­sa­tion, lea­der­ship et hé­ri­tage, le tout en­tre­la­cé de pres­ta­tions mu­si­cales et dan­santes – sur scène et dans le salle – au rythme du groupe mul­ti­cul­tu­rel Wa­j­jo et de la troupe de danse ca­me­rou­naise Po­mae. La jour­née fut clô­tu­rée par un dé­fi­lé de mode avec des cos­tumes de toute l’Afrique et un re­pas abon­dant. Plus de 400 per­sonnes s’y sont pré­sen­tées, en comp­tant les tout pe­tits et les jeunes qui ont pu pro­fi­ter de la gar­de­rie et des ac­ti­vi­tés pa­ra­sco­laires de l’Afri­ca Centre.

« Cet évé­ne­ment, on l’a vou­lu bi­lingue », in­siste Ibra­him Ka­ri­dio, qui note que la cé­lé­bra­tion du Mois de l’his­toire des noirs a com­men­cé comme une ac­ti­vi­té fran­co­phone seule­ment. « Mais cette his­toire n’est pas seule­ment une his­toire noire pour le taux de mé­la­nine dans la peau, c’est une his­toire uni­ver­selle. On a es­sayé de faire ve­nir tout le monde », dit-il.

« Nous » ou « je »

Ce ras­sem­ble­ment est em­blé- ma­tique de ce que les dix com­mu­nau­tés afri­caines d’Ed­mon­ton ont de la dif­fi­cul­té à ac­com­plir au quo­ti­dien. C’est en tout cas la conclu­sion qui est res­sor­tie de la table ronde sur l’au­to­no­mi­sa­tion.

Lors de celle-ci, cer­tains par­ti­ci­pants ont men­tion­né les dif­fi­cul­tés d’in­té­gra­tion et l’in­ca­pa­ci­té d’as­su­rer celle des gé­né­ra­tions fu­tures. « Nous avons l’im­pres­sion que le sys­tème ici ne sou­tient pas nos en­fants », men­tionne une ma­man dans la foule. Ibra­him Ka­ri­dio ra­joute en en­tre­vue que beau­coup d’Afri­cains sont des en­tre­pre­neurs, mais qu’une fois ar­ri­vé ici, « ils doivent four­nir dou­ble­ment d’ef­forts pour avoir des contrats et vendre leurs ser­vices et leurs ha­bi­le­tés. »

Le pré­sident de la Com­mu­nau­té ivoi­rienne d’Ed­mon­ton, Gis­card Ko­diane, pense que « la so­lu­tion c’est l’or­ga­ni­sa­tion ». Sur le pa­nel, l’avo­cat Dieu­don­né Kan­do­lo – qui fait éga­le­ment la tra­duc­tion si­mul­ta­née des in­ter­ven­tions vers le fran­çais – ren­ché­rit : « Nous nous sommes com­pa­rés tout à l’heure aux In­diens, au Chi­nois ; c’est l’Inde, la Chine. L’Afrique a plus de 50 pays ! Est-ce que nos be­soins sont les mêmes ? La ré­ponse est oui. Mais est-ce que nous pou­vons sur­pas­ser nos di­vi­sions na­tio­nales pour de­ve­nir un seul parce que nous avons une com­mu­nau­té de be­soins ? » C’est là que le bât blesse, pense Me Kan­do­lo. Les pays afri­cains étant eux-mêmes frag­men­tés par les ap­par­te­nances tri­bales, ces di- vi­sions se re­pro­duisent sou­vent dans le pays d’ac­cueil. Pour­tant, « notre in­ter­lo­cu­teur, et je parle des ca­na­diens blancs, nous voit comme un mais nous, nous nous com­por­tons comme des in­di­vi­dus dif­fé­rents », sou­tient l’avo­cat avant de conclure que « si nous ne pou­vons pas ré­gler nos di­vi­sions in­ternes, nous al­lons échouer ».

Lors de l’évé­ne­ment de sa­me­di, les dix com­mu­nau­tés afri­caines ont fait front com­mun, se sont ex­pri­mées li­bre­ment et ont dé­mon­tré qu’elles n’avaient pas be­soin d’être te­nues par la main, sui­vant les conseils de la pré­si­dente de l’Afri­ca Centre, Bea­trice Ghet­tu­ba. Et tout ce­ci de­vant le maire d’Ed­mon­ton qui s’est dit im­pres­sion­né par leur lea­der­ship. Il a éga­le­ment pro­mis que l’Afri­ca Centre au­rait un nou­veau centre dans quelques an­nées. « Bev Ess­lin­ger, ap­puyée à l’una­ni­mi­té par le conseil mu­ni­ci­pal, a mis de l’ar­gent de cô­té pour la concep­tion du bâ­ti­ment », a-t-il an­non­cé à la foule.

Em­ma Hau­te­coeur

La pré­si­dente de la Fran­co­pho­nie al­ber­taine plu­rielle, Jeanne Leh­man, Fai­zath Yal­lou et Me Dieu­don­né Kan­do­lo par­ti­ci­paient au ca­fé ci­toyen sur l’au­to­no­mi­sa­tion.

Pho­tos : E. H.

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