« On de­vient une fa­mille très vite »

Ca­rol Prieur a gran­di en Ir­lande et en France avant de dé­mé­na­ger à Van­cou­ver, puis à Win­ni­peg et à Mon­tréal, où elle ré­side de­puis 20 ans. C’est une des dan­seuses de la Com­pa­gnie Ma­rie Choui­nard qui pré­sen­te­ra les spec­tacles Gym­no­pé­dies et Hen­ri Mi­chaux

Le Franco - - DANSE -

Pour quelle rai­son avez-vous com­men­cé à dan­ser ?

Ca­rol Prieur : Je ne sais pas… C’était juste quelque chose que je vou­lais faire. Quand on a dé­mé­na­gé au Ca­na­da (à Van­cou­ver, alors qu’elle avait 11 ans, NDLR), on ha­bi­tait dans un quar­tier et il y avait une école de danse. J’ai com­men­cé comme ça. […] À l’Uni­ver­si­té Simon Fra­ser, il y avait un pro­gramme de danse et un pro­gramme de ki­né­sio­lo­gie. […] Je vou­lais faire les deux. Après la pre­mière an­née, je vou­lais juste faire [de la danse] ! C’est pour­quoi je suis en­suite al­lée à Win­ni­peg, qui était vrai­ment une école pro­fes­sion­nelle. Avez-vous tou­jours fait de la danse contem­po­raine ?

CP : Dans ma pe­tite école de quar­tier, on fai­sait un peu de tout, rien de strict. J’ai conti­nué dans le do­maine mo­derne mais c’est sûr que, dans l’en­traî­ne­ment d’une dan­seuse, il y a tou­jours un peu de clas­sique. Dé­pen­dam­ment de l’école, le pour­cen­tage va chan­ger. Je n’ai pas une grande for­ma­tion en clas­sique… Ça fai­sait tou­jours par­tie du cur­ri­cu­lum des écoles […] mais je n’ai ja­mais été très bonne en clas­sique ! (rires) Est-ce dif­fi­cile de vivre pro­fes­sion­nel­le­ment de la danse ?

CP : Je pense que ça dé­pend de ce que vous avez comme stan­dards de vie, de vos ha­bi­tudes. C’est sûr que c’est une vie où on doit être ou­vert aux chan­ge­ments, [ac­cep­ter de] dé­mé­na­ger d’une ville, d’un pays. […] Si on est prêt à être dans cet in­con­nu, cette in­sta­bi­li­té, ça aide. J’ai été as­sez chan­ceuse. […] Mon­tréal, c’est une ville qui n’est pas chère, très abor­dable pour des dan­seurs. […] Mais c’est sûr que les dan­seurs

n’ont pas une vie de luxe. Com­ment avez-vous re­joint la Com­pa­gnie Ma­rie Choui­nard ?

CP : Quand j’étais étu­diante à Win­ni­peg, la com­pa­gnie est ve­nue à un festival de danse. Ma­rie pré­sen­tait la pre­mière pièce de groupe qu’elle avait faite, Les Trous du Ciel. […] J’ai été vrai­ment frap­pée vis­cé­ra­le­ment, at­ti­rée par l’éner­gie. Les Trous du Ciel, c’est une pièce où il n’y a pas de mu­sique : toute la bande so­nore est faite par les voix des dan­seurs. […] J’étais fas­ci­née par le tra­vail presque théâ­tral. Ça frô­lait dif­fé­rents mondes, ce n’était pas de la danse ly­rique, mais vrai­ment autre chose. Ça tou­chait à un ima­gi­naire qui me par­lait. C’était ma pre­mière rencontre avec la com­pa­gnie.

Plu­sieurs an­nées plus tard, j’étais à Mon­tréal pour un pro­jet. Ma­rie fai­sait des au­di­tions et une amie m’a dit : ‘‘Viens avec moi’’. Je tra­vaillais dé­jà à Win­ni­peg, j’étais gê­née… mais j’y suis al­lée. Ma­rie ne cher­chait pas une femme à l’époque mais elle a in­vi­té plu­sieurs des dan­seurs qui étaient à l’au­di­tion – on était peut- être six – à res­ter et à tra­vailler pen­dant deux se­maines avec la com­pa­gnie. J’avais le temps alors je suis res­tée. On a juste dé­ve­lop­pé une re­la­tion comme ça. Six mois plus tard, elle avait be­soin d’une dan­seuse, elle m’a ap­pe­lé et là j’ai re­joint la com­pa­gnie.

Avez-vous une mé­thode pour gé­rer le stress ?

CP : Moi c’est le temps. Quand j’ai le temps de me pré­pa­rer et de m’échauf­fer, ça me sou­lage et ça me déstresse. […] Par exemple, dans le spec­tacle Gym­no­pé­dies, je ré­cite un texte donc la voix fait par­tie de mon échauf­fe­ment et m’aide à ré­chauf­fer tout le corps. […]

Si­non, la na­ta­tion. Dans chaque ville, je trouve une pis­cine et je m’en vais dans l’eau. C’est vrai­ment une fa­çon pour moi de gar­der la forme, d’être en mou­ve­ment. […] Je trouve que c’est im­por­tant de ne pas tou­jours être en train de ‘‘ fo­cu­ser’’ sur ce qu’on fait, d’avoir une sé­pa­ra­tion puis de re­ve­nir. Com­ment fonc­tionne la collaboration entre les dan­seurs de la com­pa­gnie ?

CP : On de­vient une fa­mille très vite à cause de la na­ture de ce tra­vail et parce qu’on est tou­jours en tour­née. On a be­soin d’éta­blir quelque chose qui est très fluide. On est loin de nos fa­milles et de nos mai­sons, alors on de­vient une fa­mille. C’est un tra­vail tel­le­ment in­tense et in­time. […] Dès qu’on monte sur scène, il y a un grand res­pect pour les uns et les autres. Et quand on voit quel­qu’un qui va de plus en plus loin dans le tra­vail, ça nous ins­pire. C’est comme ça qu’on conti­nue à gran­dir, à évo­luer dans l’art de la scène. Com­ment pré­sen­te­riez-vous Gym­no­pé­dies

et Mou­ve­ments ?

CP : Gym­no­pé­dies, c’est une pièce poé­tique, ro­man­tique et éro­tique qui touche à la sen­sua­li­té. Il y a aus­si le tra­vail des clowns qui ap­porte un cô­té hu­main, même sa­ti­rique. […] Et on a tous dû ap­prendre le pia­no ! […]

Mou­ve­ments, c’est vrai­ment la phy­si­ca­li­té crue et les émo­tions. […] On passe à tra­vers toutes sortes d’états d’être. […] J’ai un lien as­sez spé­cial avec Mou­ve­ments car, il y a dix ans, c’était créé pour moi comme un so­lo. Après, Ma­rie l’a ame­née un peu plus loin pour que ça de­vienne une pièce de groupe. Elle a re­çu ce livre (d’Hen­ri Mi­chaux, NDLR) comme ca­deau et c’était tou­jours un pro­jet qu’elle vou­lait faire pour el­le­même. Le fait d’avoir ce défi de texte (elle doit ré­ci­ter un très long mo­no­logue, NDLR), c’est un autre trip […]. J’aime le fait de goû­ter à autre chose. Vous venez d’être dis­tin­guée aux Prix de la danse de Mon­tréal. Qu’est-ce que ce­la re­pré­sente pour vous ?

C’est énorme. C’est quelque chose qui m’a bou­le­ver­sée. Je suis en­tou­rée de dan­seurs in­croyables et être choi­sie pour re­pré­sen­ter ce tra­vail me touche pro­fon­dé­ment. […] Il n’y avait pas de prix pour les in­ter­prètes avant, il y a quelque chose d’his­to­rique là-de­dans. Ça va don­ner un genre de boost à la com­mu­nau­té, une fier­té.

Propos recueillis par Ar­thur Bayon

Pho­to : cour­toi­sie Com­pa­gnie Ma­rie Choui­nard

Gé­rard Reyes, Ma­riusz Os­trows­ki, James Vi­vei­ros, Lu­cy May, Lu­cie Mon­grain, Leon Kup­fer­sch­mid et Ca­rol Prieur.

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