D’un rire et d’une rive… à l’autre

Fran­çois Massicotte ani­mait le 7 mars deux re­pré­sen­ta­tions du Ga­la Juste pour rire dans le cadre des Ren­dez-vous de la fran­co­pho­nie, avec une poi­gnée de jeunes hu­mo­ristes émer­gents. Le Fran­co s’est en­tre­te­nu avec lui de l’évo­lu­tion de l’hu­mour, d’un rire

Le Franco - - RENDEZ-VOUS DE FRANCOPHONIE -

Pour­quoi avez-vous été choi­si pour être porte-pa­role des Ren­dez-vous de la fran­co­pho­nie ?

Je n’ai ja­mais su pour­quoi c’était moi, j’ai peut-être per­du une ga­geure en quelque part ou peu­têtre parce que je suis le vé­té­ran. Je suis ren­du là, c’est ren­du moi le ca­pi­taine de l’équipe. Ça me fait plai­sir parce que je trouve ça for­mi­dable comme pro­jet. Je ne suis ja­mais ve­nu à Ed­mon­ton et je me suis de­man­dé pour­quoi je n’étais ja­mais ve­nu. Ça fait trente ans que je fais des shows. Il y au des­sus de 40 000 fran­co­phones qui ha­bitent à Ed­mon­ton, pour­quoi je ne suis ja­mais ve­nu faire un show à Ed­mon­ton ? Il était temps. Et pour­quoi on n’en fait pas plus ? J’es­père que ça va se dé­ve­lop­per un peu plus. C’est au­tant de po­pu­la­tions fran­co­phones que plu­sieurs villes au Qué­bec, comme par exemple Drum­mond­ville.

Com­ment est-ce que vous ex­pli­quez ce­la ?

C’est dif­fi­cile à ex­pli­quer. Il y en a qui n’y pen­saient pas, qui n’y croyaient pas ou qui le sa­vaient pas… vrai­ment je suis éton­né. J’ai dé­jà fait Win­ni­peg en 93, les au­di­tions Juste pour rire, où j’avais ren­con­tré Maxim Mar­tin, qui avait ga­gné le concours. J’ai dé­jà fait un show à Van­cou­ver, du­rant les Olym­piques en 2010. On connaît le Nou­veau-Bruns­wick, parce qu’il y a beau­coup de fran­co­phones là-bas… mais même To­ron­to, il y a énor­mé­ment de fran­co­phones à To­ron­to. Pour­quoi est-ce qu’on ne fait pas de show ja­mais à To­ron­to en fran- çais ? Il y a quelque chose là, c’est sûr.

Com­ment se passe la tour­née jus­qu’à main­te­nant ?

Su­per bien ! On a fait des shows exemples dans l’est de l’On­ta­rio. On sent que le pu­blic est content de sa­voir qu’on va vers eux avec des shows en fran­çais. On sent qu’il n’y en a pas beau­coup. Ils sont vrai­ment contents quand on ar­rive. Ça a été la réac­tion à Corn­wall la se­maine pas­sée : 600 per­sonnes, je pense le plus grand nombre de spec­ta­teurs pour un spec­tacle en fran­çais à Corn­wall dans l’his­toire de la ville. C’est for­mi­dable, ils ré­agis­saient vrai­ment très fort. Ce soir ce n’est pas une aus­si grande salle, mais ça n’a pas d’im­por­tance. Quand le pu­blic est cha­leu­reux et en feu, on s’amuse.

Est-ce qu’ani­mer ce ga­la vous a per­mis de ren­con­trer des ar­tistes de la re­lève ?

Oui, hon­nê­te­ment, oui ! C’est im­por­tant parce que là je suis en tour­née mais je suis un peu seul. Je connais les hu­mo­ristes de ma gé­né­ra­tion mais les nou­veaux, je ne les connais pas tant que ça. Et j’en dé­couvre qui me font rire énor­mé­ment. Wow ! Je suis vrai­ment im­pres­sion­né par la qua­li­té des hu­mo­ristes de la nou­velle gé­né­ra­tion parce que je me rends compte que dans notre temps, c’était pas aus­si bon, pas aus­si tight, aus­si ori­gi­nal, au­tant de cha­risme et d’ai­sance sur scène. Je suis vrai­ment im­pres­sion­né. C’est le pu­blic qui en bé­né­fi­cie, c’est for­mi­dable. En plus, étant don­né qu’il y en a beau­coup plus qu’avant, ils ont da­van­tage d’oc­ca­sions de faire des shows et c’est pour ça qu’ils se dé­ve­loppent ra­pi­de­ment et de­viennent très bons. Ça me per­met même d’avoir des liens de tra­vail, j’en rencontre : « Je suis au­teur ». Ah ben tiens, j’ai en­vie de tra­vailler sur un nou­veau pro­jet avec quel­qu’un qui a des nou­velles idées. Je viens de faire ça avec Pierre Bru­no-Ri­vard. J’ai­me­rais ça tra­vailler avec lui en tant qu’au­teur.

Est-ce qu’en vous cô­toyant de cette fa­çon, vous dé­pei­gnez l’un sur l’autre, vous vous influencez ?

Tout m’in­fluence tout le temps ! J’ai fait l’émis­sion Opi­nion co­mique et j’ai vu trois bons hu­mo­ristes que je connais­sais un peu mais quand même… Il y en a un que j’ai dé­cou­vert – Simon Gouache – ex­cellent. Et dans cette émis­sion-là, ils font des nou­veaux nu­mé­ros à chaque se­maine sur l’ac­tua­li­té. J’étais là : « Mon Dieu ! Quel tra­vail ! Ça ne pa­rais­sait pas du tout que c’était un nou­veau numéro. Ça riait très fort. Et oui, ça m’a mo­ti­vé ! Je re­tombe en amour avec mon mé­tier dans ce temps-là même si ça fait aus­si long­temps que je le fais. Le len­de­main, j’ai fait un show et mon tech­ni­cien m’a dit : « Ça fait long­temps que t’as pas fait un bon show comme ça ! » Ça te ré­veille, ça mo­tive.

Est-ce qu’il faut adap­ter le conte­nu des shows pour une tour­née à l’ex­té­rieur du Qué­bec ?

Pas du tout. À chaque fois que je suis quelque part, je fais des blagues sur l’en­droit. Avant, on de­vait adap­ter juste une chose, c’était les ré­fé­rences sur les émis­sions de té­lé­vi­sion qui ne pas­saient pas ici pour des rai­sons que, dans le temps, il n’y avait que Ra­dioCa­na­da qui était ici dans l’Ouest. Main­te­nant, toutes les chaines sont là, il n’y a pas de rai­son que je ne parle pas de La Voix parce que per­sonne n’écoute TVA… C’est pas vrai. Peut-être que si on par­lait trop de po­li­tique qué­bé­coise… peut-être que je sen­ti­rais que les gens ne suivent pas au­tant qu’au Qué­bec, mais comme je n’en parle pas énor­mé­ment non plus, il n’y a pas de rai­son.

Propos recueillis par Em­ma Hau­te­coeur

Pho­to : E. H.

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