Le plan conser­va­teur pour la dua­li­té lin­guis­tique : feuille de route ou écran de fu­mée?

Le Franco - - LETTRE OUVERTE - Sté­phane Dion, porte-pa­role li­bé­ral pour les langues officielles et dé­pu­té de Saint-Laurent – Car­tier­ville

En ce mois de la fran­co­pho­nie, il convient de se de­man­der si le gou­ver­ne­ment du Ca­na­da a en­core un plan d’ac­tion pour la dua­li­té lin­guis­tique ca­na­dienne. Il le pré­tend et il ap­pelle ce­la la feuille de route. En fait, je suis per­sua­dé que cel­le­ci n’est qu’un faux-sem­blant, une vi­trine qui sert à faire croire que le gou­ver­ne­ment en fait beau­coup, un écran de fu­mée der­rière le­quel le gou­ver­ne­ment cache ses com­pres­sions.

Per­sonne n’est obli­gé de me croire; il suf­fit de je­ter un re­gard ob­jec­tif sur les chiffres. Le pre­mier plan d’ac­tion, ce­lui qui s’est éche­lon­né de 2003 à 2008 et que les com­mu­nau­tés de langue of­fi­cielle ont la bon­té d’ap­pe­ler en­core le Plan Dion, com­por­tait des ob­jec­tifs pré­cis et me­su­rables. Le tout était ap­puyé par un fi­nan­ce­ment de 751 mil­lions de dol­lars ré­par­tis sur cinq ans. Il s’agis­sait vrai­ment d’ar­gent neuf qui s’ajou­tait au fi­nance- ment des pro­grammes exis­tants. C’est ain­si qu’en page 26, on peut lire que pour l’édu­ca­tion, le plan « ajoute au mon­tant ac­tuel de 929 mil­lions de dol­lars sur cinq ans la somme de 381,5 mil­lions de dol­lars. » Le fi­nan­ce­ment du plan crois­sait d’an­née en an­née.

Par­ve­nus au pou­voir, les Conser­va­teurs ont per­du de vue ces ob­jec­tifs d’en­semble. On n’a plus qu’un ra­mas­sis de pro­grammes sans ob­jec­tif me­su­rable, sans vi­sée, sans vi­sion… et sans ar­gent neuf.

À peu de choses près, les Conser­va­teurs n’ont fait que re­con­duire le fi­nan­ce­ment du plan li­bé­ral au ni­veau qu’il avait at­teint à sa cinquième an­née. Ce fai­sant, ils ont créé l’illu­sion d’une gé­né­ro­si­té ac­crue : un plan quin­quen­nal de 1,109 mil­liard de dol­lars plu­tôt que de 751 mil­lions. Ils s’en sont beau­coup van­tés, mais rap­pe­lons-le : il s’agis­sait de fonds dont les mi­nis­tères dis­po­saient dé­jà.

Le ta­bleau ci-des­sus nous montre la prin­ci­pale consé­quence de cette stag­na­tion.

On voit qu’entre la der­nière an­née du plan d’ac­tion li­bé­ral (2008) et la pé­riode sui­vante, né­go­ciée par les Conser­va­teurs, le bud­get glo­bal oc­troyé aux pro­vinces et aux ter­ri­toires dans le cadre du Pro­to­cole d’en­tente re­la­tif à l’en­sei­gne­ment dans la langue de la mi­no­ri­té et à l’en­sei­gne­ment de la langue se­conde a aug­men­té de... 0 $ ! Et dans la phase sui­vante (2013-2018) de... moins de 0,4% ! Donc ces feuilles de route conser­va­trices vont don­ner aux pro­vinces en 2018 à peu près ce qu’elles avaient ob­te­nu en 2007, et ce­ci en dol­lars cou­rants, sans te­nir compte de l’in­fla­tion !

Se ca­chant der­rière l’écran de fu­mée de cette feuille de route faite d’ar­gent re­cy­clé, le gou­ver­ne­ment conser­va­teur a cou­pé dans les autres pro­grammes mi­nis­té­riels consa­crés aux langues officielles. En si­tua­tion mi­no­ri­taire, les com­mu­nau­tés de langue of­fi­cielle en ont d’au­tant plus pâ­ti qu’elles ne dis­posent pas des mêmes éco­no­mies d’échelle que la ma­jo­ri­té pour ab­sor­ber ces com­pres­sions bud­gé­taires.

Je ne dis pas que le bud­get fé­dé­ral doive al­louer aux langues officielles 750 mil­lions de dol­lars de plus tous les cinq ans. Je dis qu’une soi-di­sant feuille de route qui n’ap­porte ni vi­sion, ni plan d’en­semble, ni ar­gent frais n’est qu’une fu­mis­te­rie.

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