...avec un chauf­feur Uber

Lan­cé à Ed­mon­ton en dé­cembre 2014, le ser­vice de trans­port entre par­ti­cu­liers Uber pose pro­blème à la Ville, qui a dé­po­sé en fé­vrier une in­jonc­tion pour que l’en­tre­prise cesse ses ac­ti­vi­tés. L’au­di­tion à la Cour du Banc de la Reine a été re­por­tée au 26 ma

Le Franco - - LA UNE - Propos recueillis par Ar­thur Bayon

Quel est ton tra­vail prin­ci­pal ?

Je suis pi­giste, co­mé­dien au ci­né­ma et je tra­vaille en té­lé­vi­sion en tant qu’ani­ma­teur : je fais du rem­pla­ce­ment à Ra­dio-Ca­na­da ici en Al­ber­ta et à la nou­velle chaîne fran­co­phone Unis, pour une émis­sion qui s’ap­pelle Cou­leurs lo­cales. Je fais aus­si de l’ani­ma­tion d’évè­ne­ments et de la réa­li­sa­tion. Mes ho­raires sont vrai­ment non conven­tion­nels. Chaque se­maine est dif­fé­rente. C’est pour ça que j’ai la li­ber­té d’en­tre­prendre des trucs comme Uber.

Pour­quoi as-tu dé­ci­dé de tra­vailler pour Uber ?

[… ] Je suis vrai­ment fan de ce sys­tème. Je ne suis pas né­ces­sai­re­ment fan de Uber en tant que com­pa­gnie, mais c’est vrai­ment une idée brillante. Ce­la crée de nou­velles op­por­tu­ni­tés de trans-

port dans notre ville. [...]

Com­ment s’est pas­sé le re­cru­te­ment ?

J’ai trou­vé ça im­pres­sion­nant. Le cô­té sé­cu­ri­taire de Uber est très dé­ve­lop­pé. [...] J’ai fait mon ap­pli­ca­tion en ligne, ça m’a pris peut-être une de­mi-heure pour ré­pondre à toutes sortes de ques­tions. J’ai dû en­voyer plu­sieurs do­cu­ments : évi­dem­ment mes as­su­rances, mon en­re­gis­tre­ment de voi­ture, mon ca­sier ju­di­ciaire, mon his­to­rique en tant que chauf­feur et des pho­tos de ma voi­ture (elle doit avoir quatre portes et pas plus de six ans je pense). [...].

Com­bien d’heures par se­maine tra­vailles-tu à Uber ?

Je n’en fait pas énor­mé­ment. Même si je suis contrac­tuel, je suis as­sez chan­ceux dans le sens où mon ho­raire est as­sez char­gé ! Mais si j’ai un après­mi­di où je suis en ville, où je fais des com­mis­sions, je vais al­lu­mer mon ap­pli­ca­tion. Si quel­qu’un a be­soin d’un lift, je pour­rais le faire à ce mo­ment­là. [...] Je n’ai au­cune contrainte d’ho­raire mais je trouve Uber as­sez ac­tif dans le sens où je re­çois des tex­tos deux ou trois fois par jour di­sant : “Hey c’est l’heure de pointe, beau­coup de gens en ville cherchent un lift”. Je re­çois des cour­riels et, des fois, des coups de té­lé­phone… Je les trouve un peu tan­nants de ce cô­té-là ! C’est une com­pa­gnie éva­luée à 40 mil­liards de dol­lars donc ils font en sorte de faire le plus de pro­fits pos­sibles. [...]

Uti­lises-tu d’autres ser­vices entre par­ti­cu­liers ?

Je me sers beau­coup d’AirBnB (ser­vice de lo­ca­tion d’ap­par­te­ments ou de mai­sons entre par­ti­cu­liers, NDLR) et je trouve que cette com­pa­gnie a vrai­ment un sens com­mu­nau­taire. Les gens se posent les ques­tions, se poussent, se mo­tivent entre eux pour amé­lio­rer le ser­vice et in­ci­ter d’autres per­sonnes à se joindre à cette com­mu­nau­té, un peu par­tout dans le monde. Uber est une com­pa­gnie qui s’im­pose. Elle ar­rive dans une ville et dit : voi­ci notre ser­vice, ça va vrai­ment amé­lio­rer votre vie, voi­ci notre fa­çon de faire. Je les trouve un peu bul­ly dans le sens où ils ne vont pas né­ces­sai­re­ment suivre les re­com­man­da­tions ou les sou­haits de la Ville. [...]

Com­ment as-tu vé­cu la pé­riode de gra­tui­té de Uber ? (fin jan­vier, dé­but fé­vrier)

Je me suis connec­té la pre­mière fois au dé­but de la se­maine gra­tuite. Pen­dant une jour­née, ça a été tel­le­ment ra­pide à cause de la po­pu­la­ri­té du ser­vice sur les cam­pus uni­ver­si­taires... Tous les jeunes qui étaient ha­bi­tués à prendre l’au­to­bus se di­saient : ‘‘Pour­quoi prendre l’au­to­bus quand je peux avoir un ser­vice de taxi gra­tuit ?’’ Ça a été as­sez spec­ta­cu­laire [...].

Com­ment es-tu ré­mu­né­ré ?

Tu es payé par ki­lo­mètre et aus­si par mi­nute. Je ne me sou­viens plus des chiffres exacts mais met­tons que c’est 30 cennes la mi­nute et 95 cennes le ki­lo­mètre. Pen­dant la se­maine gra­tuite, j’ai fait 40 $ de l’heure, ce qui est quand même as­sez ex­tra­or­di­naire. En de­hors de ça, main­te­nant que ce n’est plus gra­tuit, je pense que les gens font beau­coup moins : peut-être 1015 $ de l’heure. Tu es payé as­sez bien mais il faut que ça roule, que tu em­barques une per­sonne après l’autre.

Quels sont les points à amé­lio­rer à Uber ?

La com­pa­gnie a vrai­ment be­soin d’amé­lio­rer son image parce qu’ils ont be­soin de co­opé­rer avec les mu­ni­ci­pa­li­tés. Quand on les in­ter­dit de fonc­tion­ner, ils trouvent d’autres fa­çons de le faire. J’ai trou­vé un ar­ticle au su­jet de Bar­ce­lone où Uber avait été in­ter­dit. Ils ont dé­ve­lop­pé un ser­vice de trans­port de nour­ri­ture. Pour les res­tau­rants qui au­raient ha­bi­tuel­le­ment un chauf­feur pour faire la li­vrai­son de com­mandes au té­lé­phone, main­te­nant les chauf­feurs sont sur l’ap­pli­ca­tion Uber. La com­pa­gnie tombe dans une nou­velle gamme de lois sur les res­tau­rants et les hô­tels… Ils n’ont pas à adhé­rer aux lois sur les ser­vices de trans­port. J’ai trou­vé ça as­sez brillant mais c’est pas né­ces­saire : il y a d’autres fa­çons de col­la­bo­rer.

Quels sont tes clients ?

Pour moi, ça a été beau­coup de jeunes, des gens qui ont des té­lé­phones in­tel­li­gents, qui sont adeptes de la tech­no­lo­gie mo­derne. Pour ce qui est du pro­fil, ça va­rie. [...] Il y a beau­coup d’étu­diants – ou des gens à re­ve­nus moyens et bas – parce qu’ils ont moins d’ar­gent pour se ser­vir des ser­vices de taxis.

Ac­tuel­le­ment, y a-t-il suf­fi­sam­ment de taxis à Ed­mon­ton ?

Il y a un manque de ser­vices pen­dant les heures de pointe, no­tam­ment les ven­dre­dis et les sa­me­dis soirs. Ça de­vient dan­ge­reux à 2-3h du ma­tin. Des fois, il y a des gens qui se battent pour un taxi et il peut y avoir 20-30 per­sonnes qui at­tendent le même taxi. Il y a moins de li­cences dans ces heures-là pour les chauf­feurs de taxis et moins de chauf­feurs qui veulent le faire.

Puis je pense que le ser­vice de taxis de fa­çon gé­né­rale a vrai­ment be­soin d’être amé­lio­ré. Je vais vous don­ner un exemple : la der­nière fois que j’ai pris un taxi, c’était juste avant Noël. Ma femme et moi, on s’en al­lait à l’aé­ro­port, il était 5h du ma­tin. On était même pas sor­ti de notre rue ré­si­den­tielle que notre chauf­feur a cou­pé [la route] d’un autre chauf­feur, les deux se sont en­gueu­lés et ça a presque fi­ni en ba­taille. C’est moi qui ai du in­ter­ve­nir. Il y a un manque de sé­cu­ri­té dans les taxis et je pense que les ser­vices comme Uber vont for­cer les com­pa­gnies de taxis à faire de grands chan­ge­ments.

Pho­to : A. B.

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