Et la fran­co­pho­nie ?

Mar­di 5 mai, le Nou­veau Par­ti dé­mo­cra­tique (NPD) a ga­gné. C’est un mo­ment his­to­rique dans la po­li­tique al­ber­taine, puisque cette vic­toire met fin au règne du Par­ti conser­va­teur. Se­lon Ra­chel Not­ley, la fu­ture nou­velle pre­mière mi­nistre de l’Al­ber­ta, de n

Le Franco - - LA UNE - Hé­lène Le­quitte

Un tsu­na­mi orange a dé­fer­lé mar­di 5 mai sur l’Al­ber­ta. 54 dé­pu­tés néo- dé­mo­crates ont été élus sur un to­tal de 87, chas­sant les conser­va­teurs au pou­voir de­puis 1971. Pour le pré­sident de l’ACFA (As­so­cia­tion ca­na­dienne-fran­çaise de l’Al­ber­ta) Jean John­son, il ne fait au­cun doute que le peuple a par­lé : « C’est une nou­velle réa­li­té, je trouve ça mo­ti­vant. Les Al­ber­tains ont li­vré un mes­sage fort. Pour nous, l’ACFA, c’est in­té­res­sant de voir com­ment on va tra­vailler avec le NPD ».

Les fran­co­phones ab­sents du dis­cours de Not­ley

Suite à l’an­nonce de la vic­toire de son par­ti, c’est une Ra­chel Not­ley sou­riante qui s’est ex­pri­mée. Elle a évo­qué sa vo­lon­té de ras­sem­bler les dif­fé­rentes couches de la so­cié­té, en pas­sant des plus riches aux plus pauvres, sans omettre les au­toch­tones, mais nulle men­tion de la fran­co­pho­nie. Cet ou­bli de dé­part montre l’ab­sence de la fran­co­pho­nie dans les prio­ri­tés du NPD. Un man­que­ment qui n’a pas non plus échap­pé à Jean John­son. « Il y a en­core beau­coup de tra­vail, il faut main­te­nir le dia­logue avec les membres de l’équipe de Mme Not­ley, comme [ le dé­pu­té d’Ed­mon­ton High­land­sNor­wood et an­cien chef du NPD] Brian Ma­son qui ne parle pas fran­çais mais qui a une sym­pa­thie fran­co­phile et [ le dé­pu­té d’Ed­mon­ton-Be­ver­ly- Cla­re­view] De­ron Bi­lous qui le parle un peu ».

Pour Jean John­son, tra­vailler avec le gou­ver­ne­ment au pou­voir et les op­po­sants a tou­jours fait par­tie de la dé­marche de l’ACFA. Il se de­mande quels autres élus pour­raient avoir une fibre fran­co­phile. Le but im­mé­diat de M. John­son se­rait d’étendre ses contacts avec des per­sonnes d’in­fluence telles que Ray Mar­tin et Raj Pan­nu qui ont eux aus­si une sen­si­bi­li­té fran­co­phone ; des al­liés po­ten­tiels afin d’éta­blir un dia­logue avec Mme Not­ley se­lon Jean Jonh­son. C’est donc tout un tra­vail en amont qui est à re­faire, afin d’ame­ner la nou­velle pre­mière mi­nistre à se fa­mi­lia­ri­ser avec les fran­co­phones et leurs be­soins. « En 2015, je trouve ça in­ac­cep­table qu’il n’y ait pas de po­li­tique fran­co­phone en Al­ber­ta », dé­nonce Jean John­son. Et c’est là où le bât blesse !

Les pro­blé­ma­tiques de la fran­co­pho­nie mi­no­ri­taire ne datent pas d’hier et re­quièrent la re­con­nais­sance et la mise en place d’un sta­tut po­li­tique clair. Par le pas­sé, des cas comme la cause Ca­ron-Boutet, ou bien le ju­ge­ment Mer­cure ont dé­mon­tré la dif­fi­cul­té d’ob­te­nir la pu­bli­ca­tion des lois pro­vin­ciales en fran­çais. La Loi sur les langues officielles a sou­vent fait l’ob­jet d’un sa­bo­tage bu­reau­cra­tique. Les ma­gis­trats n’ont eu de cesse de se ren­voyer la balle en plai­dant la va­li­di­té ou non de l’ar­ticle 110 de l’Acte des Ter­ri­toires du Nord- Ouest.

Avec l’ar­ri­vée du NPD, Jean John­son es­père un re­nou­veau concer­nant le sta­tut po­li­tique de la fran­co­pho­nie. Si le NPD veut se dif­fé­ren­cier du Par­ti conser­va­teur, il de­vra alors amor­cer un dia­logue avec toutes les strates de la so­cié­té.

Le NPD, un choix par dé­faut ?

Après la vic­toire de son par­ti, Ra­chel Not­ley est at­ten­due au tour­nant. Son ca­bi­net n’est pas en­core consti­tué qu’elle a dé­jà évo­qué cer­tains chan­ge­ments qui ne sont pas au goût de tous. Par exemple, re­voir le taux d’im­po­si­tion des grandes en­tre­prises qui passe de 10 à 12%. Marc Trem­blay, pré­sident- di­rec­teur gé­né­ral du Conseil de développement éco­no­mique de l’Al­ber­ta (CDÉA), met en garde quant au cli­mat alar­miste que cer­tains dis­til­lent dé­jà concer­nant l’ar­ri­vée de Mme Not­ley : « Ce qui m’in­quiète, c’est que des gens ap­puient sur le bou­ton d’alarme. Il faut don­ner sa chance à l’équipe de Mme Not­ley de com­po­ser son ca­bi­net ». L’ar­ri­vée du NPD au pou­voir marque une nou­velle idéo­lo­gie. Mais de quelle idéo­lo­gie parle-t- on ? Pour le PDG du CDÉA, la vic­toire du NPD est un choix par dé­faut : « Ce par­ti a été élu car les gens ne veulent plus des conser­va­teurs, ce n’est pas pour les dé­mo­crates ». Si le ré­sul­tat de la der­nière élec­tion marque une cas­sure nette entre les an­ciens di­ri­geants con­ser­va- teurs et les Al­ber­tains, la nou­velle pre­mière mi­nistre de­vra faire ses preuves en trans­for­mant l’es­sai de sa ré­cente vic­toire. « Mme Not­ley est très cons­ciente de ce­la, elle doit s’or­ga­ni­ser pour conser­ver la confiance des Al­ber­tains en gar­dant les em­plois du sec­teur éner­gé­tique et en s’as­su­rant que les ca­pi­taux ne quittent pas le pays », sou­ligne Marc Trem­blay. Ke­vin O’Lea­ry, ve­dette de Dra­gon’s Den, une émis­sion té­lé met­tant en scène des en­tre­pre­neurs for­tu­nés dans l’in­ves­tis­se­ment de jeunes en­tre­prises, ap­puie dé­jà sur le bou­ton d’alarme. Il re­doute de voir 50 % des ca­pi­taux quit­ter la pro­vince.

De­puis la vic­toire du NPD, les titres du sec­teur de l’éner­gie ont fait re­cu­ler la Bourse de To­ron­to de plus de 100 points mer­cre­di 6 mai, les in­ves­tis­seurs s’étant in­quié­tés de l’im­pact du ré­sul­tat des elec­tions. « Cette baisse de­vrait se sta­bi­li­ser d’ici quelques se­maines », ex­plique Marc Trem­blay. Lors de son pre­mier point presse, Ra­chel Not­ley s’est vou­lue ras­su­rante au­près des in­dus­tries pé­tro­lières, en af­fir­mant sa vo­lon­té de tra­vailler en­semble. Si ce tour­nant his­to­rique pour la pro­vince au­gure une nou­velle ap­proche, les yeux des al­ber­tains sont tour­nés vers Mme Not­ley. Il ne reste plus qu’à at­tendre.

Pho­to : H. L.

Jean John­son, pré­sident de l’ACFA.

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