Ar­ticle d’opi­nion

Le Franco - - LA UNE - Co­lin Cham­pagne, étu­diant en science po­li­tique et en éco­no­mie au Cam­pus Saint-Jean

Êtes-vous né en Al­ber­ta ? Est-ce que votre date de nais­sance est pos­té­rieure au 30 août 1971 ? Si les ré­ponses à ses ques­tions sont oui et oui, vous n’avez connu qu’un seul par­ti à la tête du gou­ver­ne­ment pro­vin­cial. Le 30 août 1971, Pe­ter Lou­gheed et le Par­ti pro­gres­siste-conser­va­teur de l’Al­ber­ta ont rem­por­té les élec­tions gé­né­rales en Al­ber­ta et ont vain­cu de ma­nière dé­ci­sive le Par­ti Cré­dit so­cial. Les conser­va­teurs ont main­te­nu cette po­si­tion pen­dant près de 45 ans jus­qu’au 5 mai 2015, où les néo-dé­mo­crates de Ra­chel Not­ley ont à leur tour ren­ver­sé une dy­nas­tie po­li­tique al­ber­taine. Ce­pen­dant, ce chan­ge­ment de gou­ver­ne­ment, mal­gré la ma­jo­ri­té confor­table qu’il dé­tient, est re­çu avec du scep­ti­cisme, de la peur et même de la pa­nique.

La mon­té im­por­tante en po­pu­la­ri­té du Nou­veau Par­ti dé­mo­cra­tique en Al­ber­ta est dé­crit comme un « chi­nook orange » sem­blable à la « Vague orange » ou l’« Orange crush » qu’a cau­sée le NPD fé­dé­ral avec Jack Lay­ton. Certes, un chi­nook est un vent chaud agréable mais, à en­tendre par­ler cer­taines per­sonnes et cer­tains « ex­perts », le ciel tien­drait par un fil et Ra­chel Not­ley s’ap­prê­te­rait à le cou­per pour qu’il nous tombe sur la tête. On se croi­rait dans une bande des­si­née d’As­té­rix et Obé­lix. Notre po­tion ma­gique (le pé­trole) ne nous donne pas, semble-t-il, le cou­rage d’af­fron­ter notre peur du chan­ge­ment et puisque tout le monde est sou­dai­ne­ment de­ve­nu ex­pert po­li­tique ou de­vin (ou les deux), nous de­vrions tous construire des abris et ca­cher nos billets de banque sous nos ma­te­las.

Il semble y avoir trois grands mythes po­li­tiques qui ali­mentent cette peur. Pre­miè­re­ment, le manque d’ex­pé­rience des can­di­dats ré­cem­ment élus. Deuxiè­me­ment, la ma­lé­dic­tion qui suit les par­tis néo­dé­mo­crates (je pense no­tam­ment à Bob Rae en On­ta­rio) et troi­siè­me­ment… eh bien… le NPD, c’est du so­cia­lisme et ce n’est pas le par­ti PC, donc im­pos­sible que ce­la fonc­tionne. Bref, la peur rouge trans­for­mée en peur orange.

Évi­dem­ment, faute de ne pas être le par­ti PC, les nou­veaux membres élus du NPD ne sont pas des su­per­stars de la po­li­tique. Certes, ils peuvent être très jeunes mais, au ni­veau fé­dé­ral, les jeunes élus du par­ti NPD réus­sissent très bien, même mieux que des membres plus se­niors (ex : Lau­rin Liu, 24 ans, en­ga­gée dans la dé­fense de l’en­vi­ron­ne­ment). En­suite, si on com­pare le NPD de l’On­ta­rio au NPD de l’Al­ber­ta, pour­quoi est-ce qu’on ne taxe pas aus­si comme eux ? Pour­quoi ne pas of­frir dif­fé­rents ser­vices et ne pas ex­ploi­ter dif­fé­rentes res­sources ? Il existe un nombre in­cal­cu­lable de dif­fé­rences entre les deux pro­vinces et l’on se­rait naïf de dire que ce qui est ar­ri­vé en On­ta­rio ar­ri­ve­ra en Al­ber­ta sim­ple­ment par ce que nous avons des par­tis aux noms sem­blables. Fi­na­le­ment, il ne faut pas avoir peur du mot so­cia­lisme sans sa­voir ce qu’il re­pré­sente. En ob­ser­vant la pla­te­forme élec­to­rale du NPD al­ber­tain, on re­marque que l’on est loin de de­ve­nir la Chine ou même la Nor­vège, bien que celles-ci ont de­puis long­temps des éco­no­mies par­mi les plus ro­bustes. Il ne faut pas ou­blier non plus que le so­cia­lisme pro­meut l’État-pro­vi­dence ca­na­dien et que c’est, à un cer­tain ni­veau, grâce à lui que nous avons des soins de san­té uni­ver­sels, des écoles, des routes, de l’as­su­rance chô­mage et des éta­blis­se­ments cultu­rels.

Pour ter­mi­ner, voi­ci une pe­tite le­çon d’éco­no­mie : la peur de l’in­fla­tion mène les gens à pré­voir une plus grande in­fla­tion. Cette pré­dic­tion mène les mar­chands à mon­ter leur prix pour pré­voir une aug­men­ta­tion sa­la­riale pour leurs em­ployés, ce qui mène ul­ti­me­ment à une hausse gé­né­ral des prix : de l’in­fla­tion. En d’autres termes, si nous nous at­ten­dons tous à ce que notre nou­veau gou­ver­ne­ment échoue et que nous ne le sup­por­tons pas, le cli­mat po­li­tique no­cif que nous crée­rons risque de nuire au suc­cès de notre gou­ver­ne­ment et d’ul­ti­me­ment de nous nuire aus­si en consé­quence. Un gou­ver­ne­ment, ce n’est pas un pan­théon de dieux grecs au­quel nous de­vons prier et es­pé­rer ob­te­nir des ré­sul­tats. Si nous avons peur du chan­ge­ment, par­ti­ci­pons au pro­ces­sus dé­mo­cra­tique, in­for­mons­nous, com­mu­ni­quons avec nos re­pré­sen­tants. S’ils manquent d’ex­pé­rience, in­for­mons les de nos enjeux et tra­vaillons avec eux pour ap­por­ter les ré­sul­tats dé­si­rés. Ein­stein a dit : « La fo­lie, c’est de faire tou­jours la même chose et de s’at­tendre à un ré­sul­tat dif­fé­rent. » Ce nou­veau gou­ver­ne­ment est une op­por­tu­ni­té et il reste à nous d’en faire ce que nous vou­lons; chi­nook qui nous re­met­tra du vent dans les voiles ou tor­nade qui sè­me­ra la zi­za­nie.

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