Ro­nald Trem­blay ra­conte son pèlerinage de Com­pos­telle

Du 4 mars au 13 avril der­nier, Ro­nald Trem­blay d’Ed­mon­ton a par­cou­ru des sec­tions des ca­mi­nos ‘Norte’ et ‘Fran­cés’, deux des prin­ci­pales ar­tères du pèlerinage me­nant à Saint-Jacques-de-Com­pos­telle en Es­pagne. C’était sa deuxième vi­site sur le cé­lèbre chem

Le Franco - - LA UNE -

sem­blait pour­tant si simple il y a trois mois, au mo­ment de pro­po­ser le pro­jet : ré­di­ger un compte-ren­du en trois cha­pitres re­la­tant mon ex­pé­rience sur le che­min me­nant à Saint-Jacques de Com­pos­telle. J’avais dé­jà le for­mat en tête : un ca­hier de bord an­no­té de ma­nière of­fi­cielle (lieu, date, heure) fai­sant état des hauts et les bas d’un trek ex­tra­or­di­naire vé­cu à deux re­prises main­te­nant, des ef­fets de di­zaines de ki­lo­mètres par­cou­rus quo­ti­dien­ne­ment, la tête lit­té­ra­le­ment dans les nuages par mo­ment, de la sa­gesse ac­quise au fil de la tran­quilli­té et des in­cer­ti­tudes du cé­lèbre Ca­mi­no!

Dans les mois qui ont sui­vi mon pre­mier re­tour de San­tia­go il y a quatre ans, j’ai bien trou­vé mille ma­nières pour re­ve­nir sur le su­jet sans trop perdre d’amis dans le pro­ces­sus. Et de­puis, aus­si exé­crable puisse être mon hu­meur du mo­ment, c’est avec plai­sir que je ra­vive, sur com­mande, mes sou­ve­nirs de cette pé­riode ma­gique.

Mon com­pa­gnon de marche en 2011 était Guy Mar­cotte, tout comme moi, un an­cien de la ra­dio de Ra­dio-Ca­na­da en Al­ber­ta. Guy est mon meilleur ami, d’où la fran­chise de nos dis­cus­sions vi­sant à éta­blir les règles de co­ha­bi­ta­tion! Nous se­rions en­semble – en vase clos – pen­dant 52 jours dont près de 40 sur la route, bon temps, mau­vais temps. Étant don­né qu’on se parle en­core quatre ans plus tard, je sup­pose que le voyage s’est bien pas­sé.

« On ne re­vient ja­mais de Com­pos­telle »

Dans son do­cu­men­taire Le Che­min de Com­pos­telle en Es­pagne pro­duit en 2006 le co­mé­dien et confé­ren­cier qué­bé­cois Mar­cel Le­boeuf avance de ma­nière non équi­voque qu’il est pré­fé­rable de par­tir sur le Ca­mi­no seul. Étant don­né l’am­pleur du pro­jet, il ne me se­rait ja­mais ve­nu à l’idée tou­te­fois de par­tir seul. « Sa­fe­ty in num­bers » dit-on en an­glais.

Comme le dit si bien Rhéal Sa­bou­rin, un au­teur on­ta­rien qui a mar­ché jus­qu’à San­tia­go il y a une di­zaine d’an­nées, « On ne re­vient ja­mais de Com­pos­telle ». L’ou­vrage du même titre or­ne­ra pro­ba­ble­ment ma table de nuit dans les se­maines qui pré­cè­de­ront mon re­tour sur le Ca­mi­no en 2018. Mais le mot ‘‘re­tour’’ prend un tout autre sens lors­qu’on parle de ce pèlerinage. Au fait, j’y suis en­core : de­puis 2011.

Voi­là plus de trois se­maines que je suis re­ve­nu du « Ca­mi­no Dos ». J’ai crû bon de lais­ser la

Ce­la

pous­sière se po­ser avant de me mettre à la ré­dac­tion, ques­tion d’of­frir un compte ren­du libre de l’émo­tion à fleur de peau que peut pro­cu­rer l’ex­pé­rience. Je dis bien « peut » pro­cu­rer l’ex­pé­rience. Tout ce­la dé­pend du ba­gage émo­tif qu’on traine. Le ba­gage phy­sique, en l’oc­cur­rence les huit à dix ki­los du sac à dos, on ne les sent plus après quelques jours. Le ba­gage émo­tif, lui, s’al­lège ra­re­ment.

Il est pos­sible, au fil des pro­chains ar­ticles, que je m’at­tarde de temps à autre aux mer­veilles na­tu­relles de l’Es­pagne ou en­core que je m’ar­rête sur tel ou tel fait his­to­rique ques­tion de don­ner plus de to­nus au récit. Mais pour toutes sortes de rai­sons dont, je l’avoue, une lé­gère aver­sion pour la re­cherche, je me li­mi­te­rai au­tant que pos­sible à l’ex­pé­rience hu­maine. Et pas seule­ment la mienne! Ces der­nières an­nées, j’ai eu l’oc­ca­sion de ren­con­trer des Fran­co-Al­ber­tains qui m’ont pré­cé­dé ou qui m’ont sui­vi sur le Ca­mi­no. Par­mi eux, Mar­tin Blan­chet (alors) de Le­gal et sa fille Sa­rah, Ju­lia Sar­geaunt d’Ed­mon­ton, une an­cienne col­lègue de CBC - Ra­dioCa­na­da sans ou­blier Vé­ro­nique Lavoie de Saint-Isi­dore.

Mar­tin a été un de mes conseillers tech­niques au cours des mois qui ont pré­cé­dé mon pre­mier voyage. Quant à Ju­lia, elle m’a mis en contact avec le cha­pitre lo­cal du Ca­na­dian Com­pa­ny of Pil­grims dont elle a long­temps été la co­or­di­na­trice. J’ai de­man­dé à Mar­tin, Ju­lia et Vé­ro­nique de me ré­su­mer leurs im­pres­sions en quelques lignes et pho­tos. Dans le cas de Mar­tin et Sa­rah, c’est un peu in­juste. Leur trek de Puy-en-Ve­lay à Saint-Jac­quesde-Com­pos­telle en 2008 est une tranche de vie éta­lée sur 1500 ki­lo­mètres et trois mois.

« Pas tou­jours une ques­tion de ki­los ou de ki­lo­mètres »

Si la dis­tance par­cou­rue peut de­ve­nir un badge d’hon­neur pour le pè­le­rin, ‘Com­pos­telle’ de­meure avant tout un voyage in­té­rieur sans pa­ra­mètres phy­siques pré­cis. J’ai ren­con­tré des mar­cheurs pour qui le che­min était un pré­texte pour pas­ser des va­cances éco­no­miques (le vin coule à flots et l’hé­ber­ge­ment coûte moins que rien) et d’autres pour qui le Ca­mi­no était un iti­né­raire sa­cré à tous les points de vue. À mon sens, la vé­ri­té se trouve quelque part dans le mi­lieu. Mon deuxième voyage m’a beau­coup ap­pris sur ce su­jet. Des cir­cons­tances in­at­ten­dues m’ont for­cé à ré­éva­luer mes at­tentes. Peut-être ai-je même dé­ve­lop­pé un meilleur sens de l’écoute et de l’em­pa­thie. Si oui, le tra­vail ne fait hé­las que com­men­cer. D’au­cuns di­ront que j’en ai pour des siècles!

Il y a quelques an­nées, mon ami Joël Lavoie de Saint-Isi­dore m’ap­pre­nait que sa mère, Vé­ro­nique, son­geait à se rendre sur le Ca­mi­no. Vé­ro­nique et moi avons eu plu­sieurs conver­sa­tions té­lé­pho­niques de­puis. Com­pos­telle était un rêve de longue date pour elle. Fi­na­le­ment, du 3 au 8 avril der­nier, Vé­ro­nique Lavoie mar­chait les 130 ki­lo­mètres qui sé­parent Sar­ria et San­tia­go. Un heu­reux ha­sard a vou­lu que nous soyons sur le Ca­mi­no au même mo­ment. Nous sommes d’ailleurs ar­ri­vés à San­tia­go à un jour près l’un de l’autre! Mais c’est là que le des­tin s’en est mê­lé. Au pro­chain ar­ticle pour plus de dé­tails.

En­tre­temps, mon ‘ Post-Ca­mi­no Blues’ tarde à pas­ser... Pour des rai­sons que je ne connais pas en­core, l’at­ter­ris­sage ne se passe pas en dou­ceur. Une oc­ca­sion ex­tra­or­di­naire nous est of­ferte en route pour San­tia­go de remettre notre par­celle de l’Uni­vers en ques­tion, sans être dis­trait par la réa­li­té du quo­ti­dien.

Mais si la so­li­tude mène au ques­tion­ne­ment, elle n’est pas tou­jours ga­rante de la clar­té des ré­ponses…

La se­maine pro­chaine : de San Se­bas­tian à Bur­gos en trois heures… d’au­to­bus.

Après trois jours sur le pit­to­resque Ca­mi­no Norte – le der­nier en mon­tagne sur un ter­rain com­plè­te­ment dé­trem­pé et ro­cailleux –, l’au­teur à quit­té San Se­bas­tian pour re­ga­gner les sen­tiers plus hos­pi­ta­liers du Ca­mi­no Fran­cés à par­tir de Bur­gos.

L’équi­pe­ment du pè­le­rin Pre­mier mars, la veille du dé­part…En­core tout un tri à faire.

Pho­to : cour­toi­sie An­ge­la Scho­rah

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