On ne peut pré­su­mer que l’iden­ti­té fran­co­phone d’un juge ferme son es­prit ju­di­ciaire

Le Franco - - Justice_et_droits -

« … Je ne suis pas d’ac­cord avec la Cour d’ap­pel (du Yu­kon) lors­qu’elle conclut que l’exer­cice ac­tuel, par le juge du pro­cès, de la fonc­tion de gou­ver­neur de la Fon­da­tion fran­co al­ber­taine a lar­ge­ment contri­bué à une crainte rai­son­nable de par­tia­li­té… L’ap­par­te­nance à une as­so­cia­tion af­fi­liée aux in­té­rêts d’une race, d’une na­tio­na­li­té, d’une re­li­gion ou d’une langue en par­ti­cu­lier ne peut ser­vir de fon­de­ment, sans plus, pour conclure rai­son­na­ble­ment qu’il y a ap­pa­rence de par­tia­li­té…Le Ca­na­da a dé­ployé beau­coup d’ef­forts pour se do­ter d’une ma­gis­tra­ture plus di­ver­si­fiée. Cette même di­ver­si­té ne de­vrait pas faire of­fice de pré­somp­tion que l’iden­ti­té du juge ferme l’es­prit ju­di­ciaire. »

C’est ce qu’écrit la juge Ro­sa­lie Abel­la, avec l’ac­cord de ses col­lègues de la Cour su­prême du Ca­na­da, dans le dos­sier Com­mis­sion sco­laire fran­co­phone du Yu­kon, dis­trict sco­laire #23 c. Yu­kon (Pro­cu­reure gé­né­rale), 2015 CSC 25.

En rai­son de d’autres élé­ments, comme des com­men­taires déso­bli­geants et ir­res­pec­tueux que le juge du pro­cès a pro­non­cés, le cri­tère ap­pli­cable pour conclure à l’exis­tence d’une crainte rai­son­nable de par­tia­li­té a tou­te­fois été sa­tis­fait. Il est donc né­ces­saire de te­nir un nou­veau pro­cès.

Le ju­ge­ment una­nime du plus haut tri­bu­nal du pays, ren­du pu­blic le 14 mai der­nier, traite éga­le­ment d’une autre ques­tion fort im­por­tante pour les com­mu­nau­tés de langue of­fi­cielle en si­tua­tion mi­no­ri­taire : la Com­mis­sion sco­laire fran­co­phone du Yu­kon est- elle ha­bi­li­tée à dé­ci­der uni­la­té­ra­le­ment qui peut être ad­mis à l’école de langue fran­çaise ?

À cet égard, la juge Abel­la rap­pelle que l’ar­ticle 23 de la Charte ca­na­dienne des droits et li­ber­tés éta­blit un ni­veau mi­ni­mum de ges­tion et de contrôle dans une si­tua­tion don­née et qu’il ne s’agit pas d’un maxi­mum. Elle sou­ligne que plu­sieurs pro­vinces ont ac­cep­té de confé­rer aux com­mis­sions sco­laires un large

par Me Gé­rard Lé­vesque

pou­voir dis­cré­tion­naire pour ad­mettre les en­fants de no­nayants droit.

Ce­pen­dant, en l’es­pèce, le Yu­kon n’a pas dé­lé­gué à la Com­mis­sion la fonc­tion de fixer les cri­tères d’ad­mis­sion des en­fants de non ayants droit. À dé­faut d’une telle dé­lé­ga­tion, la Com­mis­sion n’a pas le pou­voir de fixer uni­la­té­ra­le­ment des cri­tères d’ad­mis­sion dif­fé­rents de ceux éta­blis par l’ar­ticle 23 de la Charte et par le Rè­gle­ment du Yu­kon.

En­tre­voyant sans doute la pos­si­bi­li­té que le Yu­kon ne soit pas en­clin à ef­fec­tuer une telle dé­lé­ga­tion, la juge pré­cise :

« La Com­mis­sion n’est pas pour au­tant em­pê­chée de faire va­loir que le Yu­kon n’a pas as­su­ré suf­fi­sam­ment le res­pect de l’ar­ticle 23 et rien ne l’em­pêche de sou­te­nir que l’ap­proche adop­tée par le Yu­kon à l’égard des ad­mis­sions fait obs­tacle à la réa­li­sa­tion de l’ob­jet de l’ar­ticle 23. »

Ce mes­sage de­vrait en­cou­ra­ger les par­ties de ten­ter à nou­veau d’en ar­ri­ver à une so­lu­tion né­go­ciée qui res­pec­te­ra plei­ne­ment les droits sco­laires des fran­co­phones du Yu­kon, à dé­faut de quoi de nou­veaux li­tiges de­vront être ini­tiés de­vant les tri­bu­naux ce qui se­rait sus­cep­tible d’en­traî­ner des dé­lais au dé­tri­ment de membres de la com­mu­nau­té de langue of­fi­cielle en si­tua­tion mi­no­ri­taire. Le­vesque.Ge­[email protected]

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